Superman (Cartoon)


Comme si vous n’aviez pas assez eu de super-héros ces temps-ci, Elephant Films ressort aussi de vieux morceaux comme l’intégrale des cartoons Superman des frères Fleischer. Retour sur un dessin animé aussi convenu qu’atypique.

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God Bless America

« Superman c’est un monsieur tout musclé qui porte un slip et une cape alors qu’il n’en a pas besoin parce qu’il vient d’une autre planète et du coup il est plus fort que nous sur la Terre. » Cette introduction à l’éblouissante qualité littéraire permet de présenter Superman aux 2% de la population qui ne le connaissent pas, et aux 0,7% qui ont raté la figure d’acier sur les affiches, les arrêts de bus, les bannières web dans le cadre de la promo des dernières aventures de l’homme d’acier dans les salles obscures. En plein dans le badigeonnage intensif de super-héros au cinéma, il est intéressant de se pencher sur d’autres interprétations des personnages et plus encore à une époque bien éloignée : Elephant Films nous le permet grâce à la sortie de l’intégrale en DVD des cartoons Superman initiés par Dave et Max Fleischer, à l’occasion des 75 ans d’un anime que Frank Miller, par exemple, cite en référence visuelle pour son Dark Knight. 17 épisodes, dans une copie impeccable, bénéficiant hqdefaultd’une VF bricolée et d’une VO (je surconseille la vision avec cette dernière) et produits en réalité par deux studios différents : les Studios Fleischer lors de la première période, les Famous Studios après que les frères se soient faits lourder pour incompatibilité d’humeur…Entre eux.

Tous les épisodes, à l’animation soignée (très cartoon évidement) et d’une durée approximative de dix minutes, fonctionnent sous le même concept : Loïs Lane, journaliste au Daily Planet, est envoyée là où y a du grabuge pour rédiger un article, se retrouve bien dans la merde, et est sauvée par un Superman dans des scènes d’action archi-spectaculaires qui ont dû faire rêver bien des enfants de l’époque. Artistiquement, la série, assez simpliste sur le papier, n’en est pas fainéante, jouissant à la fois d’une imagination débordante (l’ingéniosité des méchants de Billion Dollar Limited  fait penser à celle de Coyote pourchassant Bip-Bip), d’un rythme effréné, et des situations qui, mine de rien, offrent un panel de ce que le cinéma américain était déjà, et ce qu’il sera encore plus dans les deux décennies qui suivront. L’épisode sus-cité fait état d’un détournement de train comme les western en ont offert, Volcano est un mini-film catastrophe, The Mummy Strikes un court-métrage fantastique, The Magnetic Telescope un récit de science-fiction avec un savant fou halluciné, Terror in the Midway un sous-King Kong… Si le schéma narratif est le même, le cartoon a une richesse d’univers et de situations qui amusera n’importe quel cinéphile.

Superman est Superman dans sa plus pure tradition américaine, je dirais même initiale : un héros surhumain très rarement mis en difficulté, à la force dantesque et capable de tout faire, vraiment tout, comme d’amener un train à la gare tout seul, ou de boucher un volcan. Son équivalent cinématographique, ce serait celui du Superman de Richard Donner (1978) capable de faire tourner le monde dans le sens inverse. En replaçant la série dans son contexte de conception (les charmantes années 1941-1942) on y verra, sans surprise, le besoin national de héros, capable de tout pour le bien, même si le patriotisme est absent de la série…Enfin pendant la période Fleischer Studios, parce qu’à partir du moment où Dave et Max passent le relais aux Famous Studios, Superman vrille et devient un bon gros outil de propagande, niquansuperman09at un nazi un peu barge gourou d’une société tribale en Afrique qui le considère comme un dieu (chauve de surcroît…Une référence inavouée pour Apocalypse Now ?) et même saboteur officiel de matériel militaire japonais durant tout un épisode…Quoi qu’il en soit, patriote ou non, cette lecture surpuissante, complètement dépassée en 2016 (ce qui fait l’échec du Superman Returns de Bryan Singer et la réussite éblouissante de Batman vs Superman qui explose littéralement un Man of Steel au scénario boitant pendant 2h sur 2h30, quoi qu’en dise la majorité des critiques) n’est pas pour autant si lisse qu’on pourrait l’imaginer. A l’image d’une Loïs Lane qui sait tout d’un coup se servir d’une mitraillette pour dézinguer du brigand, de séquences ésotériques, ou du méchant d’un épisode qu’on devine amérindien et luttant pour la reconnaissance des siens, les cartoons Superman offrent quelques surprises en plus du plaisir enfantin de leur vision.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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