Kim Kong – Saison 1


C’est avec un peu de retard qu’on vous parle de la mini-série produite par Arte répondant au doux nom de Kim Kong.

Chic Corée

Nul besoin de confession, vous savez déjà peut-être que votre serviteur est un fieffé admirateur du grand Kong et qu’il est atteint d’une pathologie lourde qui l’oblige à en collectionner un maximum de figurines. Nul besoin de confession non plus, vous connaissez aussi toute mon admiration pour le dirigeant nord-coréen le grand Kim Jong-Un, dont je collectionne tous les sous-vêtements propres comme usagers bien que le suprême leader ne tâche pas ses sous-vêtements puisqu’il est de notoriété publique qu’il ne fait jamais caca. Cette mini-série Arte (3×52) avait donc, sur le papier, a peu près tout pour me plaire puisqu’elle réunit mes deux plus grandes passions, mon carburant dans la vie. Réalisée par Stephen Cafiero et écrite par Simon Jablonka & Alexis Le Sec, Kim Kong s’inspire de l’histoire vraie de l’enlèvement par le régime démocratique de Corée du Nord du couple star sud-coréen formé par l’actrice Shin Sang-Ok et le réalisateur Choi Eun-Hee. Cela se passe en 1978 et à cette époque, Kim Il Sung règne sur la Corée du Nord tandis que son fils Kim Jong Il – le papa de l’actuel Kim Jong Un dont on parle beaucoup en ce moment, vous savez le fameux « little rocket man » – alors ministre des affaires culturelles du pays, attend gentiment son heure. Désireux de créer une véritable industrie cinématographique nord-coréenne influente – en bon cinéphile, le leader espère porter le cinéma nord-coréen en compétition officielle des grands festivals européens ! – Kim Jong Il fait kidnapper les deux stars dans le but de leur faire jouer et réaliser des films pour le régime. Durant trois ans – de 1983 à 1986, date à laquelle ils parviennent à s’enfuir – le couple va produire une dizaine de films pour le compte du régime, parmi lesquels un certain Pulgarasi (1985), film de monstre géant nord-coréen s’inspirant des Kaiju Eiga japonais, qui semble ici avoir servit de source d’inspiration principale aux auteurs de Kim Kong.

Même si l’inspiration est évidente, la série ne raconte pas directement l’histoire de Shin Sang-Ok et Choi Eun-Hee – il reste un grand biopic à faire sur ces deux amoureux, mais au vu des tensions politiques entre les deux Corée, je doute que le cinéma sud-coréen s’y risque – mais les remplace par un (faux) réalisateur français, Mathieu Stannis – incarné par un génial Jonathan Lambert, qu’on voit décidément trop peu ! – sorte d’ersatz de fiction d’un Louis Leterrier ou d’un Olivier Megaton. Abonné à la réalisation de films d’actions merdiques que n’aurait pas renié le scénariste de génie qu’est Luc Besson, Stannis est désabusé et conscient de ne produire que des films commerciaux de commande. Malheureux, il aimerait tourner la page et enfin réaliser des films qu’il aimerait aller voir au cinéma. Kidnappé en plein tournage d’une énième suite d’une franchise rappelant Le Transporteur (2002-2015) il se réveille dans une dictature asiatique – on ne cite jamais la Corée du Nord dans la série mais on est pas dupe de l’inspiration quand même – où il apprend qu’il a été choisi par le dirigeant pour réaliser une version communiste de King Kong (Ernest B. Shoedsack & Merian C. Cooper, 1933) que le leader suprême a lui-même scénarisé ! Les trois épisodes de la série suivent donc le parcours de Stannis durant le tournage du film, retrouvant progressivement goût en son métier à mesure qu’il doit faire face aux contraintes de production qu’on lui impose. A ce titre, au delà d’être une pochade de plus sur la Corée du Nord – on pense bien sûr souvent à Team America, police du monde (Trey Parker & Matt Stone, 2004) et au récent L’Interview qui tue ! (Seth Rogen & Evan Goldberg , 2014) – la mini-série étonne par sa justesse émotionnelle, suivant le parcours d’un cinéaste en panne d’inspiration qui retrouve foi en son métier et son talent, en étant confronté au fameux diktat du Do it Yourself cher à Michel Gondry, qui par ailleurs, si j’étais Kim Jong Un, serait mon premier choix de kidnapping.

En dehors de sa direction artistique parfaite – mention spéciale, outre les décors efficaces, pour le magnifique générique façon iconographie propagandaire – la série est d’une écriture redoutable, réussissant à nous faire attacher à toute une galerie de personnages secondaires en seulement trois heures. A ce titre, le casting est parfait, Frédéric Chau en tête – le « chinois » de ce chef-d’oeuvre Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? (Philippe de Chauveron, 2014) – incarnant un conseiller chargé de chapeauter la bonne tenue du tournage par le dictateur incarné par le très drôle Christophe Tek qui livre la meilleure caricature de Kim Jong Un qu’on ait vue jusqu’alors. Mais encore, Henri Courseaux, hilarant dans le costume d’un Ambassadeur de France qu’on croirait tout droit sorti de chez Quentin Dupieux ou de la galaxie de personnages délurés du P’tit Quinquin (2014) de Bruno Dumont. Enfin, n’oublions surtout pas la sublime Audrey Giacomini, qui joue l’actrice Yu Yu, star du cinéma nord-coréen qui va redécouvrir son art au contact de Stannis. L’écriture subtile et drôle des rapports entre tous ces personnages constitue la vraie force de la série, mais l’on regrette toutefois que le format, trop court, oblige les scénaristes à une certaine efficacité. Au sortir des trois heures, si l’on a beaucoup rigolé et même un peu pleuré, on regrette surtout de n’avoir pas pu passer un peu plus de temps avec cette belle galerie de personnages que l’on avait bien envie d’aimer plus longtemps. La frustration est donc prégnante et même si elle témoigne indéniablement d’une série pleine de qualités, cette dernière pourra contraindre quelques spectateurs à rester, comme on dit, sur leur faim. L’épilogue et les péripéties ne laissent pas vraiment présager une deuxième saison, aussi, quand arrive la conclusion, c’est la larme au coin de l’oeil et le palais gêné par un arrière goût bien aigre que l’on quitte Mathieu Stannis, son destin expédié et résolu par deux pauvres panneaux titre d’une fainéantise confondante. La phrase est forte, comme ma déception, mais j’espère que vous aurez bien compris qu’ainsi prévenus, vous pourrez d’autant plus apprécier cette série qui mérite bien sûr qu’on y consacre trois heures.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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