Les Nouveaux Héros


Après son rachat de l’écurie Marvel en 2009, Disney n’avait pas attendu très longtemps pour annoncer que son prochain film d’animation serait adapté d’un comic-book de la célèbre firme. Alors que vaut cette première rencontre des deux univers, présenté hors-compétition au Festival Fantastique de Gerardmer, et fraichement oscarisée ?

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Que des numéros 6 dans ma team !

Lorsqu’en 2009 les studios Disney ont annoncé qu’ils rachetaient Marvel Studios – la branche cinématographique de la célèbre maison de comic-books américaine – beaucoup de fans des films comme des bandes-dessinées ont tout de suite émis leur réticence à voir l’univers des vengeurs être Disneyisé – un adjectif ou néologisme, c’est selon, que beaucoup utilisent péjorativement pour désigner un mutagène très puissant qu’emploierait Disney pour transformer tout ce qu’il touche en guimauve. Ces petits rageux ont surement eu une drôle de sensation quand ils ont découverts, qu’après l’arrivée de Disney aux manettes, les films du Marvel Cinematographic Universe se sont au contraire, considérablement obscurcit (voir mon article : Quand Marvel broie du noir). Néanmoins, quand la firme aux grandes oreilles, au sortir du succès mondial de la Reine des Neiges (2013) a annoncé que son prochain long métrage d’animation serait adapté d’une bande-dessinée Marvel, cela n’a pas que fait grincer les dents d’une partie des fans des super-héros, mais aussi de ceux qui défendent – à tort – que l’univers Disney ne doit être fait que d’animaux qui parlent et de belles princesses. Depuis le début des années 1950, au même moment où il décida de passer aux films en prise de vue réelle, Walt Disney avait largement investit le champ de bataille télévisuel avec une volonté farouche d’élargir son spectre de spectateurs et ainsi rattraper dans ses filets les petits garçons et leurs papas. Des séries comme Zorro (1957-1959), Texas John Slaughter (1958-1961) ou encore Davy Crockett (1954-1955) s’inspiraient déjà des comics-book de la Marvel, en vogue depuis les années maxresdefaultquarante, en utilisant les mêmes canevas : un héros presque super, des méchants en pagaille auxquels ce dernier devait botter le cul et enfin, des acolytes venant l’aider dans ses missions de temps en temps.

Bref, tous les regards étaient tournés vers cette première adaptation purement Disney d’une franchise Marvel. En choisissant d’adapter Big Hero 6, le plus grand studio d’animation s’évitait de toute façon d’être un peu trop regardé de près par des fans hardcore… Tout simplement parce que la franchise n’en possède pas beaucoup. Sorte d’alternatives nippones aux Avengers, cette équipe de supers-héros a été conçu par l’éditeur Marvel pour concurrencer les mangas sur leur propre marché. L’équipe originelle composée de politiciens, scientifiques et hommes d’affaires le jour, et super-héros la nuit, possédait notamment en son sein le fameux Samouraï d’Argent, un super-héros/super-vilain – c’est selon – que l’on a déjà vu dans l’univers cinématographique Marvel dans Wolverine : Le Combat de l’Immortel (James Mangold, 2013). Parce que les franchises liées à l’univers X-Men sont toujours propriété de la Fox, Disney n’avait pas l’autorisation d’utiliser le seul personnage un peu connu de cette nouvelle équipe dans son film d’animation. Alors, que l’on soit bien clair, Big Hero 6, (Les Nouveaux Héros pour son exploitation Française… c’est à se demander si la personne en charge des traductions de titres chez Disney France n’est pas Québécoise, une hypothèse qui tend à se confirmer quand on apprend que le film Tomorrowland de Brad Bird a été renommé… A la poursuite de Demain !) a beau reprendre plusieurs des personnages originaux, le studio a veiller à en réadapter l’intrigue et les enjeux pour un public plus enfantin. La fameuse Disneyisation que tant de fans de Marvel redoutaient est donc bel et bien en œuvre. Mais le savoir faire en la matière des équipes de Mickey n’étant plus à prouver, le résultat de cette rencontre entre le Marvel Cinematic Universe et la touche Disney est étonnant et détonnant.

