Holland


Pour son deuxième long-métrage, la réalisatrice Mimi Cave met en images un scénario de Andrew Sodroski écrit en 2013. Elle continue ainsi le travail qu’elle avait commencé avec Fresh (2022) où elle opposait déjà les hommes aux femmes. Avec Holland, disponible sur Amazon Prime, c’est le vernis d’un mariage hétérosexuel et respectable qui risque de s’écailler. Pour le meilleur mais surtout pour le pire.

Une famille pris dans un salon cossu, avant le dîner, dans le film Holland.

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Y a-t-il un thriller dans la maison ?

Nicole Kidman et Matthew Macfadyen vus de loin sur le balcon d'une grande tourelle de style ancien, faisant penser à un phare ; plan issu du film Holland.

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Le titre du film doit son nom à une ville du Michigan : à Holland, au mois de mai, on prépare le festival de la tulipe. Enfants et adultes revêtent des habits traditionnels et on se donne la main lors de danses dites “néerlandaises”. Même la prière qui précède les repas est prononcée dans la langue des colons arrivés sur le continent au dix-septième siècle. C’est dans cette charmante ville que réside la famille Vandergroot, composée de Nancy (Nicole Kidman) et Fred (Matthew Macfadyen), époux unis et respectés par leur communauté, et parents du jeune Harry. Ce beau portrait de famille commence à perdre de ses couleurs le jour où une boucle d’oreille vient à manquer. Nancy suspecte la babysitter, cherche des preuves jusqu’à trouver une collection de polaroids appartenant à son mari. Ce dernier abandonne d’ailleurs de plus en plus le cocon pour des voyages professionnels. Dès lors, l’enquête de Nancy prend une toute autre direction. Et si Fred menait une double vie ?

Si Fresh (Mimi Cave, 2022) dénonçait l’emprise et le contrôle que les hommes veulent exercer sur le corps des femmes en utilisant – grossièrement – le body horror, Holland manque sa cible en cherchant constamment son identité. La ville de Holland, présentée de manière inquiétante et artificielle au début du film, n’est qu’une arène sans grande importance dramaturgique et peu utilisée. Quand Nancy demande à son gentil collègue immigré Dave (Gael Garcia Bernal) de l’aider à percer le mystère qui plane autour de son mari, le récit prend des faux airs de comédie. Mimi Cave ne creuse pas le potentiel camp – c’est-à-dire un style volontairement outrancier et exagéré – de son film.  Comment ne pas penser à The Stepford Wives (Frank Oz, 2004) où Kidman osait se confronter à sa communauté, dans un style très satirique, refusant de se soumettre au caractère réactionnaire et aux valeurs traditionnelles d’une bourgade où les hommes décident de tout. Chemin faisant, son personnage sauvait son mariage et sa dignité. Malheureusement, le personnage de Nancy n’est ici pas aussi vaillant et manque parfois de volonté ou de courage, sûrement trop intimidée par la figure patriarcale que représente son mari. La réalisatrice a d’ailleurs choisi de situer l’action au début des années 2000 pour mieux justifier l’aliénation de son personnage principal, mais cela reste très anecdotique.

Plan rapproché-poitrine sur Nicole Kidman, perdue, le regard vers le sol, assise sur un canapé dans le film Holland.

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Une fois le secret de Fred découvert – après plus d’une heure de récit – Mimi Cave fonce tête baissée dans les lieux communs du thriller pour un final très attendu et décevant. Reste une image soignée, quoiqu’un peu formatée pour les plateformes de streaming. Holland souffre d’un rythme inégal et d’un sujet pas toujours bien maîtrisé. Curieux pour une histoire qui avait figuré il y a dix ans sur la Black List, une liste annuelle des meilleurs scénarios non produits à Hollywood. Holland serait-il arrivé trop tard pour vraiment nous surprendre ? Il faut dire que dans le genre folklore et horreur, Ari Aster était déjà passé par là avec son Midsommar (2019).  Le spectateur se console devant ce trio d’acteur.ices qui donnait très envie, et on rit malgré nous car, pour la deuxième fois cette année, Kidman préfère quitter la pièce ou se retourner afin de terminer le travail que son mari a entrepris dans l’intimité de la chambre à coucher (Babygirl, Halina Reijn, 2025).

Le cinéma de Mimi Cave veut indéniablement traiter des dynamiques et des violences entre hommes et femmes à travers le film de genre. Le patriarche dans Holland est un optométriste apprécié de sa communauté et un père aimant, qui fabrique des figurines et des petites maisons qu’il dépose avec son jeune fils sur une maquette dans la cave de la maison. Fred exprime son plaisir à construire un monde dans lequel il a le contrôle et peut dicter les comportements. C’est ce même contrôle qu’il exerce sur Nancy, qui était perdue avant de le rencontrer et d’emménager à Holland. L’épouse avoue – en voix off – qu’elle pensait que la ville était peut-être un rêve. Puisque la fin du film laisse planer le doute sur son destin, Nancy serait-elle encore prisonnière de sa prison de verre et de moulins à vent ?


A propos de Léonard Gauthier

Longtemps, Léonard s’est couché tard, absorbé par des films comme Psycho et Possession ou encore le cinéma de Michael Haneke. Prêt à défendre Scream comme il le ferait avec La Maman et la Putain, Léonard est continuellement partagé entre Nouvelle Vague et films d’horreur, son Lausanne natal et son Bruxelles adoptif, ainsi que son compte Mubi et les nouveaux slashers sortis en salles. C’est cette dualité et cet éclectisme qui nourrissent son travail de scénariste et réalisateur.

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