Attention fans de South Park, Scary Movie et Jackass ! Passé sous les radars français, le premier film du duo Maxwell Nalevansky et Carl Fry est là pour vous régaler d’un bon délice bien crade et sanglant comme on les aime. Rats! (2024) est la nouvelle comédie débile et dégueulasse déjà devenue culte, qui offre enfin aux emo kids leur propre stoner movie bien hardcore, sur fond d’une des meilleures bandes originales qu’on ait entendues. Attention, vous risquez d’adorer, et c’est à retrouver en ce moment en streaming sur Shadowz.

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Emos not Dead
Rats! est le fruit de la collaboration étincelante de deux emo kids qui ont grandi en Californie et au Texas dans les années 2000. Inspiré par leurs propres expériences d’ados glandeurs, le film se centre sur la déambulation hallucinante de Raphaël, jeune nonchalant un peu paumé, dans les rues de Fresno, Texas, en 2007. Ville à moitié fictive, Fresno est souvent référencée dans des films et des séries comme un lieu paumé et triste dont on aimerait bien s’échapper – on pense notamment au pas très bon Addicted to Fresno de Jamie Babbit (2015). Après s’être fait jeter en prison par une flic totalement cinglée pour avoir tagué l’un des monuments historiques de la ville – un téléphone public qui tombe en ruines –, Raphaël se retrouve pris dans une spirale d’événements toujours plus glauques et bizarres, puisqu’à peu près tout peut arriver à Fresno. Alors forcé par sa mère – The Milf – à emménager chez son cousin dealer, Raphaël est comme poursuivi par le malaise et celui-ci porte un nom : Officier Williams. Génialement incarné par Danielle Evon Ploeger qui nous offre la prestation d’une vie, l’officier qui a mené à l’arrestation de Raphaël nourrit une vraie haine pour l’adolescent qu’elle veut coffrer à tout prix. Un tueur fétichiste évolue aussi en arrière-plan, terrorisant la ville en sectionnant les mains de toutes ses victimes. Le long-métrage évolue alors à coups de sketchs cartoonesques puérils sur fond de satire politico-sociale à la South Park (Matt Stone, Trey Parker, depuis 1997), rendant bien compte de l’absurdité du milieu parodié.

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Ce qui ressort en premier dans Rats!, c’est la musique qui œuvre comme défouloir total dès les premières secondes, et qui entre en collision avec l’oisiveté apparente de Raphaël et les jolies couleurs du film. Orchestrée par Alison Moses, la bande originale de Rats! a été soigneusement composée avec des morceaux de groupes indépendants post-hardcore, emo et hardcore. Associée avec brio au récit, elle fait du film un vrai bijou de nostalgie, loin d’un Ick de Joseph Kahn (2024) dans lequel l’utilisation de musiques mainstream paraissait bien moins sincère. On retrouve ici Bloodbrothers, Thursday ou encore Some Girls, cette fois à travers le t-shirt de l’album Heaven’s Pregnant Teen que porte Raphaël au début du récit – oui, il faut aller chercher dans les détails. C’est sans oublier I Set My Friends On Fire qui ouvre le film, et dont la cover de Crank That (Soulja Boy, 2007) qui n’a pas pu apparaître dans le produit final, définit d’après les réalisateurs l’essence de Rats!. On vous invite de tout suite à aller écouter ce petit bijou tout doux.
Visuellement, le film est extrêmement saturé, bourré d’effets visuels bien kitschs qui renvoient eux aussi à la pop culture des années 2000 et nous donnent un peu l’impression de se balader sur MySpace en 2008. Les couleurs vives évoquent aussi Greener Grass (Jocelyn DeBoer, Dawn Luebbe, 2019), comédie fantastique s’inscrivant dans cette même mouvance de films où la satire sociale est « cachée », mais en fait soulignée, par des effets visuels trop éclatants – référençant encore une fois Jamie Babbit avec le cultissime But I’m a Cheerleader (1999). Il y a beaucoup de similitudes entre Rats! et Greener Grass, à commencer par la pure stupidité des blagues et des situations. On sent la proximité des influences des cinéastes en termes d’humour. Attention spoiler, l’enfant qui se transforme en chien dans Greener Grass pourrait presque être vu comme une backstory de Love on a Leash (Fen Tian, 2011), production volontairement nulle et idiote – qui a un peu vieilli il faut le dire -, où une jeune fille tombe amoureuse d’un homme transformé en chien. C’est justement l’une des plus grandes références humoristiques de Carl Fry avec les nanars volontaires de la Troma. Là où les deux films se séparent, c’est dans les influences beaucoup plus punks de Fry et Nalevansky réalisant des films fantastico-horrifiques dérangés depuis leurs débuts – voir With Pleasure (2020), premier travail du duo, ainsi que leurs courts respectifs. Rats! se rapproche beaucoup d’un Edgar Wright par exemple, dans l’humour et le montage, et transpire carrément du Gregg Araki par tous les pores. C’est déjà flagrant dans les couleurs, mais surtout dans la construction du récit et le destin des personnages. Raphaël ressemble un peu trop à un James Duval à mèche, qui évolue – si c’est possible – de façon encore plus paumée, dans un monde trop rapide pour lui. Il se retrouve malgré lui fourré dans des situations qui lui échappent et qu’il navigue accompagné de personnages diamétralement opposés à lui.

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Prenant la sortie du stoner movie, ces films où tout peut arriver puisque les protagonistes ou les spectateurs, voient leur réalité se déformer, Fry et Nalevansky s’inspirent des films loufoques avec lesquels ils ont grandi – ils citent par exemple en interview Friday (F. Gary Gray, 1995), ou Le Manoir hanté des 999 fantômes (Rob Minkoff, 2004). Gregg Araki a d’ailleurs lui aussi fait un détour par ce genre avec le trop souvent oublié Smiley Face, réalisé en 2007 justement. Peut-on voir dans la figure de Raphaël une référence à une Anna Faris complètement à l’ouest, qui doit elle aussi parcourir sa ville pour échapper aux forces de l’ordre et à des voisins détraqués ? En parlant d’Anna Faris, on retrouve bien évidemment dans Rats! l’humour débilo-gore de la saga Scary Movie (2000-2026), pour notre plus grand plaisir. Les gags s’enchainent crescendo en testant les limites des spectateurs, à coups de sketchs crades et scatophiles à la Jackass (Johnny Knoxville, Spike Jonze, Jeff Tremaine, 2000). Il ne faut pas s’attendre, avec Rats!, à une satire complètement innovante de la société américaine. C’est un long-métrage pas prétentieux pour un sou, s’assumant comme il est avec son petit budget de moins de 200 000 $ et ses réalisateurs peu expérimentés. Ici, on ne se prend pas la tête, le but est de faire rire son audience et de rester à son niveau. On aime que les cinéastes répondent simplement aux questions de chacun sur Reddit, et qu’ils aient créé un site officiel – ratsthefilm.com – qui ne paye pas de mine et rend le film très accessible. Rats! se met un peu à la hauteur des vidéos YouTube dont il s’inspire, dans lesquels la barrière entre créateurs et spectateurs est beaucoup plus fine. Il va falloir garder un œil sur la suite pour Carl Fry et Maxwell Nalevansky. En attendant, ne manquez pas une bonne rigolade : au risque de vous demander ce que vous fichez là, au moins je vous assure, vous vous en souviendrez longtemps.



![[Entretien] Dawn Luebbe & Jocelyn DeBoer, du goût et des couleurs](https://faispasgenre.com/wp-content/uploads/2019/10/question-4-300x127.jpg)
Ça à l’air complètement fou j’adore !