Belphégor (1927)


Dans sa volonté de rendre encore plus accessible son catalogue de patrimoine, Pathé ressort Belphégor (1927) de Henri Desfontaines, dans une édition Blu-Ray. Avec ce véritable écrin d’un cinéma de genre français des années 30 : plongez, tête la première, dans cet objet curieux et profondément marqué par son époque.

Belphégor, le regard habité et la main sur le cœur, pose à côté d'une lampe orientale.

© Pathé

SOS Fantômes

Belphégor erre dans le Louvre, les mains en avant, comme un somnanbule.

© Pathé

Bien avant le fabuleux nanar qu’est Belphégor, le fantôme du Louvre (Jean-Paul Salomé, 2001) avec le trio gagnant Sophie Marceau, Frédéric Diefenthal et Michel Serrault, Arthur Bernède avait adapté son propre roman avec l’aide de Henri Desfontaines à la réalisation. Ce dernier est connu pour être l’un des cinéaste français les plus prolifiques du début du cinéma, œuvrant dès 1908. Avec un rythme de stakhanoviste il va mettre en boîte de nombreux films jusqu’à sa mort en 1931, parmi lesquels, outre ce Belphégor, d’autres tentatives assez genresques telles que  Le Roman de la Momie (1911) ou dans un autre genre, L’Assassinat de Henri III (1911). Pour en revenir au long-métrage qui nous intéresse, il faut rappeler qu’il fût produit par la société des Cinéromans, conçu par René Navarre, Gaston Leroux et Arthur Bernède dans l’idée de proposer une alternative française au film à épisodes produit en masse aux États-Unis. Le plus important à noter concernant ces « romans feuilletons » étant que les deux médias existaient conjointement si bien que l’on pouvait découvrir aussi bien les épisodes dans Le Petit Parisien que par le biais des salles de cinéma.

Plan approché épaule sur Belphégor, vu de face, en clair-obscur noir et blanc.

© Pathé

Si l’œuvre peut sembler datée, notamment du fait de son procédé scénaristique passé de mode (le roman-feuilleton) qui étire l’intrigue sur près de 293 minutes, il n’empêche que Belphégor a de quoi marquer les esprits grâce à sa beauté esthétique indéniable et ses images expressionnistes. Le scénario se laisse suivre sans réellement marquer les esprits, mais le spectateur peut se rendre rapidement compte que tout cela n’a que pour but de laisser des images fortes qui restent ancrées dans l’esprit. Pour parfaire l’habillage de ces somptueuses images, la Fondation Jérôme Seydoux a commandé pour cette réédition au musicien Benjamin Moussay une toute nouvelle bande originale qui accompagne les quatre épisodes muets. Le jeune musicien réussit une partition qui vient épouser l’œuvre de Arthur Bernède et Henri Desfontaines de la plus belle des manières.

Blu-Ray du Belphégor de 1927 édité par Pathé.Au-delà des qualités, au passé comme au présent, de ce Belphégor, le plus important reste sûrement le simple fait de rendre cette œuvre accessible au plus grand nombre et dans le cadre d’une restauration Blu-Ray de très bonne facture, qui permet au noir et blanc de l’époque de briller de mille feux. Comme à leur habitude, Pathé concocte moult bonus pour permettre aux spectateurs d’aller plus loin dans leur visionnage parmi lesquels de riches entretiens de plus de quarante minutes autour du film mais aussi de la confection de sa musique, un autre d’une vingtaine de minutes consacré à l’analyse transversale des différentes adaptations du mythe, ainsi que plusieurs précieuses et rares scènes supplémentaires. Comme à son habitude quand il s’agit d’exhumer les trésors de son si riche catalogue (l’édition de L’Etrange Monsieur Victor (1938) de Jean Grémillon) aussi vieux que le cinéma existe, Pathé offre à ce titre exceptionnel une édition qui l’est tout autant : un must-have pour tous les cinéphiles curieux !


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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