Puppet Mastet I & II   Mise à jour récente !


Fi de Chucky et autres Annabelle (John R. Leonetti, 2014), une saga de poupées acharnées, garnie de plus d’une dizaine de titres, voit ses deux premiers rejetons être édités pour la première fois en Blu-Ray par Vidéo Popcorn Éditions : critique de Puppet Master (David Schmoeller, 1989) et Puppet Master II (1990).

André Toulon, vu de dos, assis à sa table de travail, retouche une poupée ; sur les murs, tout autour, de très nombreuses autres poupées sont accrochées ; plan issu de Puppet Master (1989).

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I’m pulling your strings

Le film de poupée tueuse est à n’en pas douter un des fleurons de l’histoire artistique de l’humanité. Preuve en est (sans aucune valeur, bien entendu) : la régularité avec laquelle l’industrie cinématographique nous gratifie, chaque année, d’au moins un exemplaire. Dernier en date, Dolly (Rod Blackhurst, en salles depuis le 1er avril 2026) retourne habilement, dans un esprit seventies, le concept avec une protagoniste humaine considérée comme une poupée par une espèce de… Poupée qui la séquestre. Malin. On comprend fort bien la persistance de cette figure du cinéma d’horreur : rapport au monde de l’enfance ; au masque ; à la croyance animiste qui a été la base de toute civilisation doublée d’un commentaire ironique sur notre fétichisme de la possession matérielle ; à la frontière entre le vivant et l’inanimé, autrement dit entre la vie et la mort… Dès 1958, Bert I. Gordon, connu pour de multiples films de monstres, s’empare du sujet avec Attack of the Puppet People. En 1978 Magic de Richard Attenborough (cinq ans avant ses deux Oscars pour Gandhi !) narrait la déplorable lutte d’un ventriloque contre sa marionnette. Encore avant, c’est à la télévision que le thème semble avoir pour la première “vraie” fois empêché quelques personnes de dormir, via le segment Amelia du téléfilm Trilogy of Terror diffusé sur ABC, adapté de nouvelles de l’immense Richard Matheson. L’on peut donc observer que c’est près de plusieurs décennies avant la saga peut-être la plus célèbre, consacrée à la poupée possédée par l’esprit d’un serial killer Chucky (1988-2024, 8 longs-métrages et une série de trois saisons) que cette figure s’est installée et depuis, ne s’est jamais vraiment totalement effacée. Ce, sur le petit écran – épisode La marionnette de Buffy contre les vampires (saison 1) – et le grand, des Poupées (Stuart Gordon, 1985) à Annabelle (John R. Leonetti, 2014) sans oublier le diptyque M3GAN (Gerard Johnstone, 2022) et M3GAN 2.0 (Gerard Johnstone, 2025) qui a remis au goût du jour en le liant à notre nouvelle angoisse de l’IA. Bien que le remake largement dispensable du premier Chucky, Child’s play : la poupée du mal (Lars Klevberg, 2019) avait déjà un peu suggéré cette voie.

Les poupées Blade et Pinhed se cachent derrière un mur blanc, observant, dans le film Puppet Master.

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Chucky semble être la seule franchise à avoir vraiment fait son nid dans le panthéon du cinéma de genre. Probablement, comme tant d’autres choses, une histoire d’alignement des planètes : des créateurs inspirés – Tom Holland en réalisateur pour le premier volet, mais surtout Don Mancini au scénario de tous les volets ET de la série – respectueux de leur propre univers ; le bon timing au moment où le slasher pur jus tendait à s’éssoufler et que le genre cherchait de nouveaux archétypes ; bien sûr, le charisme du personnage, cette popupée survoltée, au design enfantin mais aux pratiques sadiques et à l’humour très noir directement hérités de Freddy Krueger (lui aussi, un ancien tueur ressuscité, du moins jamais vraiment mort). Jeu d’enfant (Tom Holland, 1988) a bien réussi l’exploit de lancer une des dernières franchises mythiques du cinéma d’horreur contemporain, parmi lesquelles on ne voit bien que Scream (Wes Craven, 1996) par la suite. Pourtant, à condition de fouiller un peu plus la série B, une autre saga consacrée à des poupées meurtrières a fait florès, il est vrai avec moins d’impact culturel. Il faut dire qu’elle est sortie directement en vidéo par la Full Moon Entertainment, une boîte de production-madeleine de Proust pour tous les mordus des vidéo-clubs de la fin des années 80-début des années 90, chapeautée par Charles Brand. Avec un certain succès puisque la franchise ne compte pas moins de… 14 chapitres, dont un reboot et un spin-off. Il est peu probable que l’intégralité ait l’honneur que le tout jeune éditeur français, Video Popcorn Editions, a fait aux deux premiers Puppet Master, proposés pour la première fois en Blu-Ray dans l’Hexagone – les trois volets initiaux ayant été proposés en DVD par Artus FIlms il y a quelques temps. 

