Slugs   Mise à jour récente !


Les éditions Rimini nous font l’honneur de sortir ce mois-ci le seul et unique film de limaces tueuses. Et en Blu-ray HD s’il vous plaît ! Réalisé en 1988 par Juan Piquer Simón, pape du cinéma bis espagnol encore peu connu du grand public, Slugs est un body horror déguisé en film d’invasion animal qui fait le pari que même la plus lente et la plus petite des bestioles peut devenir un monstre de cinéma.

Slugs (1988) : homme ensanglanté tenant un verre rouge dans une scène gore.

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Des Limaces et des Hommes

On peut reprocher beaucoup de choses à Juan Piquer Simón, mais certainement pas son manque d’ambition ! Fasciné par l’œuvre de Jules Verne, le premier long-métrage du réalisateur, Le continent fantastique (1976), n’est rien d’autre qu’une adaptation de Voyage au centre de la terre. Par la suite, les productions du cinéaste espagnol, réalisées à peu de frais bien loin des terres hollywoodiennes et de leurs formidables moyens techniques, voient le jour grâce à un fragile équilibre entre logiques mercantiles et goût sincère pour les mondes imaginaires. Ainsi, Supersonic Man (1979) surfe sur le succès de Superman (Richard Donner, 1978), Le sadique à la tronçonneuse (1982) détourne le chef-d’œuvre de Tobe Hooper en s’inspirant du giallo italien et Les nouveaux extraterrestres (1983) hybride tant bien que mal E.T L’Extraterrestre (Steven Spielberg, 1982) et les ewoks du Retour du Jedi (Richard Marquand, 1983). Une filmographie chahutée où chaque film est un défi et qui culmine en 1988 avec la sortie de Slugs.

Slugs (1988) : des limaces envahissent les toilettes d’une salle de bains.

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Adapté d’un roman splatterpunk à succès du Britannique Shaun Hutson, ce film de limaces tueuses reprend à son compte la violence crue et jubilatoire de ce genre littéraire en vogue dans les années 1980. L’intrigue, ultra codifiée, tourne autour de la sempiternelle banlieue américaine envahie par une force maléfique. Mais pour une fois Simón a la chance de tourner son film aux États-Unis, du moins en partie ! L’authenticité du décor, une bourgade de l’État de New York baignant dans une belle lumière automnale, confère au film un cachet certain. Malheureusement, tous les plans à effets, c’est-à-dire les scènes d’attaques de limaces, seront tournés en Espagne dans les studios du réalisateur pour des raisons d’économies budgétaires. Une contrainte qui, paradoxalement, coûte cher au film, car Simón peine à raccorder ces différents espaces par le montage. Les personnages n’interagissent que très rarement dans le même plan avec les créatures, et le découpage a beau multiplier les champs / contrechamps et les raccords regard, la greffe ne prend pas. C’est la sempiternelle théorie du « montage interdit » d’André Bazin que les étudiants en cinéma connaissent bien et qui est implacable dans le cinéma d’horreur. Si le monstre et la victime n’apparaissent pas un moment tous les deux dans le même plan, le spectateur peine à y croire et l’illusion se brise.

Une limace attaque un doigt dans Slugs (1988), film d'horreur réalisé par Juan Piquer Simón.

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Heureusement, J.P. Simón a plus d’un tour dans son sac ! Grand amateur de trucages et d’effets spéciaux, le réalisateur se rattrape avec quelques scènes gore à souhait, certes trop grossières et artificielles pour être crédibles mais suffisamment généreuses et créatives pour emporter l’adhésion des amateurs de genre. Sur ce point, le film penche largement du côté du body horror, voire du film de contagion. Fidèle à une certaine tradition du cinéma d’exploitation, et notamment du cinéma italien, Slugs est également traversé d’un érotisme kitsch et racoleur qui accentue la tension entre pulsion sexuelle et violence physique, à la manière des films de Brian De Palma sortis à la même époque. Conscient des limites de son cinéma et des situations parfois absurdes de son récit de limaces carnivores, Simón s’en sort par l’humour et le second degré. Dans une scène inoubliable, notre héros se remémore le souvenir encore frais d’une morsure de limace. L’agressivité de la petite créature munie de minuscules canines s’acharnant sur le bout du doigt du héros, couplée à l’effet solennel du flashback aux images vaporeuses, crée une situation d’horreur comique savoureuse, dans l’esprit d’un Joe Dante ou d’un Peter Jackson. Il faut enfin reconnaître à Slugs une certaine efficacité narrative. Malgré un récit extrêmement codifié et porté par des acteurs de seconde zone, qui ne parviennent jamais vraiment à créer la tension dramatique attendue, on ne s’ennuie jamais tant le montage elliptique maintient le film sur un rythme fluide, et ce jusqu’à son climax. En somme, le long-métrage est bien trop maîtrisé pour être un nanar, mais pas suffisamment pour être un film d’horreur efficace. Il n’empêche qu’on le déguste avec plaisir telle une limace visqueuse dévorant sa laitue.

Côté technique, la qualité de la copie est quasiment irréprochable et fait honneur à cette photographie typique des productions de la fin des années 1980. Les bonus, eux, sont pertinents, mais manquent de qualité technique. L’interview de Shaun Hutson aurait mérité une captation vidéo, l’essai sur le cinéma d’invasion animal manque de rythme, et le mixage sonore du mini-documentaire biographique sur J.P. Simón est assez inégal. Nous n’avons malheureusement pas eu la chance de consulter le livret de vingt-quatre pages inclus dans le coffret, mais on jure qu’il doit être assez fourni. Reste que la somme des bonus atteint son objectif : nous faire tomber sous le charme de J.P. Simón et nous donner envie d’entamer sans plus attendre le visionnage de sa filmographie bigarrée. Et ça tombe bien puisque ESC a également sorti cette année une édition Blu-ray) du Sadique à la tronçonneuse à découvrir sur notre site !


A propos de Clément Levassort

Biberonné aux films du dimanche soir et aux avis pas toujours éclairés du télé 7 jours, Clément use de sa maîtrise universitaire pour défendre son goût immodéré du cinéma des 80’s. La légende raconte qu’il a fait rejouer "Titanic” dans la cour de récré durant toute son année de CE2 et qu’il regarde "JFK" au moins une fois par an dans l’espoir de résoudre l’enquête. Non content d’écrire sur le cinéma populaire, il en parle sur sa chaîne The Look of Pop à grand renfort d’extraits et d’analyses formelles. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riSjm

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