Bull


Près de dix ans après sa dernière réalisation, Paul Andrew Williams, scénariste de The Children (Tom Shankland, 2008) et réalisateur de Bienvenue au Cottage (2008) nous revient avec le féroce et brutal Bull (2021), revenge movie violent et cynique au cœur de la campagne anglaise présenté au PIFFF.

Plan rapproché-épaule sur le personnage de Bull qui regarde devant lui soucieux ; à l'arrière-plan les lumières d'une ville de nuit.

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Ragging Bull

Après les moyens Bienvenue au cottage (2008) et Cherry Tree Lane (2011), c’est dire si l’on attendait le prochain métrage du réalisateur avec une certaine appréhension. Pourtant, au sortir de la salle, on comprend mieux pourquoi, grâce à son parti pris radical, le film a autant séduit les programmateurs du PIFF. Bull (2021) derrière ses atours de petite production anglaise, est sans doute l’une des œuvres les plus fascinantes qu’il est donné à voir. Bull, c’est le nom éponyme du protagoniste, un ancien malfrat qui revient dix ans après sa prétendue mort afin de régler ses comptes avec son ex-belle famille et ses ex-associés. Il sera prêt à tout pour retrouver son fils enlevé par son ex-femme toxico, sous la coupe du grand-père mafioso en chef, adepte de l’action directe pour asseoir son autorité sur des villageois apeurés. Avec ses prémisses qui reprennent les codes éculés du revenge movie, le réalisateur va peu à peu faire glisser son récit vers un enfer immonde et révéler la personnalité cruelle du personnage principal et de ceux qui l’entourent.

Neil Maskell regarde l'horizon, tenant son fusil à pompe posé nonchalamment sur son épaule.

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Dans Bull, tout n’est pas blanc ou noir, les personnages, tous bien écrits, sont complexes et régis par les lois du milieu du grand banditisme anglais qui représente ici, une famille de substitution. Et c’est là, le grand thème principal du film : la famille. Sous toutes ses formes : la famille de substitution susnommée, que représente le milieu du banditisme dont on ne peut s’échapper, et la famille au sens traditionnel du terme. Au cours du récit, le personnage principal perdra les deux et son monde idéalisé volera peu à peu en éclats. L’omniprésence de la figure de la fête foraine sert ici de métaphore appuyée. En effet, ce lieu symbolise à lui seul la joie de vivre, un monde parfait libéré de l’esprit corrompu des adultes. Rappelons que c’est lors d’une fête foraine que le héros voit pour la dernière fois son fils, et qu’après son retour, corrompu par les années, il violera la pureté de ce lieu en y commettant un meurtre cruel. Tout le parcours psychologique du personnage, sa trajectoire, sont donc condensés métaphoriquement dans ce lieu si symbolique qui donne véritablement corps aux enjeux du récit, ce qui constitue une vraie belle idée d’écriture et de mise en scène.

Bull, dans un salon sombre et désert, se tient debout, un grand couteau dans la main, calme et ténébreux.

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L’autre originalité de Bull tient dans la volonté du réalisateur de proposer un récit non-linéaire afin d’embrouiller l’esprit du spectateur. En effet, le film alterne les flashs-backs et flashs-forwards pour mieux jouer avec nos attentes. Ainsi, on ne connaîtra qu’à la fin du film les raisons de la cruauté dont fait preuve Bull et les mystères qui entourent son retour. Ce choix de narration permet au réalisateur d’humaniser son « héros » malgré la froideur dont il fait preuve et de dévoiler que derrière une apparence de respectabilité, les antagonistes sont tout aussi horribles que le personnage principal. Si le twist final a troublé beaucoup de spectateurs du PIFFF qui l’ont trouvé inutile et gâchant la portée du récit, il ne faut pas oublier que Bull est chargé de messages et d’indices allant dans ce sens. De plus, cette approche peut donner diverses interprétation sur le personnage de Bull et le sens de sa mission. Car si Paul Andrew William humanise le personnage de Bull, à aucun moment il ne cherche à l’iconiser. La violence dont fait preuve le héros n’est jamais esthétisée : elle est froide, radicale et cruelle ; le réalisateur ne le cache pas, son héros est un psychopathe et sa froideur doit nous dégoûter. C’est pour cela qu’il a choisi une approche réaliste dans sa mise en scène. Il n’y a pas de grands effets gores dans la démonstration de la violence, le sang s’écoule de manière réaliste et tout est montré frontalement dans des longs plans-séquence. On saluera par ailleurs la performance magistrale de Neil Maskell dans le rôle de Bull qui parvient à rester tout en retenue et à éviter de tomber dans les excès d’interprétation qu’on regrette souvent dans ce genre de proposition.


A propos de Freddy Fiack

Passionné d’histoire et de série B Freddy aime bien passer ses samedis à mater l’intégrale des films de Max Pécas. En plus, de ces activités sur le site, il adore écrire des nouvelles horrifiques. Grand admirateur des œuvres de Lloyd Kauffman, il considère le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980 comme l’âge d’or du cinéma.

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