[Carnet de bord] Fifigrot 2026 • Jours 1 et 2   Mise à jour récente !


C’est déjà notre quinzième rentrée avec nos copains grolandais ! Espérons que cette année encore, on tombe dans la même classe que nos joyeux trublions et qu’ils nous aident à passer cet âge ingrat à coup de bombes puantes et de blagues follement potaches.

Jour 1 : Joyeux Noël

Le fifigrot, malgré sa réputation de sale gosse, commence à avoir une ouverture bien rodée. Il faut dire que la direction de notre institut prestigieusement poilant compte de moins en moins de membres. Après Jean-Henri Meunier il y a deux ans, Jean-Pierre Bouyxou l’année dernière, c’est Noël Godin qui est parti au paradis des poètes entarteurs. Sa subversion joyeuse et son savoir encyclopédique vont terriblement manquer à cette édition qui n’a pas omis de lui rendre hommage lors de l’ouverture, avec une vidéo relatant la terrible recette de ses fameuses tartes à la crème. Au cas ou le public aurait envie, lui aussi, de se moquer gentiment de ceux qui nous cassent les pieds.

Plan large de deux amoureux se tenant la main ; la fille est légèrement en hauteur par rapport à l'homme ; plan issu du film voilà c'est fini de Gustave Kerven.

« Voilà, c’est fini » de Gustave Kerven, © Tous droits réservés

Après les tendres souvenirs évoqués par Benoît Délépine, place au film solo de son comparse, Gustave Kerven Voilà, c’est fini (2026), qui, telle la chanson de Jean-Louis Aubert portant le même titre est traversé par une douce mélancolie mêlée à la tristesse salée des amours de vacances. Pierre, jeune homme travaillant dans un hôtel de luxe sur l’île Maurice, rêve de quitter sa vie misérable. Il fait la rencontre de Louise, jeune résidente de l’hôtel souffrant d’anorexie. Ensemble, ils sont persuadés que leur destin va changer, mais un amour peut il survivre aux différences sociales ? Voilà c’est fini est une histoire simple mais qui révèle petit à petit tout son lot de difficultés. Celle de communiquer avec l’autre qui appartient à un tout autre univers mais aussi avec son entourage, avec soi-même. Les dialogues sont vides de profondeur, les personnages sont souvent séparés dans le cadre par des lignes visibles, une poutre ou un mur. Jamais sur le même plan, celui qui parle et celui qui répond garde toujours une apparence floue, insaisissable. La majorité des plans fixes permet au spectateur de jouer avec le cadre, d’analyser le moindre recoin. Pierre apparait très souvent morcelé, dévoilant une main, une voix lorsqu’il travaille. On ne le voit dans son entièreté que lorsqu’il est chez lui, entouré de sa famille, dans des bidonvilles filmés au plus proche de la population, ne niant pas la pauvreté des lieux malgré une solidarité évidente qui l’habite. Mais si Gustave Kerven cherche à dénoncer la suprématie blanche pillant une île ne leur appartenant pas, il n’oublie pas non plus d’être indulgeant avec ses autres personnages. La mère et le beau-père de Louise, incarnés respectivement à la perfection par Léa Drucker et Mathieu Amalric, déambulent tels des coquilles vides privées de sentiments entre les luxueux buffets de l’hôtel, n’osant jamais s’avouer l’un à l’autre la vacuité de leur vie. « Maladie de riche » dira de façon arrogante l’une des employées de l’hôtel concernant l’anorexie de Louise « Mais malade quand même » répondra Pierre. Après le film, Gustave Kerven, forcément un habitué du fifigrot ravi de revenir en terres toulousaines, développera cet aspect universel des relations humaines. A travers une île, il voulait raconter les problèmes du monde. Par le biais des voix off, que chaque personnage possède, Kerven ajoute de la transparence à leurs sentiments, sans chercher à faire interpréter au spectateur les sous-entendus de chaque silence ou de chaque mot. Visiblement ému de pouvoir parler de son film pour la première fois à un public, le réalisateur d’origine mauricienne revient sur sa culpabilité d’homme blanc mais sans perdre l’espoir qu’un jour, les choses changeront. 

