The Unseen 1


Actualisation du mythe de l’homme invisible, The Unseen a été projeté au PIFFF, en compétition du troisième jour des hostilités. Et Fais Pas Genre aurait peut-être mieux fait de ne pas le voir…

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Je vais éviter dès tout de suite (oui, la formule est autorisée) de vous faire l’historique du mythe de l’homme invisible. En gros, il suffit de se contenter des versions de James Whale et de Paul Verhoeven (si, si, malgré la réputation qu’il se traîne) pour avoir une vision satisfaisante des problématiques cinématographiques. La création n’étant heureusement pas arrêtée aux modèles prédécesseurs, le spécialiste des effets spéciaux Geof Redknap qui a travaillé sur la série X-Files, The Watchmen (Zack Snyder, 2009) ou Deadpool (Tim Miller, 2016) – donc pas vraiment un débutant n’est-ce point – a choisi de mettre au goût du jour, selon lui, les fameuses problématiques de l’invisibilité. Canadien, il place l’action de The Unseen en Colombie Britannique, dans une bourgade enneigée et prolétaire où travaille son personnage principal, Bob, dans une scierie. Le décor, aussi bien géographique que social, semble donc durant les premières minutes du film le terreau idéal d’une version novatrice, au contact de la réalité actuelle.

Bob est un père rongé par la culpabilité, puisqu’il a quitté son foyer, sa femme et sa fille, du jour au lendemain sans explications. Il n’a pas vu Eva, sa gamine, depuis huit ans, et celle-ci est désormais une adolescente qui vit avec sa mère et la nouvelle compagne de sa mère (oui, sa maman est devenue lesbienne entre-temps visiblement). The Unseen pourrait en fait apparaître comme une espèce de Breaking the Waves (Lars Von Trier, 1996) dans son côté film sensible dans des contrés éloignées et blafardes, jusqu’à la scène où nous découvrons, assez rapidement d’ailleurs, que Bob se décompose. Il devient invisible, mais la bonne idée du film, troublante et visuellement marquante pour le coup, est que cela se fait par étape : d’abord la peau, puis la chair, puis les muscles, puis les os. Ce qui fait que l’invisible passe par un stade de décharné assez repoussant avant de ne plus pouvoir être vu. Une belle idée, ne parvient pas à contrecarrer les multiples défauts, scénaristiques avant tout du film, car la réalisation elle, à l’épaule, proche de ses personnages comme dans n’importe quel film d’auteur indépendant américain nous en touche une sans bouger l’autre mais montre un souci esthétique sur lequel il ne serait pas honnête de cracher.

Personnage bougon et taiseux, on suit Bob avec une absence quasiment totale d’empathie, car les premiers abords de Bob sont trop austères et coupables. Et c’est seulement à partir des trois tiers du long-métrage, lorsque sa fille est en danger, qu’il devient un personnage qu’on a réellement envie de suivre…Par ailleurs le scénario de The Unseen accumule les incohérences : Bob prend des décisions stupides (pourquoi ne pas tout simplement rendre l’argent qu’il doit, puisqu’il l’a, au lieu de perdre du temps et de narguer son débiteur ?) mettant en danger sa famille ; le grand-père d’Eva que tout le monde pensait mort est en fait toujours en vie, mais invisible…Mais tout le monde s’en fout au final puisqu’il ne sert qu’à faire sortir Bob de l’hôpital il est gardé contre son gré et qu’après on sait plus où il est ; oui parce qu’il y a aussi un hôpital où le personnel médical est au courant de la maladie d’invisibilité….Sans que ce soit exploité, sans recherche ; d’ailleurs l’hôpital est actif alors qu’on nous l’a présenté comme abandonné…Bref etc etc. Si jamais vous n’avez pas l’impression d’être assez pris pour un con, ne pensez pas être rassuré sur le traitement de la thématique filiale père-fille, assez simpliste (cool, on a la même maladie, on va pouvoir se retrouver), pour ne pas dire un peu trop bête sur le rôle du père (le père est mauvais, du coup évidemment son ex-femme va se mettre avec une femme, qui ELLE saura élever un enfant). C’est bien beau les effets spéciaux, M. Redknap, mais un bon scénario, c’est pas mal non plus.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.


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