Personne ne le demandait et pourtant Disney l’a fait ; un remake de La Main sur le berceau (Curtis Hanson, 1992) est désormais disponible sur la plateforme de Mickey. Réalisé par Michelle Garza Cervera et porté par Maika Monroe et May Elizabeth Winstead, ce nouveau film est – encore – la parfaite illustration du manque de créativité actuel des majors…

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Chanson douce
Pour resituer un peu, La Main sur le berceau (1992), c’était un petit thriller efficace réalisé par l’excellent artisan et regretté Curtis Hanson – à qui l’on doit L.A. Confidential (1997) ou encore 8 Mile (2002) – racontant l’affrontement entre une mère de famille et sa nounou, cette dernière ayant un compte à régler avec sa nouvelle patronne. Inutile d’en dire plus sous peine de divulgâcher une intrigue certes convenue mais qui réserve son lot de petits retournements de situations. Ce qu’il faut retenir, c’est que le film de Curtis Hanson abordait vingt-cinq ans avant MeToo la nécessité de croire la parole des femmes victimes de violences sexuelles puisque c’était là la racine et le moteur de la haine de la nourrice envers son employeuse. Dans le long-métrage original, les raisons de la colère étaient explicitées dès les premières scènes afin de concentrer pleinement l’attention du spectateur sur le plan machiavélique qui se mettait en place. En 2025, le cinéma il a changé, et le rapport aux VSS aussi. Si bien que nous étions curieux de voir comment Michelle Garza Cervera, la réalisatrice mexicaine de Huesera (2022), allait pouvoir « actualiser » des thèmes encore pertinents aujourd’hui. Eh bien, la cinéaste reprend les grandes lignes du film original – la nounou est recrutée puis s’en prend peu à peu à la mère de famille, retourne ses enfants et la marginalise de plus en plus – avec pour seules audaces de changer les noms des personnages et de situer les raisons de la vengeance en fin de récit, histoire de créer des retournements d’intrigues là où il n’y en avait guère besoin.

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C’est ici que La Main sur le berceau à la sauce 2025 fait un énorme aveu d’échec : en ayant si peu confiance en sa propre existence, le film préfère ajouter de la confusion à une histoire qui paraissait pourtant limpide. L’effet est alors désastreux : là où la version de 1992 semblait en avance sur son temps dans son traitement des violences sexuelles, son remake d’aujourd’hui a l’air d’avoir quinze ans de retard ! La question même d’agression sexuelle est noyée dans une histoire incompréhensible d’incendie et se retrouve donc reléguée à être évoquée vite fait à la toute fin, avec la délicatesse d’un papier de verre, grain 80. Et on pourra sourciller devant le traitement réservé à la sexualité de Polly, la nounou, qui semble être mise en corrélation avec ses intentions néfastes par le biais d’une discussion de famille lunaire quand l’ainée des enfants de la famille annonce elle-aussi être lesbienne. Quitte à parler de la bisexualité de Caitlin, la mère, on aurait presque préféré que le long-métrage utilise le gros cliché de la tension charnelle entre nounou et employeuse plutôt que de se vautrer dans un propos aussi puant que de faire de notre personnage principale une homophobe refoulée. Dans cette même logique, la dernière image du film qui nous dit que le mal est toujours présent dans la maison par l’entremise de la fille ainée, est lourde d’interrogations… Les antiwokes y verront un film qui fait la part belle à la diversité, les autres y verront au mieux un exercice opportuniste, au pire un propos plus que rétrograde sur des combats loin d’être gagnés.
Mais vu que Huesera, le précédent effort de la réalisatrice était plutôt bien emballé esthétiquement, on aurait pu se consoler en prenant des étoiles dans les yeux. Que nenni. Le film est mal fichu, pour ne pas dire laid à s’en arracher les yeux, et lorgne plus du côté du film étudiant fauché que de celui de Gone Girl (David Fincher, 2014) qu’il essaye péniblement de convoquer notamment de par sa photographie verdâtre, presque monochrome. Jo Willems, le chef opérateur derrière les images de Hunger Games : L’Embrasement (Francis Lawrence, 2013) ou du récent – à la photo cadavérique, lui aussi – Marche ou crève (F. Lawrence, 2025), ne parvient jamais à sortir une image correctement éclairée ou mise en valeur. On peut retenir quelques effets d’aberrations d’optiques pour surligner la folie gagnant les personnages, mais c’est bien maigre quand ça n’est pas gâché par un montage épileptique indigent. In fine, ce sont surtout les choix de mise en scène – ou plutôt les non-choix – de Michelle Garza Cervera qui sont à mettre en cause puisque le tout est orchestré sans véritable vision. Là où certaines scènes devraient installer de la tension voire de l’épouvante, la cinéaste se contente de filmer mollement de pauvres champs, contre-champs où le film expose par le dialogue et par l’exemple ce qui devrait rester sous-jacent. Encore une fois, la dernière confrontation entre Polly et Caitlin aurait pu être le sommet du long-métrage or Cervera filme littéralement l’affrontement attendu depuis le départ par un champ, contre-champ d’une pauvreté abyssale. Quand l’action s’illustre autrement, elle devient illisible : on en revient à la scène finale se terminant par un montage alterné proprement indéchiffrable où survient le gore à défaut de mieux.

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Heureusement, ce qui permet au film de ne pas tomber douloureusement dans la même catégorie que les productions Asylum, c’est son casting. On sait que Maika Monroe est une excellente comédienne depuis It Follows (David Robert Mitchell, 2014) jusqu’au récent Longlegs (Oz Perkins, 2024), capable d’insuffler ce je-ne-sais-quoi d’étrangeté à ses personnages et c’est ce qu’elle fait ici sous les traits de la baby-sitter Polly. Parfois trop, parfois mal, mais elle essaye des choses dans son interprétation qui suffisent à nous sortir, un peu, de notre léthargie. Face à elle, Mary Elizabeth Winstead tient la route tant bien que mal, avec les limites d’écriture de son rôle de mère sur la corde raide. Aperçue dans Boulevard de la mort (Quentin Tarantino, 2007), Scott Pilgrim (Edgar Wright, 2010) ou encore dans les séries Fargo (Noah Hawley, depuis 2014) et Ahsoka (Dave Filoni, depuis 2023), ce n’est pas encore aujourd’hui qu’elle trouvera un rôle à sa mesure, mais elle se débat pour donner chair à son personnage. Autour de ce duel « au sommet », on retrouve Raul Castillo – vu cette année dans l’excellente série Task (Brad Ingelsby) – en père totalement aveugle ou encore l’attachant Martin Starr – le geek de Freaks and Geeks (Paul Feig, 1999) ou le geek de Tulsa King (Taylor Sheridan, depuis 2022) – qui joue… Un geek. Rien de bien transcendant, mais ce sont bien là les seules choses à sauver d’un film qui ne fait donc pas honneur à son honnête modèle. Comme un énième symbole d’une industrie qui tourne sur elle-même et qui le fait mal – incapable de comprendre leur sujet ou leur époque – Disney signe ici un nouveau remake sans saveur dans lequel, toute honte bue, il saccage l’intelligence du propos initial.



