Running Man


Les adaptions cinématographiques étant aussi prolifiques que ses romans, le maître de l’horreur Stephen King voit de nouveau l’un de ses livres s’étaler sur grand écran avec Running Man (Edgar Wright, 2025). La première version de 1987 anticipant déjà le pouvoir grandissant des médias, qu’est-ce que ce remake peut encore nous raconter dans une époque où ce genre de cauchemar est pratiquement devenu la réalité ?

Josh Brolin assis à son bureau affiche un large sourire en montrant quelqu'un du doigt, comme pour le motiver ; plan issu du film Running Man.

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La course à la mort

Glen Powell, capuche sur le crâne, les mains dans les poches, le mine renfermée, marche dans les rues du film Running Man.

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Hunger Games (Gary Ross, 2012) est loin d’être le premier film à avoir anticipé la télé réalité façon jeux du cirque ou chacun doit lutter pour sa survie dans un monde capitaliste dominé par les médias. Le prix du danger (Yves Boisset, 1983), bien de chez nous avec un Gérard Lanvin énervé et un Michel Piccoli savoureux accusait déjà les dérives d’une société de consommation prête à jeter en pâture ses citoyens les plus désœuvrés au reste du monde. En opposition à l’autre roman d’anticipation de Stephen King Marche ou crève dans lequel les participants se contentaient de marcher jusqu’à ce que mort s’ensuive, Running Man obligeait plutôt ses candidats à foncer s’ils voulaient survivre. Dans les deux cas, chacun souhaitait, d’une façon ou d’une autre, échapper à sa condition, quel qu’en soit le prix à payer. Si le roman de Stephen King – publié sous le pseudonyme de Richard Bachman – est sorti en France quelques années seulement après le film d’Yves Boisset, sa première adaptation cinématographique a débarqué sur les écrans pratiquement en même temps. Running Man (Paul Michael Glaser, 1987), pure production d’action musclée et sanglante, n’avait en commun avec le livre que le nom du jeu et du personnage principal. Mettant en scène une série d’épreuves plutôt qu’une véritable traque, ce film typiquement eighties proposait une relecture très personnelle du roman, reflétant une époque où la place de la télévision était bien plus importante qu’aujourd’hui dans les foyers. S’attardant sur la qualité relative des programmes et sur la manipulation d’une foule naïve accro aux images, le long-métrage n’avait pas saisi la déliquescence d’une société forcée de s’abaisser à jouer sa vie pour survivre face à une domination de nantis. Ce que le remake d’Edgar Wright ne va pas manquer de souligner, tout en dénonçant les fake news et les révolutionnaires de pacotille.

Ben Richards – interprété par un Glen Powell tout en muscles qui n’ont rien à envier à ceux de Schwarzy – survit tant bien que mal avec sa femme Sheila et leur fille Cathy dans un des innombrables bidonvilles qui pullulent sur Co-Op City. Homme impulsif et nerveux, il se retrouve être le candidat idéal selon Dan Killian, directeur des jeux menaçant courant derrière l’audimat, pour participer à « Running Man », jeu télévisé populaire mais mortellement dangereux qui lui permettrait de gagner suffisamment d’argent pour faire soigner sa fille malade. La règle est simple et efficace : pendant 30 jours, 3 proies doivent fuir à travers tout le pays sans se faire prendre par les chasseurs prêts à leur trouer la peau et la population locale, encouragée à dénoncer tout candidat en échange d’une grosse somme d’argent. Personne n’ayant jamais survécu à ce jeu dont les dés sont pipés dès le départ, Ben sera-t-il le premier gagnant de l’histoire de cette course effrénée ? Prenant son temps pour dépeindre une société totalitaire en proie à la pauvreté et à la violence, Edgar Wright éclaire les motivations d’un personnage hors norme refusant de se soumettre sans pour autant faire preuve d’élans anarchistes, bien conscient que le pouvoir en place est plus fort que lui. Cette rage contenue le forçant à rentrer dans le système tout en le méprisant en fait un personnage réaliste auquel il est facile de s’identifier. Tiraillé entre sa volonté de faire éclater la vérité et de son besoin de survivre, Ben va croiser sur sa route des gens qui lui ressemblent, d’autres beaucoup moins mais qui vont le pousser à revoir lui-même ses propres convictions. Un changement va s’opérer petit à petit, en opposition au quotidien lancinant figuré par une émission de téléréalité tournant en boucle sur tous les écrans, cristallisant une société figée, soumise à la bêtise sans nom du programme. Engluée dans sa propre ignorance, elle est ainsi plus facile à dompter.

Le présentateur de l'émission Running Man sur scène, avec le sourire, dans un costume trois pièces blanc et noir.

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Un concept évidemment furieusement d’actualité, de même que les actes révolutionnaires entamés pour pallier cette manipulation médiatique. Edgar Wright oppose deux personnages totalement différents pour illustrer cette même volonté de changer le système. Celle qui implique de s’attaquer directement au pouvoir des images, incarnée par Bradley Throckmorton, qui dissèque l’émission « Running Man » afin d’en démontrer les incohérences flagrantes. Et l’autre, plus prosaïque, de Elton Parrakis, se la jouant plutôt Kevin McCallister version Che Guevara. Il est clair que le réalisateur penche plutôt du côté de la première, se moquant gentiment de Elton contant l’histoire poignante de son père à la droiture sans failles assassiné par des policiers véreux avant de… Boire une gorgée de Monster pour clôturer son discours tel une pub tombant comme un cheveu sur la soupe après un reportage larmoyant, annihilant ainsi toute crédibilité. Ce n’est probablement pas un hasard si le rôle a été confié à Michael Cera, déjà gentil looser dans le fantaisiste Scott Pilgrim vs the world (Edgar Wright, 2010). Ces respirations tombent souvent à point nommé dans un film pesant portant directement la patte du réalisateur dans ses scènes d’actions. Il exploite le concept du jeu télé pour prétexter des passages funs et inventifs, au rythme aussi fou que son Baby Driver (2017), les courses à pied de Glen Powell se substituant aux courses de voiture de Baby. Ce court plan séquence de l’échappée de Ben dans l’immeuble est haletant, de même que la brutalité âpre des dernières scènes du long-métrage que je ne dévoilerai pas afin de ne spoiler ni le film, ni le livre auquel il est résolument fidèle. Mise à part pour un dernier acte qui, je suis sûre, ne décevront ni les fans d’Edgar Wright, ni ceux de Stephen King.


A propos de Charlotte Viala

Vraisemblablement fille cachée de la famille Sawyer, son appétence se tourne plutôt vers le slasher, les comédies musicales et les films d’animation que sur les touristes égarés, même si elle réserve une place de choix dans sa collection de masques au visage de John Carpenter. Entre deux romans de Stephen King, elle sort parfois rejoindre la civilisation pour dévorer des films et participer à la vie culturelle Toulousaine. A ses risques et périls… Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riRbw

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