La maison de tous les cauchemars


Disponible en DVD depuis le 6 mai dernier, La maison de tous les cauchemars – en anglais : Hammer House of Horror – fait partie de ces anthologies qui ont contribué à donner une place de choix à l’horreur et au fantastique à la télévision et qu’il est toujours bon de redécouvrir.

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Master of Horror

Alors que les années 1970 ont été de plus en plus pénibles pour la Hammer, deux anciens membres du conseil d’administration de la compagnie, Roy Skeggs et Brian Lawrence, sont rappelés à la rescousse pour sauver le studio après le film-échec Une femme disparaît (Anthony Page, 1979), dernier long métrage Hammer avant la résurrection du studio en 2008. L’idée de Skeggs est de moderniser le studio, pas en produisant des remakes des histoires de Dracula ou de Frankenstein, mais en cherchant à s’adapter à son époque ; le changement, c’était à ce moment. Après la relocalisation des studios et des lieux de tournage pour limiter les dépenses, Skeggs porte comme tout premier projet, en signe de renouveau, une série télévisée, dans la droite lignée des anthologies comme La quatrième dimension (Rod Serling, 1959-1964) ou Angoisses (Brian Clemens, 1973-1976). En tout, hammerhouseofhorror2treize épisodes ont été produits pour une diffusion entre le 13 septembre et le 6 décembre 1980, et chaque épisode aborde un thème différent dans l’horreur : des sujets classiques et indémodables dont la Hammer s’était fait une spécialité (vampires, monstres, sorcières…) à d’autres plus modernes, moins fantastiques et, pourrait-on dire, nouveaux pour le studio (serial killers, cannibalisme, folie), avec quelques-uns des grands noms qui ont contribué à la réputation de la Hammer à travers le monde : Peter Sasdy, Don Sharp, Robert Young et Tom Clegg, entre autres, derrière la caméra (même Terence Fisher devait faire partie de l’aventure mais décéda durant la production), et devant, Jon Finch, Anthony Valentine, Robert Urquhart, Barbara Ewing, et la délicieuse présence de Peter Cushing en grand antagoniste d’un épisode.

Ce qui saute aux yeux la première fois que l’on regarde Hammer House of Horror (retitrée La maison de tous les cauchemars lors de sa première diffusion sur FR3 en 1983), c’est la volonté de prendre le contrepied de ce que la Hammer a toujours fait avec tant de talent : les histoires se passent à l’époque de la production, tout est finalement très moderne, et c’est à cela que tient Roy Skeggs, en pensant que donner un nouveau souffle en choisissant cette direction sauverait le studio. Les grands thèmes classiques sont alors inscrits dans un environnement contemporain, et ce dès le premier épisode, Maléfices, dans lequel une sorcière (Patricia Quinn) morte au XVIe siècle revient terroriser un homme. Cehammerhouseofhorror3 mélange assez particulier entre les légendes qui ont servi de base aux grands films Hammer vingt ans plus tôt et l’Angleterre du début des années 1980 avait tout pour ne pas convaincre et se révèle être finalement le surprenant atout principal de la série. C’est par exemple ce que l’on retrouve dans l’épisode L’Aigle des Carpathes – qui offre l’un de ses tout premiers rôles à Pierce Brosnan – qui renvoie clairement au Carmilla de Sheridan Le Fanu, chef-d’œuvre de la littérature gothique qui fut déjà une source d’inspiration pour une belle trilogie réalisée entre 1970 et 1971 pour la Hammer, ou dans Le Gardien des Abysses, qui met en scène les adeptes d’un culte sataniste comme dans Les Vierges de Satan (Terence Fisher, 1968), classique du studio britannique écrit par Richard Matheson et avec Christopher Lee. Pour autant, les sujets plus contemporains ne sont pas du tout négligés, au contraire, puisque ce sont majoritairement ceux qui donnent les meilleurs épisodes. On retiendra notamment Le cri, dans lequel un encore jeune Brian Cox – présent à l’époque en grande majorité sur le petit écran – est aux prises avec un Peter Cushing excellent dans un rôle de savant fou, ou encore L’empreinte du diable, qui anticipe de près de trente ans le film de Joel Schumacher Le nombre 23 (2007), ou l’inégalable La maison sanglante, histoire de maison hantée qui bénéficie d’une mémorable séquence gore qui a probablement franchi les limites de ce qui était montré à la télévision de l’époque. Comme pour toute série, chacun aura son épisode préféré, mais il faut reconnaître le talent de cette œuvre qui fut le dernier coup d’éclat d’une société de production de légende après une longue décennie de difficultés.

Pour une première tentative de production télé, la Hammer de Roy Skeggs a beau avoir fait des concessions, la virtuosité n’en fait hammerhouseofhorror4pas partie. Sur les treize épisodes, neuf ont été photographiés par Frank Watts, qui officia surtout à la télévision sur des œuvres estampillées ITC qui ont brillé par leur maestria visuelle – Le Saint (Leslie Charteris, 1962-1969), Cosmos 1999 (Gerry & Sylvia Anderson, 1977-1979) – et quatre par Norman Warwick, directeur photo historique d’Amicus Productions qui n’a officié qu’une seule fois pour la Hammer, dans Dr. Jeckyll et Sister Hyde (Roy Ward Baker, 1971), une suite logique puisqu’Amicus reprenait les thèmes et les acteurs de la Hammer en les transposant à l’époque moderne, concept réutilisé par la présente série. Outre la photographie très réussie, les scénarios contiennent tous un twist final – ou, tout au plus, un coup de théâtre – inattendu et imprévisible qui pose une dernière fois la Hammer comme la grande prêtresse (noire) de l’horreur made in England : on retiendra notamment ceux des épisodes Les enfants de la pleine lune (épisode ayant pour thème les loups-garous, monstres qui ne furent auparavant mis à l’honneur qu’une seule fois par le studio, Le cri, La treizième réunion, Les deux faces du démon, sans oublier Un étrange réveil, sans aucun doute l’épisode le plus bizarre de la série qui s’offre une excellente – et peu rassurante – fin.

Depuis le 6 mai 2014, l’intégralité de La maison de tous les cauchemars est disponible dans un coffret 5 DVD édité parhammerhouseofhorror5 Éléphant Films, dans une version restaurée V.O. et V.F. qu’il ne faut surtout pas louper, ne serait-ce que pour la rareté de la chose – il existait certes un coffret paru en 2005 chez Studio Canal, mais d’une qualité assez basse et très difficile à retrouver aujourd’hui. Pas de grands points faibles contenant l’image et le son (DD 5.1 pour les deux langues), cette édition se classe par ailleurs comme la meilleure au monde concernant les différentes sorties de la série puisque c’est bel et bien la plus complète jusqu’à présent, et celle qui profite de la meilleure qualité. En bonus, l’intervention d’Alain Schlockoff, fondateur de L’écran fantastique, qui revient pendant 22 minutes et de manière assez complète et toujours intéressante sur la série, ainsi que des bandes-annonces, une galerie photos et un livret de 8 pages rédigé par Victor Lopez sur les différents épisodes (résumés et anecdotes) ainsi qu’un bref historique de la Hammer. Un must-have pour tout fan de la maison de production britannique et, plus généralement, pour tout passionné d’horreur.

Valentin Maniglia


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

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