1_les-nouveaux-heros-big-hero-6-disney-marvel_le-blog-de-cheekyL’histoire est celle de Hiro Hamada, un génie précoce de la robotique qui vit à San Fransokyo et dont le grand frère – un jeune scientifique tout aussi brillant, inventeur d’un robot infirmier nommé Baymax – va l’aider à intégrer une célèbre école de robotique où enseigne l’un des plus grands génies de la robotique, le professeur Callaghan, et où il va se faire un tas de copains cool : GoGo Tamago, accro à l’adrénaline, Wasabi, un maniaque du respect des règles, Honey Lemon, une chimiste surdoué, et Fred, un fan de Kaiju Eiga. Admis grâce à son invention révolutionnaire du micro-robot, Hiro, livré à lui même après la mort de son frère dans un terrible incendie, devra faire face à un tas de vilains désireux de lui volet son invention pour dominer le monde. Pour contrer cette menace, Hiro s’en retourne vers le robot Baymax construit par son frère, et entreprend de le transformer en le plus puissant des robots qu’on ait vu, pour former avec ses camarades de classe, les six éléments d’un nouveau groupe de super-héros modernes.

En plus de convoquer beaucoup de thématiques fortes du Marvel Universe – la robotique, le super-vilain – le film tire sa force du choc des cultures qu’il s’impose avec ce que l’on considère vulgairement comme la touche Disney : humour et grands sentiments. Néanmoins, cette rencontre d’un univers plus sombre et mature avec celui, plus enfantin – malgré tout – de Disney, fait de ce film d’animation l’un des plus durs qu’il nous ait été donné de voir depuis très longtemps chez la firme aux grandes oreilles. Certaines des séquences du film – à commencer par la mort du grand-frère qui survient assez rapidement dans l’intrigue – tendent plus vers la noirceur apocalyptique d’un film Marvel que du côté des envolées lyriques made in Broadway de La Reine des Neiges. Hormis cette variation de ton, le film reste, à bien des égards, un pur film Disney, bien aidé, il faut bien le dire, par le capital sympathie du personnage de Baymax, qui renoue avec la vieille tradition du sidekick des films Disney – le bras droit rigolo qui épaule, conseille et assiste le héros, entre deux blagues et écarts de conduite. L’humour du film venant en très grande partie des BIG-HERO-6-LES-NOUVEAUX-HÉROS-Image-du-film-Go-with-the-Blog-800x470séquences qui lui sont consacrées – l’une d’entre elle, bientôt culte, assimile de manière très maligne le robot en manque de batterie à un personnage complètement ivre – ainsi que de la bande de seconds couteaux – les acolytes de Hiro – dont les différentes facultés et pouvoirs permettent aux séquences d’action d’être particulièrement inventives.

Après l’échec artistique et financier du pitoyable Les Mondes de Ralph (2012) et deux ans après le succès incroyable de La Reine des Neiges (2013), Walt Disney Animations Studios risquait gros avec ce film qui devait séduire petits et grands, garçons et filles, fans de Marvel et de Disney. Parce qu’il semble y parvenir avec brio – le film est un vrai succès critique et public, et vient d’être oscarisé – le film semble prêt à rejoindre la longue liste de films cultes produits par les studios Disney depuis la fin des années trente. Cette nouvelle équipe de supers-héros s’ajoute autant à celles déjà développé par le Marvel Cinematic Universe – bien qu’elle devrait évoluer indépendamment des intrigues développées dans celui-ci – tout en s’ajoutant aux côté des Indestructibles (2004) du petit-cousin Pixar. Alors si d’aucuns diront que le studio le plus puissant de l’industrie cinématographique bouffe là, à tous les râteliers, d’autres trouveraient surement habiles de trouver à détester le film parce qu’ « on y sent Marvel dans chaque plan » – il faudra m’expliquer, dans ce cas, ce qu’est, ou bien pourrait être, la définition d’un plan-Marvel. Pour ma part, j’estime que Disney, avec Big Hero 6, offre la possibilité aux jeunes enfants de s’identifier plus que jamais à des super-héros qui leur ressemblent, tout en leur offrant un vrai film Disney, drôle et émouvant, et un vrai film Marvel, mature, parfois sombre et bordé d’action. Que demande le peuple ?


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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