        

Jour 2 : Savoir dire non

Winona Ryder et Christian Slater côte à côte dans un état déplorable , en sang et sales ; Winona avec une cigarette à la main et Christian en blouson de cuir ; plan issu du film heathers de Michael Lehmann.

« Heathers » de Michael Lehmann, © Tous droits réservés

Attaquons cette deuxième journée centrée sur les affres de l’adolescence et les dangers encourus à vouloir se faire aimer de ses pairs… Débutons avec la toute nouvelle restauration de Heathers (Michael Lehmann, 1988), le titre du film reprenant celui de la clique de filles populaires du lycée qui accepte dans son clan Véronica, une jeune fille brillante mais blasée. Pour rester au sommet de la chaine alimentaire, elle va accepter pour les Heathers des tâches ingrates jusqu’à sa rencontre avec JD, archétype de l’adolescent rebelle qui va la pousser à assassiner ses camarades de classe et à maquiller ça en suicide… Au même titre que les défis stupides lancés par TikTok , cette vague de suicides va entrainer une popularité malsaine au sein de l’établissement. Car en souhaitant annihiler le pouvoir en place détenu par les footballeurs décérébrés et les chipies tirées à quatre épingles, Véronica ne les rendra finalement que plus populaires après leur mort. Les banlieues pastel à la Tim Burton présentées dès le départ cachent évidemment leurs lourds secrets, gouvernées par des parents robotiques, discutant en boucle de sujets anodins, ayant oublié la gravité adolescente. Livrés à eux-mêmes dans ce microcosme cruel, les lycéens ont inventé leurs propres règles et leur propre hiérarchie. Après Heathers, les films sur l’adolescence ne seront plus jamais les mêmes. Derrière son humour cynique, le vernis rose bonbon se craquèle pour révéler une Amérique désenchantée, sacrifiant ses enfants sur l’autel de la popularité, annonçant l’excellent Drop Dead Georgous (Michael Patrick Jann, 1999) 

Blaise en pull rayé rouge et blanc ; une main devant les yeux légèrement entrouverte pour laisser voir un oeil ; plan issu du film Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue.

« Blaise » de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue, © Tous droits réservés

Ne quittons pas tout de suite les tourbillons de l’âge ingrat et continuons d’explorer les difficultés d’être soi-même en compagnie de Blaise (Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue, 2026), adolescent timide qui rencontre Joséphine, jeune femme révoltée qu’il va suivre sans conviction dans ses actes anarchiques. De leurs côtés, les parents de Blaise cherchent aussi à se faire aimer à tout prix, quitte à laisser les quiproquos s’installer jusqu’au point de non-retour… Dimitri Planchon, auteur de la bande dessiné du même nom adapte son œuvre sur grand écran dans un style papier découpé très proche de la série télévisée Angela Anaconda  (Joanne Ferrone et Sue Rose), diffusée de 1999 à 2001  – souvenir traumatisant des gens de ma génération débloqué – Dans cet esprit résolument artisanal, les situations d’une absurdité si grande qu’elles en deviennent parfois inquiétantes gardent une aura comique frappant de plein fouet une salle de cinéma qui s’esclaffera devant l’escalade des malentendus. Jamais méchant avec ses personnages, le réalisateur ne va cesser de les mettre dans des situations incongrues et les laisser se justifier dans un malaise palpable, mais débordant d’énergie pour se faire accepter par les autres. En appuyant sur ces petites politesses induites par la société, Dimitri Planchon rendra ses personnages d’autant plus humains malgré leur absence totale de sincérité.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     


A propos de Charlotte Viala

Vraisemblablement fille cachée de la famille Sawyer, son appétence se tourne plutôt vers le slasher, les comédies musicales et les films d’animation que sur les touristes égarés, même si elle réserve une place de choix dans sa collection de masques au visage de John Carpenter. Entre deux romans de Stephen King, elle sort parfois rejoindre la civilisation pour dévorer des films et participer à la vie culturelle Toulousaine. A ses risques et périls… Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riRbw

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