La Baronne de Minuit


D’abord costumier puis décorateur à succès pour Cécil B. DeMille ou encore Raoul Walsh, Mitchell Leisen a ensuite réalisé une trentaine de films dont l’excellent et irrésistible La baronne de minuit (1939). Injustement oublié des livres d’Histoire du cinéma, il était essentiel de réhabiliter une partie de son œuvre.

Critique La baronne de minuit

La Cenerentola

Dans La Baronne de minuit (Midnight), Eve Peabody (interprétée par la grande, séduisante et attachante Claudette Colbert), venue de Monte-Carlo débarque à Paris sans un sou, une seule robe sur le dos, ayant perdu l’ensemble de sa fortune au casino. A la sortie de la gare de Lyon, Tibor Czeny chauffeur de taxi la dépose, le temps de tomber amoureux, à proximité d’une soirée mondaine. Presque par hasard, Eve s’introduit à l’intérieur et se fait passer pour une baronne, si bien qu’elle se retrouve prise au milieu d’une cascade de mensonges, desquels il sera bien dur de s’extirper…

la-baronne-de-minuit_541122_44943Midnight est une pépite de la screwball comedy (mi farce-mi-comédie romantique) et à la manière des nombreuses screwball comedy de cette époque, le film mêle critique sociale des classes, amour, esprit, cynisme et émotion et repose sur des situations cocasses. Eve se retrouve mêlée malgré elle à une société élitiste dont elle maîtrise les codes. Pour autant, est-ce que c’est dans ce monde qu’elle se sent le plus à l’aise ? Le film rappelle les meilleures comédies de Capra ou Wilder (le scénario du film est par ailleurs signé Billy Wilder et Charles Brackett). Malheureusement, Leisen n’aura jamais obtenu l’aura des derniers réalisateurs cités, la faute à un genre sur-représenté à l’époque. Il a tout de même eu le temps de s’imposer à la Paramount mais sa trop grande minutie pour les accessoires, décors et costumes le feront passer pour un cinéaste décoratif, superficiel, esthétisant, trop attaché à la technique. Son art trop attaché aux objets s’éteindra lentement lorsque la Paramount commencera à perdre de l’argent.

Revenons à présent au film dans lequel il est essentiellement question d’identité. Ne vous est t-il jamais arrivé, lors de vos rêves les plus fous ou au cours de soirées dans lesquelles vous ne connaissiez personne, de vous imaginer être quelqu’un d’autre ? C’est ici tout le questionnement du film qui donne lieu à une série de quiproquos et faux-semblants entre la haute société et les petites gens. Eve sera finalement confrontée à un choix amoureux cornélien entre un Dom Juan cultivé et séducteur et un chauffeur de taxi modeste somme toute prêt à tout pour contenter celle dont il est tombé amoureux.

Critique La baronne de minuitC’est un Cendrillon à l’envers auquel nous avons le droit. Peabody débarque à Paris en robe de bal et termine avec un prince sans le sou à la fin. Dans ce Cendrillon revisité, il est aussi question d’argent. Ici, l’argent apparaît et disparaît aussitôt, il est extrêmement volatile. Dès le début du film, au cours de la soirée mondaine, Eve devra participer aux mises d’argent au cours du jeu de cartes. Cet argent qu’elle n’a pas, il lui sera donné ensuite à foison, alors même que sa motivation première sur Paris était de gagner de l’argent en travaillant dans un cabaret. Finalement, Peabody abandonnera sa vie d’aventurière pour devenir une véritable épouse. Elle fera le choix de l’amour à celui de l’illusion (magnifique, isn’t it ?)

Enfin, pour les collectionneurs matérialistes (j’en fais partie, cette remarque est donc légitime !), sachez que Blaq Out est au rendez-vous à chaque fois qu’il s’agit de nous faire connaître des films injustement oubliés, le tout dans de belles éditions. C’est donc un coffret comprenant deux comédies de Mitchell Leisen auquel nous avons droit : La baronne de minuit et Jeux de mains. Les bonus sont intéressants et permettent d’en apprendre davantage sur l’œuvre de Leisen.



A propos de Isir Showzlanjev

En parallèle d'une carrière psychosociale, Isir a hérité d'une pathologie incurable, à savoir visionner des films par lot de six. Il ne jure que par Sono Sion, Lynch, Polanski et voue un culte improbable à Fievel. Il aime aussi les plaisirs simples de la vie comme faire de la luge, monter aux arbres et manger du cheval.

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