Class 1984


Digne héritier de Graine de Violence (Richard Brooks, 1955), Class 1984 (Mark L. Lester, 1982) fait partie de ces films dont la pertinence ne fut reconnue que tardivement. ESC Distribution nous permet de redécouvrir cette série B beaucoup plus intelligente qu’elle n’y paraît, et avant tout, visionnaire.

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I am the (no) future

Pour beaucoup, le cinéma d’exploitation se limite à des films aux titres et aux scénarios aguicheurs ne présentant que peu d’intérêt. Pourtant, par les sujets abordés, ces productions représentent avec brio l’état des sociétés dans lesquelles ils ont été produits. Par la liberté de ton dont ils pouvaient bénéficier par rapport aux productions des circuits traditionnels, ils ont pu représenter de façon beaucoup plus crue les problèmes qu’ont pu rencontrer leurs contemporains. C’est le cas du film qui nous intéresse ici. Réalisé en 1982 par Mark L. Lester – qui fera par la suite le très jouissif Commando (1985) avec Schwarzenneger – Class 1984 est l’un des rares films en milieu éducatif pré-Columbine dont le propos résonne encore aujourd’hui. Considéré comme réactionnaire lors de sa sortie et censuré dans la plupart des pays où il a été distribué, l’objet est pourtant très loin d’être qu’une simple énième série B ultra-violente.

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Andy Norris, professeur de musique optimiste, est envoyé en remplacement au lycée Lincoln. Dès son premier jour, il va entrer en conflit avec une bande de jeune punks. Malgré sa bonne volonté, la relation entre le jeune professeur et cette bande va se détériorer jusqu’à atteindre le point de non-retour. Généralement, les films se déroulant dans le milieu éducatif appartiennent au registre de la comédie et traitent les problèmes des jeunes avec humour – Ça chauffe au lycée Ridgemont de Amy Heckerling sorti la même année en est le parfait exemple – mais ici, Mark L Lester a choisi de prendre le genre à contre-pied et propose une approche beaucoup plus frontale. Entre autres, il n’hésite pas à montrer de la nudité, des shoots d’héroïnes et de la violence gratuite. Ces scènes ne sont pas uniquement là que pour choquer le spectateur, mais pour servir le propos du réalisateur qui veut montrer l’univers violent dans lequel évoluent ses personnages. Cette violence se caractérise aussi par la direction artistique qui, comme Mad Max (George Miller, 1979) avant lui, adopte une esthétique aux influences punk. L’imagerie telle qu’elle est utilisée dans ici sert surtout à montrer une jeunesse désœuvrée dont les parents et les autorités n’arrivent pas à saisir toute la dangerosité. Pourtant, en dépit de sa violence, on aurait tort de croire que Class 1984 dresse uniquement un portrait sombre du système éducatif américain et de sa jeunesse. Le concours de musique que veut organiser Andy Norris et ses élèves nous prouvent que tout n’est pas perdu et que l’implosion du collectif n’est pas inéluctable.

La où le long-métrage nous paraît pertinent aujourd’hui, c’est dans sa capacité à avoir su capter quelque chose de son époque, tout autant qu’il a su prédire l’avenir. En effet, ce n’est un secret pour personne, la violence en milieu scolaire aux États-Unis est un fléau et les tueries dans les lycées sont en constante augmentation depuis le drame de Columbine. Si les détecteurs de métaux à l’entrée des lycées pouvaient faire sourire un spectateur des années 1980, elles sont devenus aujourd’hui une triste réalité. D’ailleurs, en revoyant aujourd’hui le film à l’aune de l’actualité fraîche, il est difficile de ne pas penser aux propos de Donald Trump sur la possibilité d’armer les professeurs, notamment dans cette scène où le personnage campé par Roddy Mcdowall prend en otage ses élèves. A bien des égards, les prédictions du réalisateur sur l’avenir des lycées américains étaient malheureusement en deçà de la réalité… L’édition Blu-Ray/DVD de ESC Distribution propose une version Dolby Digital 5.1 pour les deux langues et un format stéréo 2.0 uniquement pour la version anglaise, tandis qu’à l’image on nous propose un nouveau master haute définition. Le coffret est riche, agrémenté d’un livret et d’une flopée de bonus. On notera l’intervention très intéressante d’Olivier Père, directeur des programmes cinéma chez Arte, qui revient pendant vingt minutes et de manière assez complète sur Class 1984 et son réalisateur. S’ajoute à cela enfin un riche entretien, complété par les interviews du réalisateur Mark L.Lester et du compositeur Lalo Schifrin qui s’expriment tous deux sur les violences en milieu scolaire et la difficulté qu’a été la production et la diffusion d’un tel projet. Une édition bienvenue pour un film qu’il convenait de remettre en lumières.


A propos de Freddy Fiack

Passionné d’histoire et de série B Freddy aime bien passer ses samedis à mater l’intégrale des films de Max Pécas. En plus, de ces activités sur le site, il adore écrire des nouvelles horrifiques. Grand admirateur des œuvres de Lloyd Kauffman, il considère le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980 comme l’âge d’or du cinéma.

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