Leviticus


Après avoir écumé nombre de festivals à travers le monde où il s’est fait largement remarquer, le film australien Leviticus (Adrian Chiarella, 2026) débarque enfin dans nos salles françaises. Un film aussi bouleversant que flippant qui rappelle l’horreur que représentent les thérapies de conversion.

Deux adolescents face à face, un blond caresse de sa main droite la joue du brun ; avec en arrière plan une forêt ; plan issu du film Leviticus de Adrian Chiarella.

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Only lover could die 

Dans une pièce sombre , un prêtre à la barbe blanche habillé tout en noir incline la tête en avant vers les deux adolescents face à lui ; une croix tenu dans ses deux mains ; avec des fidèles autour de lui ; dans une pièce sombre ; plan issu du film Leviticus de Adrian Chiarella.

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C’est peu dire que le cinéma de genre australien vit un renouveau, notamment grâce à  des films comme La Main (2022) puis Bring Her Back (2025) des frères Philippou, mais aussi Dangerous Animals (Sean Byrne, 2025). Un renouveau qui détourne, voire malmène les codes établis pour mieux réinventer l’horreur moderne. Le premier film de Adrian Chiarella, Leviticus, sort dans la continuité de cette nouvelle vague australienne. Avec un concept qui rappellera forcement celui de It Follows (David Robert Mitchell, 2014), il se rapproprie les codes de l’horreur ordinaire pour mieux insuffler une peur nouvelle et viscérale, tout en y ajoutant un propos attendu. Dans Leviticus, Naim fait la rencontre de Ryan dont il tombe éperdument amoureux. Ils se fréquentent un temps avant que le secret de leur relation éclate au grand jour dans la petite communauté trop pieuse du coin. Contraints d’entamer une thérapie de conversion pour le moins radicale, ils se retrouvent pourchassés, dès qu’ils sont seuls, par une entité violente et meurtrière prenant l’aspect de celui qu’ils désirent le plus. Dans ce cas là bien évidemment, ce sera l’apparence de l’un ou de l’autre.   

Un argument malin qui permet de faire surgir l’horreur n’importe où, n’importe quand et de façon totalement gratuite et aléatoire. Le couple ne s’en sortira qu’une fois cette entité vaincue et c’est alors une véritable course contre la montre qui s’engage sous nos yeux. La peur est permanente et, il faut le dire, cela faisait longtemps que l’auteur de ces lignes n’avait pas ressenti la tension d’une menace continue. Et comme le film assume à 1000% une allégorie qui aurait pu s’avérer casse gueule – celle des thérapies de conversion et de l’homophobie en général – il faut saluer la performance d’Adrian Chiarella qui parvient à donner de l’épaisseur à sa démonstration horrifique. Tant et si bien que l’enjeu principal n’est plus de savoir qui va survivre ou non – ce qui est souvent le leitmotiv des slashers – mais de connaitre l’issu de cette histoire d’amour impossible. À la faveur d’une écriture subtile et poétique, le destin de nos personnages constituera notre principale source d’inquiétude pendant la durée d’un long-métrage d’à peine une heure trente qui refuse de s’encombrer et préfère aller à l’os.

Un adolescent seul la nuit dans une forêt, le regard attiré vers quelque chose que l'on ne voit pas ; plan issu du film Leviticus de Adrian Chiarella.

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La réalisation de Chiarella est d’une incroyable maitrise. Dans les séquences d’horreur pure, il parvient à éviter les écueils inhérents au genre – l’utilisation du jumpscare est à ce titre exemplaire – et à distiller le danger sur tout le long. Mais surtout, c’est la pudeur avec laquelle il filme les séquences d’intimité qui impressionne. Dans certaines scènes, Leviticus fait montre d’une poésie dingue assez étonnante. Le cinéaste dit s’être inspiré des travaux de Wong Kar-wai, Kim Jee-woon et David Robert Mitchell et on veut bien le croire tant on assiste ici à la synthèse de tous ces horizons cinématographiques. La mise en scène et le scénario font corps pour délivrer ce qui s’avère être l’un des films d’horreur les plus beaux, dans tous les sens du terme, de ces dernières années. Et après ce premier long – Chiarella a également réalisé trois courts-métrages tous remarqués en festivals – c’est peu dire que l’on va scruter son travail dans les années à venir !  

Au cœur de Leviticus, il y a Joe Bird en Naim, notre point de repère émotionnel, et surtout Stacy Clausen en Ryan. Si l’on a pu voir ce dernier dans Nature prédatrice (Tommy Wirkola, 2026), c’est bel et bien dans ce long-métrage qu’il éclot comme acteur. Animal, à fleur de peau et d’une infinie mélancolie, il irradie intégralement chaque scène où il apparait. Déjà au casting de La Main, Joe Bird, lui, joue davantage sur la retenue et l’émotion contenue. Leur alchimie est telle qu’elle emporte tout le film. À leurs côtés, on retrouve Mia Wasikowska, excellente actrice de Restless (Gus Van Sant, 2011), Stoker (Park Chan-wook, 2013) ou Only Lovers Left Alive (Jim Jarmusch, 2013), qui, dans le rôle d’une mère bigote fait froid dans le dos. Dans le costume du prêcheur bien flippant, on retrouve Nicholas Hope, impressionnante gueule du cinéma australien, aperçu notamment dans Ash vs. Evil Dead (Sam Raimi, 2015-2018), ainsi qu’une tripotée de seconds rôles qui représentent tous, à un moment ou à un autre, une menace pour nos deux amants.   

S’il serait réducteur d’y voir une continuité d’It Follows tant la richesse thématique de Leviticus est éclatante, la filiation entre les deux œuvres est pourtant évidente. Mais elle souligne aussi, vu que les films ont une douzaine d’années d’écart, des changements d’approches sur la représentation de la sexualité. En attendant la véritable suite du film de David Robert Mitchell prévue pour bientôt, Leviticus offre un vent de fraicheur sur le thème de la menace insaisissable et offre à voir la naissance d’un cinéaste qui, à n’en pas douter, risque de nous passionner. Osant les ruptures de ton et les mélanges des genres avec un sens aigu de la narration et de la technique, Adrian Chiarella signe d’ores et déjà un coup de maître dont la conclusion risque de vous faire sortir les mouchoirs.


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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