I See You


On l’avait malheureusement raté au PIFFF 2019 mais on se rattrape pour sa sortie vidéo : on vous parle donc de I See You (Adam Randall, 2019), un thriller domestique qui n’a pas fini de vous surprendre.

Une silhouette de femme aux cheveux longs, dans la pénombre, au bout d'un couloir, seule une faible lumière nous parvient d'une fenêtre, plan du film I see you.

                                          © L’Atelier d’images

Sacrée petite grenouille

Helen Hunt devant son pavillon lumières allumées, croise les bras cheveux au vent, en regardant d'un air intrigue le trottoir d'en face, scène de nuit du film I see you.

                                          © L’Atelier d’images

Le Paris International Fantastic Film Festival nous avait offert un excellent cru lors de l’édition 2019 malgré les nombreuses complications liées à la grève des transports. Le film qui nous intéresse, I See You (Adam Randall, 2019) y avait d’ailleurs remporté le prix Ciné + Frisson, bien que nous avions été au regret de rater la projection, faute de métros. Cette fois-ci, pour sa sortie en vidéo chez l’Atelier d’Images et Program Store, on ne saurait faire l’impasse sur ce long-métrage qui a l’air de faire (presque) l’unanimité. Même s’il est présenté comme un film d’horreur, on le définirait plutôt comme un thriller domestique en apparence traditionnel mais qui détourne intelligemment les codes du home invasion. Son réalisateur britannique Adam Randall s’était déjà amusé à détourner les tropes du film de super-héros avec son long-métrage de science-fiction iBoy sorti sur Netflix en 2017. Pour ce nouvel opus, le réalisateur s’est entouré d’un casting convaincant, dont en première ligne une Helen Hunt très éloignée de ses rôles des années 90 (Twister, Ce que veulent les femmes, etc.) mais surtout méchamment défigurée par la chirurgie esthétique à tel point qu’on la reconnait à peine. Elle joue ici le rôle d’une mère de famille détestée par son mari (Jon Tenney) et son fils (Judah Lewis) après avoir été infidèle. Au cœur de leur grande maison luxueuse idéalement située dans une banlieue chic et tranquille, la tension se fait pourtant immédiatement ressentir, d’autant plus que des faits étranges laissent à croire que la maison pourrait cacher un invité non désiré. Tout ça sans compter sur les évènements qui secouent la ville, des disparitions de jeunes garçons sur lesquelles le mari policier enquête.

Agenouillé au pied d'un lit, un jeune homme à capuche tourne sa tête vers l'objectif, il porte un masque de singe en bois, scène du film I see you.

                                         © L’Atelier d’images

Il est difficile d’écrire une critique sur I See You sans trop en dévoiler car le récit repose essentiellement sur ses renversements de situations, ses surprises, ses plot twists. Il est au premier abord compliqué de relier les points entre l’infidélité de la mère, la présence étrange dans la maison et les disparitions d’enfants ; le scénario prend un malin plaisir à brouiller les pistes pendant les trente premières minutes si bien que le spectateur se demande si on pourrait à tout moment tomber dans le surnaturel. Pour ceux qui ont récemment regardé la série The Outsider (2020) adaptée du roman de Stephen King et diffusée sur OCS en début d’année, les ressemblances sont assez troublantes : s’agirait-il d’une entité maléfique qui  terrorise la famille et la ville toute entière ? Passée la première demi-heure, le film prend une tournure assez inattendue en retraçant les faits déjà vus d’un autre point de vue, ce qui remet en question ce que l’on pensait avoir vu et ce que l’on croyait savoir. Branle-bas de combat, on n’y a donc vu que du feu ! Cette double focalisation très habile est amenée par un montage efficace qui prouve que les angles sont décidément trompeurs. Si on frôle l’overdose de plans aériens, très à la mode dans les productions d’horreur récentes, le film est globalement très bien filmé et la mise en scène entretient le suspense jusqu’à la fin. La bande son quant à elle, est d’entrée de jeu extrêmement angoissante et laisse tout de suite penser que le quotidien de cette famille aisée américaine typique risque fort d’être chamboulé. Et c’est peu dire. Le compositeur William Arcane fait ici ses débuts au cinéma, et il a réussi son pari car difficile de ne pas être tendu dès les premières notes, qui viennent d’ailleurs habiller aussi le menu de cette édition vidéo.

Blu-Ray du film I see you édité par Program Store et L'Atelier d'Images.I See You a été écrit pour tenir le spectateur en haleine jusqu’au bout, d’où les plot twists à gogo pour conserver une attention maximale. Cependant tous ne fonctionnent pas de manière égale : bien que le premier renversement de situation surprenne tout en paraissant crédible à 100%, notamment grâce à ce fameux double point de vue qui permet de voir les choses sous un œil nouveau, les renversements suivants ne seront pas autant approfondis et leur accumulation finira par empêcher une adhésion totale. Ainsi la fin du long-métrage est moins convaincante, le scénario étant peut-être un peu trop ambitieux. En effet, à vouloir sans cesse renverser la vapeur, l’écriture se perd dans des facilités et des invraisemblances qui n’empêchent pourtant pas le film d’être agréable. On regrette juste que la trame de fond des disparitions d’enfants ne soit pas mieux mise en valeur du départ, ce qui aurait peut-être renforcé l’intensité des scènes finales. N’est pas le roi du plot twist qui veut (pas si facile de détrôner M. Night Shyamalan), mais I See You parvient quand même à capter toute notre attention et à nous laisser plus d’une fois bouche bée. Les bonii de l’édition vidéo, qu’il s’agisse du DVD comme du Blu-Ray sont assez maigres, une bande annonce et un making-of peu informatif où les acteurs font surtout la promotion du film en l’érigeant presque comme le chef-d’œuvre d’horreur que tout le monde attendait. Difficile d’en demander plus tant c’est le lot de la très grande majorité des éditions vidéos des films récents, les suppléments étant souvent plus intéressants et complémentaires quand il s’agit d’exhumer de vieux classiques ou pépites méconnues et oubliées. 


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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