Les canons de Cordoba


Parce qu’il n’y a pas que le Far West dans la vie (et le western), Sidonis Calysta édite en DVD et Blu-Ray un film prenant pour cadre la révolution mexicaine, Les canons de Cordoba (1970).

La pandilla salvaje

En 1970, le western classique s’est déjà bien fait défoncer la rondelle (pardonnez l’incipit un peu brutal). Molesté par des cinéastes politiques comme Arthur Penn (Little Big Man) secouants comme Sam Peckinpah (tout ses westerns), irrévérencieux comme Sergio Leone (tout ses westerns aussi évidemment) qui en ont repoussé la modernité (après l’innovation du sur-western, il faut bien le dire), le genre est à l’aube des seventies bel et bien en train de crever. Paul Wendkos, cinéaste inconnu ou presque dans l’Hexagone et pas responsable de chef-d’œuvres particuliers, s’engouffre dans la brèche laissée par ces prédécesseurs récents avec Les canons de Cordoba, sorti en 1970 et édité en DVD et Blu-Ray par Sidonis Calysta. Faire un western au moment du chant du cygne provoqué par des cinéastes aussi majeurs avant soi, la posture est audacieuse, mais pas vraiment frappante ni réussie.

Le topo est simple : durant la Révolution Mexicaine (en 1912 exactly), le Général Cordoba dérobe à l’armée des États-Unis des canons lors d’une attaque bien sentie. Le Capitaine Rod Douglas, agent double américain au service de son pays est mandaté pour kidnapper Cordoba et détruire les canons en question, accompagné pour cela de trois loustics sortis de prison et d’une mexicaine souhaitant se venger du chef révolutionnaire parce qu’il a tué sa famille et l’a violée. La dream team en somme. Très clairement, le canevas et les personnages des Canons de Cordoba font penser au génial La Horde Sauvage (1967, Sam Peckinpah), pour ne pas oser dire qu’il en est presque un plagiat, au minimum une sorte de remake. De l’attaque initiale assez bien mise en scène pour le coup (avec même un travelling arrière en fin de séquence isolant un gradé ricain au milieu des cadavres, digne d’Il était une fois dans l’Ouest), à la présence primordiale des filles de joie et du sexe, en passant par ce groupe de mercenaires devant faire face à un ennemi en nombre largement plus grand que lui et retranché dans un camp/ville avec à sa tête un général mexicain, Wendkos épouse d’un peu trop près le chef d’œuvre de Peckinpah. Hélas, la psychologie et la sensibilité propres au Sam en moins, ne laissant au spectateur que l’intrigue pure et simple (vont-ils réussir leur mission) en guise d’intérêt. Dommage, car une variation plus aboutie et riche aurait pu être pertinente, et donner à juste titre une autre vision des thématiques de The Wild Bunch.

Sidonis Calysta poursuit son beau travail avec une copie irréprochable, permettant un plaisir de vision en Cinemascope pour une réalisation toutefois assez confuse (ce travelling à l’épaule à 360 degrés là…) révélant un Paul Wendkos hésitant entre modernité de pacotille et rigueur scénique. Patrick Brion livre sa présentation du film dans les boniii, un peu trop anecdotique malheureusement et superficielle avant qu’une galerie photo et des bandes-annonces viennent ponctuer les suppléments.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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