Les Rats Attaquent


Le cinéma aime parfois jouer avec nos peurs en mettant en scène des animaux considérés comme effrayants par l’imaginaire collectif – serpents, requins, tiques et arachnides en tous genres, il y en a pour tous les goûts ! Les rats, rongeurs dérangeants, ne sont bien évidemment pas en reste, à l’affiche de nombreux films tels que Killer Rats (Tibor Takács, 2003), Les Rats de Manhattan (Bruno Mattei, 1984) et Les Rats Attaquent (Robert Clouse, 1982), une obscure série B canadienne qui a réussi à rat-ssembler une fanbase solide et qui est mise à l’honneur par Rimini Éditions avec une ressortie DVD + Blu Ray.

Deux rats géants dévorent le bras d'une femme hurlant à terre dans le film Les rats attaquent.

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Quand les rats prennent le contrôle…

Le nom de Robert Clouse n’évoque peut-être rien aux fans de films d’épouvante, mais il est loin d’être un inconnu pour les passionné.es de films d’arts martiaux. Avec à son actif des titres tels que Opération Dragon (1973), Le Chinois (1980) et Le Jeu de la Mort (1978) – récupéré des mains de Bruce Lee après son décès – le réalisateur américain a eu l’occasion de faire ses preuves. En 1977, il s’essaie une première fois au cinéma d’horreur avec Les Assiégés, dont il a écrit le scénario en adaptant un roman de David Fisher. Ce film met déjà en scène des animaux tueurs, en l’occurrence une meute de chiens abandonnés qui s’en prennent à des humains. Ce dernier n’ayant pas été un échec cuisant – bien qu’il ne fut pas une franche réussite non plus – Clouse poursuit donc sur sa lancée avec Les Rats Attaquent (1982) – aussi connu sous le nom de Deadly Eyes en VO. Ici aussi, il s’agit d’une adaptation d’un roman, de James Herbert cette fois – Les Rats (1974) – qui fut à l’époque pointé du doigt pour son côté ultra graphique incluant des descriptions détaillées de mutilations. Du matériel intéressant à transposer à l’écran donc, mais au grand regret des spectateur.trices et de Herbert lui-même, Clouse aurait mieux fait de ne pas trop s’éloigner du plot de base…

Plan rapproché-taille sur un homme en veste de cuir marron qui tire avec un revolver, sur les rames du métro déserts ; scène du film Les rats attaquent.

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Le long-métrage s’ouvre sur cette mise en garde : “Malgré la technologie moderne, on compte actuellement 24 rats pour chaque homme, femme et enfant. Rien que dans notre pays, ils détruiront plus d’un milliard de dollars de biens chaque année et ils consommeront un cinquième de toutes les cultures mondiales.”. Dès les premières secondes, on sait à quoi s’en tenir. Les rats ne sont pas nos amis et il se pourrait bien qu’ils contribuent à notre perte. Il ne reste plus qu’à savoir de quelle manière… Ces paroles alarmantes, prononcées sur un fond de magnifiques diapositives de rats, nous sont offertes dans le cadre d’une sortie scolaire à laquelle Paul Harris, un enseignant fraîchement divorcé et follement célibataire, a emmené ses élèves. Ces dernier.ères n’en ont pas grand chose à faire du discours de l’expert en rats. En effet, ça glousse dans l’assemblée car il a été révélé que Trudy en pinçait pour M. Harris – il faut dire qu’elle ne s’en cache pas. Elle tente même une approche mais l’enseignant n’est pas du tout réceptif. Mais où sont les rats pendant ce temps ? C’est quand-même pour eux qu’on est là ! Rassurez-vous, ils arrivent ! Ils sont en train de dévorer une cargaison de grains de maïs contaminés aux stéroïdes, juste de quoi les rendre un poil plus effrayants. On pourrait juste se contenter de se débarrasser de la cargaison et on en resterait là, mais Kelly Leonard, l’inspectrice des services de l’hygiène, décide de bien faire son travail et la meilleure option est de brûler le maïs pour supprimer tout risque de contamination. Pas de problème, les rats vont simplement se relocaliser… Les rats sous stéroïdes… En circulation dans la ville… Et ils vont d’ailleurs très rapidement se diriger vers là où Trudy et sa bande d’ami.es jeunes et cools se trouvent et faire leur première victime…

