JSA – Joint Security Area


Réalisé par le grand Park Chan-wook en 2000, JSA est un drame politico-militaire sud-coréen.

Chic Corée

Le sergent Sophie E. Jean, interprété par la magnifique Lee Young-ae (élue en 2006 “Plus Belle Actrice Coréenne”), membre de la commission de supervision des nations neutres (la Suisse et la Suède), va être sollicitée pour tirer au clair les circonstances qui ont provoqué une fusillade dans un poste de garde nord-coréen situé dans la “Jsa” (zone de sécurité séparant Corée du Sud et Corée du Nord). Dans chaque camp, un survivant a une version différente de l’autre. Le sergent sud-coréen Lee (Lee Byung-hun, vu récemment dans I saw the Devil mais également dans des bons films comme par exemple G.I. Joe, Rise of the Cobra) prétend avoir été enlevé par les hommes du sergent nord-coréen Oh, interprété par Song Kang-ho, (The Host, Thirst) qui affirme que Lee a attaqué le poste de garde. À partir de différents éléments (interrogatoires, expertises balistiques, rapports, autopsies…), Sophie Jean finira par comprendre ce qui s’est produit cette nuit là dans la fameuse zone de sécurité…

Le casting (exclusivement masculin) est excellent et les acteurs savent faire passer l’émotion. L’intervention d’une femme dans ce milieu d’hommes fait écho à l’intervention d’une personne neutre dans cette guerre froide. En effet, le personnage de Lee Young-ae (que Park Chan-wook reprendra plus tard pour sa Lady vengeance) et son collègue Suédois, sont les seuls à pouvoir librement circuler entre les deux zones. Cela nous aide forcément à nous forger un point de vue objectif. Mais c’est Song Kang-ho et Lee Byung-hun qui se partagent la vedette. La division permanente de l’image, souvent représentée par cette ligne tracée au sol qui sépare le nord du sud (ligne que chacun des deux camps a peur de traverser), nous rappelle à quel point la démarcation de ces deux états est futile, voir même grotesque (exemple parfait avec cette scène où la casquette d’une touriste s’envole pour atterrir pile de l’autre coté de la frontière).

Les 3 mots du titre construisent 3 chapitres. Étant fan des films à construction à tiroir (dé-chronologiques, flash-backs…), j’ai trouvé l’intrigue très agréable à suivre. L’enquête menée par Sophie Jean est passionnante et les rebondissements bien cousus. Mais on se rend très vite compte que le sujet principal du film est l’histoire de ces soldats qui vivent dans la tension permanente, faisant tous les jours face à leurs frères/adversaires à quelques mètres d’eux. On en apprend tout le temps un peu plus sur la fusillade, mais le réalisateur, qui ne cherche à aucun moment à valoriser un camp ou un autre, attendra jusqu’à la toute fin de son film pour tout révéler ; diffusant ainsi un message de paix entre les deux Corée, dans un final magistral. La dernière image est probablement la plus belle de tout le long-métrage et m’a laissé les larmes aux yeux.

Petit commentaire sur les effets spéciaux, tous excellents, nous transposant parfois dans un monde surréaliste et poétique (les ralentis sur les paquets que se lancent les militaires par dessus la frontière) avant de nous ramener à la dure réalité, brutale et sans concessions (voir gore par moment). Le passage à la morgue est bluffant de réalisme, et les fusillades et autres scènes d’actions, accompagnées d’une bande son magnifique, font penser à de véritables opéras. Park Chan-wook avait réalisé, avant de connaître une consécration mondiale grâce à sa trilogie de la vengeance, probablement son meilleur film. C’est à travers des sujets simples, l’amitié et la fraternisation, que le grand metteur en scène réussi une oeuvre importante : un film humaniste mais loin d’être utopiste.

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