The Crack


La seconde journée complète du festival démarre avec The Crack, un premier film qui nous vient tout droit de Colombie, tourné avec un budget minuscule et un casting très restreint, dont un acteur principal non professionnel. Un film qui aurait pu être bien s’il avait quelque chose à raconter…

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Crack boum hue !

Lors d’une soirée arrosée, le jeune Tomas découvre le corps de sa sœur Marcela, probablement assassinée. Un an plus tard, Tomas et sa famille (sa mère Susana, sa tante Angélica, son frère Juan et ses deux petits frères jumeaux Mateo et Simon) partent s’isoler à la campagne pour faire le deuil de Marcela, mais rien ne se passe comme prévu. L’ambiance qui règne n’aide en rien la famille, et à cela viennent s’ajouter d’autres tensions…

Il est possible de résumer The Crack, il est par contre beaucoup moins facile de trouver quel est le sujet du film. Le réalisateur/scénariste parle de tout et de rien à la fois, et se perd en futilités, rallongeant d’au moins cinq fois les 100 minutes de son long métrage. Un supplice pour les yeux, les oreilles, mais aussi pour tout le public qui a subi le film en même temps que moi. En thecrack2espagnol, « el resquicio » (c’est le titre original du film) signifie « la fissure », et Alfonso Acosta n’a pas eu tout à fait tort de donner ce titre, car il y a bel et bien une fissure, et il n’a pas fallu attendre longtemps avant de la sentir s’installer entre le film et le public tant on s’ennuie rapidement de ce long métrage qui semble n’avoir nulle part où aller et dont on voit tout venir gros comme une maison.

La fissure du titre, en réalité, c’est bel et bien celle de cette famille, dans laquelle règne une atmosphère très étrange. On comprend assez vite que Tomas est attiré par sa tante Angélica, mais Acosta décide d’en faire une petite bite jusqu’au bout et il ne conclura finalement jamais, contrairement à son frangin. Mais ça, ça n’arrive qu’à la fin du film, donc je vous laisse imaginer à quel point on se fait chier jusque-là. En fait, je pense que tous ceux qui étaient présents dans la salle ce jour-là se demandent encore ce que faisait ce film en sélection officielle du festival ; il ne contient rien de fantastique, et lorsque le scénario nous met la puce à l’oreille en nous orientant vers des éléments qui sortent de l’ordinaire de cette réunion de famille malsaine et aussi chiante que celle de Festen (mais beaucoup moins bien écrite), comme cette intrigue amorcée par les deux jumeaux, Mateo et Simon, qui, d’après une légende, développent l’argument que leur tante Angélica, celle-là même qui est au cœur du malaise, serait une sorcière. Une perche tendue à tous ceux qui attendaient du fantastique (tout le monde, donc), mais qui est bien vite retirée lorsque ces derniers tendaient tous la main pour l’attraper.

A l’image, le film n’est pas dégueulasse, il début même avec la séquence très étrange et malsaine de la soirée qui se conclura par la découverte du cadavre de Marcela, qui ressemble un peu à du Gaspar Noé en moins talentueux. Le reste du film reste assez bien filmé, lui aussi, mais on comprend, après réflexion, que s’il n’y avait pas ce décor oppressant représenté par la maison et par la forêt, cette belle image n’aurait aucun intérêt. C’est pourtant bien au montage que le long métrage d’Alfonso Acosta échoue, en se donnant le même côté « regardez-moi, je suis un auteur » que House of Last Things, en faisant durer les plans, les séquences, de manière à ce que le spectateur ait l’impression de rester douze heures dans la salle. C’est tout de même une bonne nouvelle pour Claude Lanzmann.thecrack3

The Crack est de loin le film le plus ennuyeux de tout le festival ; la preuve, lorsque le carton « Dernier jour » est apparu à l’écran, toute la salle a applaudi, soulagée que le calvaire ne dure plus longtemps. Pourtant, il n’est pas le plus inintéressant : il se pose le pari de réussir à faire d’un drame familial un film fantastique, et de faire miroiter au public des choses qui ne viendront jamais (une scène de sexe entre Tomas et sa tante, par exemple). Fondamentalement, il a atteint ses objectifs, mais la mise en scène est d’un tel ennui et d’une telle platitude (oui, car il ne suffit pas de faire un film dont les silences et les sous-textes érotico-incestueux citent clairement Freud ou Lacan pour le rendre plus intelligent que les autres) que si vous souhaitez vraiment du fantastique sans fantastique, du malsain bien malsain, et des œuvres intelligentes, lisez Nabokov.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

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