Le gros problème de ce Les rats attaquent est que sa double intrigue est très inégale. D’un côté, on a une histoire de rats mutants qui tuent tous.tes celles et ceux qui se trouvent sur leur passage – ce pour quoi les spectateur.trices sont là. De l’autre on est coincé dans un triangle amoureux entre Harris, Trudy et Kelly et honnêtement, on se fout un peu de leur vie… On se passerait bien de voir Harris draguer et se faire draguer à longueur de journée. Son flirt avec Kelly n’a d’autre raison que de l’inclure dans l’intrigue des rats, ce qui n’est pas sans amener des moments absurdes car qui emmène son date sur une scène de crime ? Bref, on aurait aimé moins de blabla, et plus de rats ! Les Rats Attaquent avait du potentiel pour faire un bon film d’éco-horreur, avec une morale qui nous rappelle que leur prolifération n’est rendue possible que par une mauvaise gestion de notre part, mais on est bien loin du niveau des Oiseaux (Alfred Hitchcock, 1963), qui a contribué à l’essor du genre animalier.

Cela dit il fait partie de la catégorie de films si mauvais qu’ils en deviennent bons. Tout d’abord, malgré l’omniprésence de son personnage principal (Harris) Robert Clouse parvient à nous proposer un personnage féminin fort en la personne de Kelly. Cette dernière occupe un poste à responsabilité et fait preuve d’une extrême compétence – qui n’est pas sans rappeler une certaine Dana Scully qui deviendra un personnage féminin iconique une dizaine d’années plus tard – sans pour autant tomber dans les travers du cliché de la femme dominante et castratrice. Les autres personnages sont loin d’être aussi intéressants, ils/elles ont l’audace de ne pas se défendre pendant les attaques des rats, ce qui est à la limite du pathétique… Autre élément “mémorable” : les scènes dans lesquelles on nous présente le POV des rats, pour que l’on puisse bien s’immiscer dans l’action même si, et ça c’est un point négatif, plusieurs des meurtres ont lieu hors caméra. La musique qui accompagne l’action est également plutôt efficace la plupart du temps, mais le film manque généralement de tension. Je crois que j’ai ressenti plus de tension en regardant The Pied Piper (Wilfred Jackson, 1933), la version Disney du Joueur de flûte de Hamelin – qui pourrait soit dit en passant faire un bon pitch de film d’horreur avec des rats… Pour en revenir aux rongeurs, tant qu’on y est, les quelques scènes où on les voit faire des ravages en ville sont plutôt cool, notamment la scène du cinéma qui fait un clin d’œil à la carrière de Robert Clouse car y est diffusé Le Jeu de la Mort. Les quelques moments un peu plus gore que l’on voit sont assez sympas à regarder. Tout comme les moments où l’on voit les rats courir, qui sont empreints d’une remarquable fluidité pour la simple et bonne raison qu’il s’agit de teckels déguisés en rats… Du reste, ils ne sont pas spécialement beaux et surtout ils font des bruits de jaguar, ce qui est au final plus drôle que menaçant.

Bref, ce long-métrage d’une qualité douteuse fait l’objet d’une réédition par Rimini Éditions, qui propose non pas une, mais bien deux versions, DVD et Blu Ray pour ravir cette fameuse fanbase. Le tout en VF et VOSTFR. Le coffret contient également un petit livret. On regrette simplement l’absence d’un bonus et on se console en regardant la bande-annonce qui est finalement mieux foutue que le film.


A propos de Andie

Pur produit de la génération Z, Andie a du mal à passer plus d'une journée sans regarder un écran. Ses préférés sont ceux du cinéma et de la télévision, sur lesquels elle a pu visionner toutes sortes d'œuvres plus étranges et insolites les unes que les autres. En effet, elle est invariablement attirée par le bizarre, le kitsch, l'absurde, et le surréaliste (cela dit, pas étonnant lorsque l'on vient du plat pays...). Elle apprécie particulièrement les univers cinématographiques de Michel Gondry, Jaco Van Dormael, et Guillermo Del Toro. Ses spécialités sont le cinéma fantastique et les documentaires. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riobs

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