Quelques mois après la sortie de La femme du pionnier (1954), nouveau coup de projecteur sur un artisan de son genre, Joseph Kane, avec La horde sauvage (1955), proposé en combo DVD/Blu-Ray par Sidonis Calysta : critique d’un western porté par Barbara Stanwyck, récit de brigands, d’amour et de brigands amoureux,

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Tombée pour lui

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Étonnante firme que cette Republic Pictures. Contrairement aux majors hollywoodiennes venant aisément à l’esprit, passées (la mythiquissime RKO, existant encore mais qui ne produit plus depuis 1959) ou présentes (inutile de les citer), cette société de production créée en 1935 et fermée trente ans plus tard avant un revival mystérieux (elle aurait été réactivée en 2023) a une entité ambivalente et de là, dans nos contrées, une notoriété peut-être imméritée, si ce n’est pour les amateurs de western peut-être assez pointus. La Republic pourrait être à mi-chemin entre la réputation fauchée de la Monogram Pictures et un ponte de l’industrie comme la 20th Century Fox. Car cette firme est reconnue, de son “vivant” comme de nos jours, pour être une honnête fabricante de séries B, portée par de solides artisans ; mais, car il y a un mais, aussi pour avoir permis de faire émerger des pointures telles que… John Wayne, Randolph Scott, Gene Autry, et être derrière la confection de peut-être un des plus beaux westerns de John Ford Rio Grande (1950) et de Johnny Guitare (Nicholas Ray, 1954). On devine par ce CV une vertu d’à la fois terreau pour des stars en devenir et de valeur sûre pour des cinéastes plus incarnés, des auteurs, en somme : de grands réalisateurs, comme le sont Ford et Ray. A leurs côtés on trouve le méconnu Joseph Kane y a œuvré longtemps et pour de très nombreux longs-métrages. Ce réalisateur, de la même génération qu’un John Ford par ailleurs, a une filmographie conséquente de plus de cent titres dont une large part a été conçue dans le giron de la Republic Pictures. Des années 20 aux années 70 avec son dernier ouvrage, le western Smoke in the wind (1975), Kane s’est donc montré comme un des artisans les plus investis du genre, en plus de faire preuve d’une longévité assez admirable. Il semble alors être un cinéaste plus respecté pour ceci, et son talent ponctuel, devrait-on dire son habileté, que pour être l’auteur de chef-d’œuvre ayant éventuellement jalonné le western.
Deux éditeurs oeuvrent à la redécouverte, en haute-définition, de Joseph Kane : Elephant Films, qui avait proposé en Blu-Ray La rivière écarlate et La chevauchée solitaire (tous deux de 1936) en 2022 et Sidonis Calysta, abreuvoir indispensable du westernophile, éditant en juin 2025 La femme du pionnier (1945) dont nous vous avions parlé, puis, ce début 2026, La horde sauvage (1956). Mettons de côté tout de suite le malentendu, au vu de la référence écrasante à laquelle nous serons beaucoup à penser : évidemment rien à voir avec le film de Sam Peckinpah (1969) qui s’appelle vraiment ainsi, en anglais – The Wild Bunch – tandis que le film dont nous allons vous entretenir est titré, en VO, The Maverick Queen, titre que nous utiliserons plus fréquemment, aussi parce qu’il est, comme souvent, plus pertinent que sa traduction par trop commerciale. Cette Reine, c’est Barbara Stanwyck, vedette qui prête ses traits de femme mûre et forte de cette série B. Elle dirige d’une main de fer dans un gant de velours un saloon-lupanar, tout en, de l’autre main, profitant des braquages de la horde d’un certain Butch Cassidy. L’arrivée d’un homme se présentant comme Jeff Younger, sorti de prison et surtout élément d’une fratrie de célèbres brigands, vient troubler la petite organisation bien tranquille. Il suscite la jalousie de Sundance, un des membres de l’équipe des malfrats, et se pourrait qu’il joue double jeu…
The Maverick Queen vaut avant tout pour ses personnages. Evidemment Kit Bannion (Barbara Stanwyck) tire la couverture à elle : incarné avec le caractère et le visage tout cinématographiques de son interprète, si spéciaux, c’est un personnage ambigu, au passé trouble, à l’ambition et la force de caractère certaine, parvenant à tenir tête aux bandits, au virilisme fondateur du Far West. Mais ce, sans une fêlure – le carrièrisme pessimiste cachant parfois une sensibilité blessée – qui nourrira le développement de son sentiment amoureux pour Jeff Younger. Kit se révélant un personnage finalement bien plus westernien que la plupart des rôles masculins, dans le sens de l’incarnation de valeurs mythologiques, telles que la rédemption, l’amour, l’honneur, voire le sacrifice. Barry Sullivan (vu dans La planète de vampires de Mario Bava) interprète, lui, Younger de tout son physique opaque, proposant lui aussi une partition de double fond, dans cette originalité
d’un personnage principal en qui on ne sait pas tout à fait le degré de confiance que l’on peut lui accorder, malgré ses qualités. Toujours une attitude, un regard d’opacité, un je ne sais quoi empêchant l’adhésion totale, que nous comprendrons dans les dernières révélations du récit. L’épaisseur de ces deux protagonistes moteurs du film, tous deux d’âge mûr par ailleurs, loin donc de belles gueules de jeune premier, alimente un scénario habile sans être révolutionnaire, bien suivi par le spectateur, qui pourra aussi se délecter, faute d’un grand metteur en scène, d’un technicien solide, sachant mettre en valeur ses décors et sa topographie, notamment dans la séquence d’assaut final.
La galette concoctée par Sidonis Calysta donne une seconde vie à La horde sauvage : la restauration plastique est assez sidérante, certains paysages sont à couper le souffle. Très clairement Joe Kane n’a jamais eu les honneurs d’un tel travail technique dans nos contrées. Noël Simsolo apporte dans les suppléments toute sa verve et son enthousiasme dans une présentation du film faisant place à des anecdotes personnelles telles que sa rencontre, on le devine assez fructueuse, avec le grand Samuel Fuller. Un livret achève d’accompagner le combo DVD/Blu-Ray d’un western loin d’être inoubliable, mais bien digne de figurer dans vos étagères.