1939, Californie. Un étrange personnage reclus dans une chambre d’hôtel, André Toulon, met la dernière main à une poupée de sa fabrication tandis que deux silhouettes patibulaires semblent le chercher. En montage parallèle, en vue subjective, un tout petit être crapahute au ras du sol, cherchant à avertir le fabricant… Les deux hommes, que l’on découvre être des espions Nazis pénètrent dans la chambre d’André qui se tire une balle dans la tête. Emportant avec lui son secret… Ou pas, puisque 50 ans plus tard, Neil Gallagher, un télépathe, “convoque” quatre de ses confrères pour une réunion mystérieuse. Or quand ils arrivent, Neil s’est suicidé, laissant tout juste à sa femme quelques recommandations. Les télépathes restant s’interrogent, tandis que des assassins commencent à sévir… Ce canevas inaugural a deux mérites. L’un est l’originalité, indéniablement. Ce premier Puppet Master (1989), mis en boîte par David Schmoeller, sans trop donner dans l’opportunisme, offre un cocktail de cinéma fantastique avec de l’ésotérisme inscrit dans l’histoire (le goût ésotérique des Naris étant un terreau fertile pour nos cinémas – du surnaturel accessible (la télépathie ce n’est pas L’invasion vient de Mars) et une mécanique de slasher (vous aurez deviné que les meurtres sus-évoqués ont quelque chose à voir avec les poupées du défunt André Toulon). L’autre, c’est que ce mélange contribue à donner au long-métrage le charme d’un vrai univers, velléité affirmée de ne pas tout à fait proposer un énième produit à la chaîne, malgré la relative modestie de la production. L’on comprend donc l’engouement suscité par Puppet Master qui est une fraîche proposition et impossible ici d’occulter l’animation des poupées. La stop motion marionnettique demeure 35 ans après sa réalisation la touche d’or de cette série B, déterminée à livrer son amour de cette technique et de ses protagonistes (in)animés, dans les mains expertes de Dave Allen, deux fois nommé aux Oscars. On ne peut que parler d’ambition en ayant en tête, enfin, que Charles Brand est allé embaucher le chef-opérateur attitré de Lucio Fulci. Bien que tout cela soit bien beau, nous nous permettrons d’être déçus par la présence finalement trop légère des poupées. Elles finiront par avoir leur vengeance, certes, mais l’option narrative de n’en faire que les marionnettes, au sens premier, d’un antagoniste, et de surcroît en les faisant passer derrière l’enjeu télépathique, peut s’envisager comme regrettable.

Torch, la poupée nazie au lance-flammes, a les yeux rouges, signe que le feu va être déclenché ; plan issu du film Puppet Master 2.

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C’est certainement conscient de ce point-là que le tir fut (un peu) corrigé avec Puppet Master II (1990) chapeauté par Dave Allen lui-même. Les poupées du premier volet, libres désormais, viennent dès la séquence inaugurale déterrer le corps d’André Toulon dans un poisseux cimetière. Post-générique un groupe de chasseurs de fantômes, avec leur barda de matos high tech – pour l’époque, voyons – pose ses guêtres dans un hôtel désert, le fameux établissement dans lequel André Toulon s’était suicidé. Or ils ne vont voir aucun fantôme à proprement parler mais plutôt les mini bras de nos poupées prêts à leur découper des membres. L’intrigue est plus concentrée et la mécanique slasher plus perceptible, d’autant plus que nous avons affaire à de jeunes victimes en un lieu clos. Les marionnettes ont, dès lors, plus de place pour leur carnage, un peu plus généreux : on sent que la saga se structure autour de ce qui fait vraiment son charme. Ainsi si Puppet Master II, contrairement à ce que l’on attend d’une suite, fait less que le premier chapitre sur le plan narratif, il fait more au niveau de ses protagonistes marionnettiques, remodelant le groupe, avec une disparue (la femme à la sangsue, qui dégoutait le public selon Charles Brand et ne fait donc plus partie de l’équipe) et l’arrivée d’un nouveau garnement, le nazissime Torch, clairement de mauvais goût, ce qui n’est pas pour déplaire. Le design des marionnettes est tout sauf hasardeux, chacun faisant du pied à un univers : Blade renvoie à un Klaus Kinski perdu entre un giallo et un western spaghetti ; Tunneler a quelque chose de la body horror biomécanique que le Tsukamoto de Tetsuo (1989) ne renierait pas ; Torch met le pied en plein dans la nazisploitation ; enfin Pinhead se ressent comme un écho de l’horreur exotique, voire, de Freaks (1932), le chef-d’oeuvre de Tod Browning. Ce second épisode déçoit hélas encore en plaçant ses marionnettes sous le joug d’un maître – dont elles se vengeront une seconde fois, calquant le schéma du premier récit – rejouant un étonnant paradoxe : quel est l’intérêt de poupées tueuses indépendantes-dépendantes ? L’angoisse n’est-elle pas limitée ? D’autant que le scénario se plombe lui-même de bien trop longues séquences d’explication-de-plan-machiavélique… Dans cette suite mieux lotie que le premier épisode, tout aussi sympathique au demeurant, on retiendra enfin avec étonnement, un climax à l’atmosphère étrange, semblant tout droit sorti d’un cauchemar dans un film de David Lynch !

En complément de ce diptyque pour la première fois donc en haute définition, Vidéo Popcorn Editions a à coeur de proposer des éléments – ainsi que l’annonce avec une once de provocation, dans un des bonus, le Youtubeur Croix2Malte, sollicité pour mener un entretien – en prise directe avec les Puppet Master. Et bien qu’ils ne soient pas franchement nombreux, leur qualité est roborative : entre documents d’époque (Dave Allen) et interview pour l’occasion (Charles Brand), avec des bandes annonces et autres pubs, sont offerts plusieurs documentaires sur la fabrication des deux longs-métrages. La parole et le regard éditoriaux insistent alors, judicieusement, sur le caractère artisanal de cette saga, désormais embelli du vernis de la nostalgie. Pour les plus gourmands en hémoglobine, Puppet Master premier du nom est proposé en bonus en version Uncut, ce qui vaudra bien un deuxième visionnage.

 


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/s2uTM

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