Deux ans après son diptyque Les Trois Mousquetaires (2023) qui était loin d’être totalement convaincant, Martin Bourboulon quitte les écrits de Alexandre Dumas pour s’inscrire au plus près de la réalité et de l’actualité avec 13 jours 13 nuits (2025). Un récit revenant sur l’évacuation de Kaboul après le retour des Talibans en 2021.

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Escape from Kabul

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Drôle de trajectoire que celle de Martin Bourboulon, fils de producteur, qui a jusque-là passé sa carrière sous pavillon Pathé en commençant par la comédie sympathique – Papa ou Maman (2015) – puis en bifurquant vers la fresque historique avec Eiffel (2021) ou Les Trois Mousquetaires (2023). Aujourd’hui, le réalisateur se lance dans le film de guerre traitant de l’actualité très fraîche avec 13 jours 13 nuits (2025). Une démarche assez rare finalement pour le cinéma hexagonal qui – contrairement aux États-Unis, au hasard, sortant des films sur la guerre du Vietnam alors que celle-ci n’était pas terminée – a toujours eu du mal à filmer sa propre Histoire du XXe et du XXIe siècle. Alors il commence à y avoir un changement de paradigme avec plusieurs évocations des attentats ayant frappé la France il y a une dizaine d’années – on pense à Novembre (Cédric Jimenez, 2022) ou à la série Des vivants (Jean-Xavier de Lestrade, 2025), mais il a fallu longtemps pour voir des films grand public sur la guerre d’Algérie par exemple. Dans le cas présent, 13 jours 13 nuits raconte un épisode où les français n’étaient que « spectateurs » du conflit.
En août 2021, presque vingt ans après les attentats du 11 septembre, Kaboul, la capitale afghane, tombe entre les mains des talibans. Alors que les troupes américaines présentes depuis deux décennies organisent leur retrait, des milliers d’afghans redoutent l’idée d’un pouvoir taliban et cherchent à se réfugier dans l’ambassade de France, la dernière à ne pas avoir été évacuée. Mohamed Bida, officier de police pour le consulat, va essayer d’embarquer le plus de personnes possibles avec ses hommes jusqu’à l’aéroport de Kaboul. Il engage des négociations avec les dignitaires talibans qui assiègent l’ambassade. Avec l’aide d’Eva, une jeune humanitaire franco-afghane, il va organiser un convoi de plusieurs bus jusqu’à l’aéroport, malgré les risques que Daech ait pu s’infiltrer parmi les Kaboulis. 13 jours 13 nuits raconte donc une course contre la montre où la tension est le maître mot. Et il faut dire que le long-métrage, sur ce point précis, est une vraie réussite tant Martin Bourboulon parvient à créer un sentiment d’urgence de tous les instants. Et pour les éléments qui pourraient paraître invraisemblables, il suffit de lire quelques articles d’époque pour se rendre compte à quel point la réalité était déjà empreinte d’une grande dramaturgie.

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À quelques détails près, 13 jours 13 nuits est fidèle aux faits mais n’oublie pas de proposer un peu de cinéma également. Là où la mise en scène des Trois Mousquetaires avait pu décevoir par son manque de lisibilité et sa photographie terne, Bourboulon semble ici se réinventer avec des séquences de grande ampleur et une image totalement aux antipodes de D’Artagnan et Milady. On ressent le poids de la chaleur comme celui de la pression qui pèse sur les épaules de Bida, et pour le dire simplement, on ne s’attendait pas à une telle réussite de mise en scène de la part du réalisateur d’Eiffel. La surprise est donc agréable et permet au film de rivaliser, par petites touches, avec des productions américaines du même genre. On pense par exemple à La Chute du Faucon Noir (Ridley Scott, 2001) pour cette propension à filmer le chaos. Bien sûr, tout n’est pas parfait : la façon de représenter la foule des Kaboulis pose question quand elle déshumanise presque des femmes et des hommes cherchant à survivre mais filmés comme une masse informe – à l’instar de Cédric Jimenez filmant les habitant des quartiers comme des zombies dans Bac Nord (2020).
Toutefois le message est clairement moins « fascisant », ce qui permet de mieux apprécier le long-métrage ! 13 jours 13 nuits porte même un message plutôt humaniste où le suspens autour d’une menace d’attentat évite le piège de l’amalgame que nos médias adorent, par exemple, et ne détourne pas l’attention du propos global du film. Tout le monde doit être sauvé, personne ne mérite de vivre sous le joug d’extrémistes. C’est ici le message du film qui imprime notamment grâce à l’interprétation sans faille de Roschdy Zem sous les traits de Mohammed Bida livrant une prestation toute en finesse en dépeignant un homme fort mais encerclé par les doutes et ses failles. À ses côtés, Lyna Khoudri – dans le rôle d’Eva – continue de prouver à quel point il faudra compter sur elle après ses performances dans
Papicha (Mounia Meddour, 2019), Gagarine (Fanny Liatard & Jérémy Trouilh, 2020) et Les Aigles de la République (Tarik Saleh, 2025). Elle continue de construire une filmographie engagée et d’une grande cohérence. En bref, leurs deux prestations justifient à elles-seules le visionnage tant il apporte une humanité dans ce chaos infernal. À leurs côtés, on retrouve Sidse Babett Knudsen, Christophe Montenez, Shoaib Saïd ou encore Grégoire Leprince-Ringuet.
Après ses quelques 467000 entrées enregistrées en salles, le film est disponible en VOD ou en Blu-Ray. Celui-ci, édité chez Pathé donc, permet d’apprécier les aspects techniques du film. L’image est retranscrite à merveille, que ce soit dans son piqué et dans la légère saturation des couleurs, tandis que le son offre des dynamiques pertinentes lors des séquences d’action, et met en valeur la belle bande-originale de Guillaume Roussel, fidèle collaborateur de Bourboulon ET de Jimenez – ainsi que compositeur de l’ignoble Expendables 4 (Scott Waugh, 2023). Un making-of revient sur la conception du film et sur son tournage au Maroc, tandis que les bonus proposent également des entretiens avec le réalisateur, le duo d’acteurs principal et le véritable Mohamed Bida. Bref, le support idéal pour découvrir ce qui s’avère être la meilleure réalisation de Martin Bourboulon qui, après quelques égarements, pourrait avoir trouvé sa voie avec 13 jours 13 nuits.
