Après une première saison enthousiasmante et une deuxième un peu moins, Yellowjackets (Ashley Lyle & Bart Nickerson, depuis 2021) revient sur Canal + pour continuer l’histoire de ses survivantes d’un crash aérien et rescapées de la vie en général. Le petit miracle des premiers épisodes s’est-il reproduit ?

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Cuisine et dépendances
Nous étions revenus sur la première saison de Yellowjackets, disponible sur Canal +, charmés par ses bonnes intentions mais relativement prudents sur les quelques petites limites qu’on percevait déjà ici et là. Et ce n’est pas peu dire que ces craintes se sont confirmées dans une seconde fournée qui passait plus de temps à empiler les intrigues secondaires pour étirer à l’excès un récit prévus sur cinq saisons. Car de cette double histoire n’en formant finalement qu’une seule, nous avions finalement presque tout vu et tout compris dès 2021. On le rappelle, Yellowjackets raconte la survie d’un groupe de jeunes adolescentes, toutes membres d’une équipe de foot féminine, dans une forêt après le crash de leur avion en 1996. Elles mettent alors en place une société mystique qui finira par les mener à l’impensable. L’autre temporalité de la série nous raconte les déboires des rescapées de ces dix-neuf moins dans les bois. Et cette saison numéro 3 reprend juste après la mort de Nathalie – Juliette Lewis, pourtant l’un des atouts du show, est donc désormais absente – tandis que de nouvelles menaces viennent poindre. Shauna reçoit une cassette compromettante sur ce qui s’est passé dans les années 90 et Lottie est tout bonnement assassinée. Dans le passé, les adolescentes continuent de s’enfoncer dans la violence…

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Difficile de raccrocher les wagons au lancement de cette troisième livraison d’épisodes tant la saison d’avant était quasi insignifiante et partait dans tous les sens. Les showrunneurs ont l’air d’avoir reçu et compris les mauvais retours et recentrent le récit sur Shauna, Taissa, Misty et Van, disant adieu aux délires sectaires de Lottie qui polluaient considérablement la deuxième saison, faisant trop de redondances avec la micro-société fondée par les survivantes du crash en 1996. La poursuite de Yellowjackets devient alors un véritable puzzle qu’il nous faut remonter alors que les créateurs en ont remodelé les formes. C’est arrivé au quart de cette saison 3 que l’on finit par recoller les morceaux, et même si l’on peut saluer l’effort de resserrer l’histoire sur des figures phares de la série, force est de constater que le sentiment de surplace est toujours plus visible. Plusieurs problèmes viennent étayer cette sensation désagréable, nous y reviendrons, mais c’est surtout l’impression que la saison inaugurale se suffisait à elle seule qui domine. Les auteurs ont beau amener de nouveaux personnages afin d’impulser de nouvelles dynamiques – dans la saison 2, Elijah Wood était à ce titre une belle idée dont on ne sait désormais plus quoi faire ici – rien n’y fait, Yellowjackets aurait sûrement dû être une mini-série.
Le problème majeur demeure – on l’évoquait dès la première saison – l’écriture du personnage de Shauna. Ce n’est pas un souci d’interprétation : Sophie Nélisse et Melanie Lynskey, qui se partagent le rôle en 1996 et à notre époque, sont très convaincantes. Non, il s’agit là d’un pur exemple de mauvaise gestion d’un personnage et de la caractérisation qu’on lui prête. On a compris très vite qu’elle n’était pas quelqu’un de sain, qu’elle pouvait se laisser envahir par la colère et la violence. Néanmoins que la série vienne à ce point appuyer son sort pour justifier les errements d’écriture passés signe un terrible aveu d’échec. Yellowjackets saison 3 croit encore surprendre par quelques twists concernant Shauna – une scène vient même justifier la scène d’introduction du tout premier épisode de la saison 1, éteignant ainsi à jamais le pouvoir de suggestion de ladite séquence – mais encore une fois, les showrunneurs font mauvaise route. En assumant de faire de Shauna la vraie héroïne de la série, un sentiment de gâchis prédomine. Nathalie ou Misty, curieusement éteinte dans cette saison, n’étaient-elles pas plus indiquées et passionnantes à suivre ? À force de se demander quels peuvent être les objectifs de Shauna – et par extension, des auteurs – et comment ses proches peuvent encore la supporter, l’agacement s’ajoute inévitablement à l’ennui.

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On regrettera également qu’il ait fallu dix épisodes pour ne raconter, au final, que la visite au camp – dans la temporalité au passé de la série – de trois individus. Oui, Yellowjackets enfonce toujours plus ses personnages dans les ténèbres, or à moins d’avoir dormi à poings fermés pendant les dix-neuf épisodes précédant cette saison, la chose semblait acquise. Alors on nous propose un simili procès, des transes dansantes, et des chasses à l’homme façon Rambo (Ted Kotcheff, 1983) – avec les pièges dans la forêt et tout – pour combler une non-narration épuisante à la longue. Peut-on parler du personnage de Melissa ? Personnage très secondaire auparavant, on lui attribue désormais un rôle plus conséquent et même un visage adulte – caractérisée par la même casquette portée à l’envers – revenu d’entre les morts, comme dans un mauvais soap opera. Fallait-il faire venir la grande mais trop oubliée Hilary Swank pour si peu ? En fait, tout ce qui dans la bande-annonce pouvait faire saliver et indiquer un renouveau n’est somme toute que fausses bonnes idées et gâchis – oui, c’est le mot qui prédomine. Enfin, le couple formé par Taissa et Van, qui aurait dû être le cœur de Yellowjackets, est tellement écrit selon le sens du vent que cela en devient totalement incompréhensible.
Reste que la série est toujours impeccablement emballée visuellement. Les réalisateurs à la barre ne manquent pas d’idées et de cohérence, contrairement à leurs collègues à l’écriture, pour illustrer des séquences d’action, humoristiques ou carrément horrifiques. C’est peut-être une des seules raisons – avec Elijah Wood et Christina Ricci dont on espère un meilleur usage pour la suite – de continuer le spectacle moribond offert par les scénaristes. On se réjouissait, dans notre critique de la première saison, que les networks américains proposent des programmes aussi qualitatifs visuellement et ambitieux que la concurrence des plateformes. La tournure prise par Yellowjackets vient finalement rendre à César ce qui appartient à César puisque la série a la qualité de ses défauts, propres aux productions télévisuelles américaines : on s’emmerde, on en a marre, mais on veut quand même voire comment ça va se terminer. Les talents de Sophie Thatcher, impressionnante dans Heretic (Scott Beck & Bryan Woods, 2024) et Companion (Drew Hancock, 2025) et de Warren Kole, seules traces d’humanité dans cette folie, ne doivent pas y être étrangers. Pour l’heure, il va falloir se montrer patients et indulgents, car il reste probablement encore deux saisons et qu’à ce stade de l’histoire, nos Yellowjackets n’en sont qu’à six mois de survie sur les dix-neuf évoqués. A moins d’un gros revirement question créativité, ça risque d’être long…



