Après avoir parcouru plusieurs festivals dans l’hexagone dont le PIFFF, Escape from the 21st Century (Yang Li, 2024) débarque cet été dans nos salles françaises. Une sortie rendue possible grâce à Charybde Distribution, un distributeur habitué aux bizarreries filmiques car déjà responsable de l’exploitation en France du très fou Hundreds of Beavers (Mike Cheslik, 2023). Alors la folie est-elle encore au rendez-vous ?

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Monde de Merde

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À en juger par son pitch extravagant, Escape from the 21st Century a tout du film fou, inclassable, qui ne se refuse rien et semble s’adresser avant tout aux amateurs d’OVNI cinématographiques. Le cinéaste Yang Li y raconte l’épopée de trois adolescents qui, après une baignade dans une rivière souillée de produits chimiques, acquièrent le pouvoir de voyager vingt ans dans le futur lorsque ces derniers éternuent. Vous l’aurez compris : le récit ne s’embarrasse d’aucune justification scientifique et n’a que faire des balises narratives classiques. Il refuse obstinément de prendre le spectateur par la main, lui préférant un torrent visuel et narratif d’une intensité rare. Visuellement, le long-métrage déborde d’idées de mise en scène, souvent brillantes, parfois hallucinées ; narrativement, il enchaîne les péripéties avec une frénésie qui confine à la transe. Cette générosité est à la fois sa force et sa limite. Car à trop vouloir surprendre, innover, accélérer, le film finit par diluer certaines de ses plus belles trouvailles. Des séquences qui auraient pu devenir iconiques peinent à s’imposer, faute de temps pour respirer, pour exister pleinement à l’écran. Escape from the 21st Century est ainsi un objet rare, grisant dans sa démesure, mais parfois victime de son propre trop-plein.
Par son rythme effréné et ses audaces visuelles, il évoque immanquablement d’autres propositions marquantes. On pense notamment à Scott Pilgrim (Edgar Wright, 2010), avec ses inserts empruntés à l’esthétique de la bande dessinée plutôt qu’à celle du jeu vidéo, ou encore à Everything Everywhere All at Once (Daniel Scheinert & Dan Kwan, 2023), dont il partage le goût pour l’absurde et les glissements de genre. Mais loin de s’effondrer sous le poids de ces prestigieuses références, le film s’en émancipe avec brio, porté par une idée scénaristique aussi simple qu’efficace : l’action ne se déroule pas sur notre planète. Le monde qu’il dépeint lui ressemble à bien des égards tout en restant fondamentalement autre. Dès lors aucun clin d’œil trop appuyé à la pop culture ne vient parasiter le récit (à une exception près, mais justifiée par l’intrigue elle-même), puisque l’on part du principe que ces œuvres n’ont jamais existé dans cet univers. C’est ce léger décalage, presque anodin en apparence, qui permet à Escape from the 21st Century d’imposer sa propre voix. Et c’est aussi grâce à lui que le spectateur accepte sans résistance la folie douce et les excentricités qui irriguent le récit.

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Un récit qui ne se réduit pas à ses seules outrances visuelles, aussi inventives soient-elles. Car sous cette frénésie d’images et d’idées, affleure une mélancolie tenace. Le futur que découvrent les trois protagonistes n’a rien de séduisant, pire encore, leurs doubles y semblent tous avoir sombré. En apparence, rien que de très classique dans ce canevas de science-fiction : un avenir dévoyé qu’il faudrait à tout prix réparer. Or très tôt, les personnages comprennent qu’il n’y a rien à réparer, rien à éviter — que leur destin est scellé. Dès lors, l’enjeu n’est plus de sauver demain, mais de ne pas trahir aujourd’hui. De ne pas se détourner du présent, même s’il est miné par la promesse d’un avenir sans éclat. Une angoisse sourde, qui ne manquera pas de trouver un écho chez une génération pour qui l’idée même d’un futur radieux semble depuis longtemps reléguée au rang de fable.
