[Carnet de bord] Fantasia 2025 • Jours 5 à 8


Retour à Montréal pour un deuxième carnet de bord riches en découvertes dans le cadre du Festival Fantasia 2025. Une exploration de ce qui vrombit aux quatre coins du monde et aux quatre coins des genres.

Jour 5 : Trois films, trois ambiances

Deux jeunes femmes déguisées en bébé s'embrassent sur la bouche, face à face dans le film Japanese Avant-garde pioneers projeté à Fantasia 2025.

© « Japanese Avant-Garde Pioneers » de Amélie Ravalec Tous droits réservés

Après la longue soirée de la veille qui s’est terminée au McKibbin’s, le bar partenaire de Fantasia, ainsi qu’une courte nuit de sommeil, cette cinquième journée s’amorce tôt avec le documentaire d’Amélie Ravalec, Japanese Avant-Garde Pioneers, projeté à midi pile. La cinéaste explore le zeitgeist japonais d’après-guerre et ses figures montantes : des cinéastes et artistes en tout genre ayant contribué à l’essor culturel du pays. Malgré un amour évident pour son sujet, l’objet reste en surface et n’arrive jamais vraiment à dépeindre la véritable importance qu’ont eue ces gens pour leur pays et sa culture. C’est une œuvre timide qui passe beaucoup trop de temps à montrer des gens parler d’art plutôt qu’à en montrer (ou même à en faire), et le tout ressemble davantage à un cursus académique qu’à une véritable exploration de son sujet. Finalement, Japanese Avant-Garde Pioneers manque de l’élément principal pour créer un documentaire engageant, à savoir le point de vue de la cinéaste à sa tête.

Après une petite sieste, je me suis faufilé dans la séance du film d’animation mexicain I Am Frankelda, réalisé par Arturo et Roy Ambriz. On y suit Frankelda, jeune écrivaine tentant tant bien que mal de percer dans le milieu littéraire et qui se retrouve propulsée dans le monde imaginaire horrifique qu’elle a elle-même créé. Hommage flagrant au cinéma d’animation de Tim Burton et Henry Selick, I Am Frankelda est une magnifique découverte qui trouve sa propre voie à travers les artistes auxquels il rend hommage. Frankelda elle-même se veut comme une version mexicaine fictive de Mary Shelley, autrice de Frankenstein, évoluant dans un monde qui ne lui aurait jamais permis de poser sa plume sur le papier. De ce fait, l’œuvre des frères Ambriz est étonnamment politique dans sa démarche et fait franchement plaisir à voir.

Troisième et dernière séance de la journée : la comédie de science-fiction Terrestrial, de Steve Pink, le cinéaste derrière Hot Tub Time Machine. On nous raconte le récit d’un groupe de vieux amis invités dans un grand manoir pour une soirée retrouvailles par l’un des leurs, soirée qui, bien sûr, ne sera pas la sympathique réunion entre amis prévue à la base. Terrestrial utilise une mécanique connue mais efficace de raconter les mêmes événements du point de vue des différents personnages peuplant le récit. Les 90 minutes sont franchement sympathiques à visionner, malgré un scénario prévisible qui reste sur des chemins familiers. On prend vraiment plaisir à se perdre dans les dédales du manoir avec cette excellente troupe d’acteurs.

Jour 6 :  Amour et fin du monde

Plan en contre plongée sur un homme attaché à une chaise, et une jeune femme face à lui qui semble être celle qui le tient captif ; tous deux regardent la caméra ; issu du film Together de Michael Shanks.

© « Together » de Michael Shanks Tous droits réservés

J’ai commencé cette nouvelle journée par un des projections les plus attendues du festival, à savoir Together de Michael Shanks que j’ai pu découvrir quelques jours avant sa diffusion officielle lors d’une projection presse. Nous préparons un texte plus long et détaillé sur cette sortie très attendue, je serai donc bref. Together nous présente Tim et Millie, un couple de trentenaires venant d’acheter leur première maison mais dont la relation bat de l’aile, les deux amoureux devenant de plus en plus distants. Après un incident lors d’une randonnée en forêt, le couple commence à ressentir d’étranges effets sur leurs corps… Vendu comme un body horror, Together s’intéresse davantage à la psychologie de ce couple qu’à la transformation monstrueuse de leurs corps et ce n’est pas une mauvaise chose, le duo étant très intéressant à suivre grâce à une excellente écriture de personnages. Là où le bât blesse, c’est lorsqu’on constate que le film joue souvent dans la facilité lors de la construction de son récit et qu’il ne semble pas se faire réellement confiance en tant que drame d’horreur. Nous y reviendrons en détails très bientôt à l’occasion de sa sortie française le 13 août prochain.

Deuxième et dernier film de cette sixième journée : The Well, réalisé par le Canadien Hubert Davis, qui signe ici son premier long-métrage de fiction après plusieurs documentaires. Prenant place dans un univers post-apocalyptique, on suit Sarah, jeune femme vivant avec ses parents qui possèdent un puits contenant la seule source d’eau potable à des kilomètres à la ronde. Lorsque le filtre dudit puits brise, Sarah se met en quête d’une pièce de remplacement pour veiller à la survie de sa famille. Production à petit budget, The Well n’arrive malheureusement pas à compenser par quoi que ce soit. C’est une œuvre très bien intentionnée, que le réalisateur qualifie de mise en garde pour l’avenir, avec son récit tournant autour d’une pénurie d’eau. Mais de bonnes intentions ne font pas un bon film. Si les performances d’acteurs sont admirables, le scénario comme la mise en scène sont d’une rare platitude. Le récit refuse toute forme de montée de la tension, et les embûches que Sarah rencontre lors de son périple sont traitées de façon tellement banale qu’on ne croit jamais à un quelconque danger. On y croise par exemple une communauté de survivants menée par la main de fer de Gabrielle, une femme dure prête à tout pour la survie de son groupe. Bien entendu, l’existence du puits de la famille de Sarah devrait servir de source de tension tant elle pourrait déclencher un violent conflit à tout moment, hélas sa résolution est d’une mollesse risible et sans émotion, malgré le fait qu’elle serve de conflit central.

Jour 7 : Fucktoys

Une jeune femme en tenue de soirée est assise au centre d'un cercle de bougies dans le film Fucktoys sélectionné à Fantasia 2025.

© « Fucktoys » de Annapurna Sriram Tous droits réservés

Journée la plus courte du festival jusqu’à présent : je n’y ai vu qu’un film, le provocant Fucktoys de Annapurna Sriram, et c’est un autre coup de cœur. Comédie absurde et trash, Fucktoys raconte la quête de AP, travailleuse du sexe voulant accumuler un montant de 1000 $ pour se payer un rituel lui permettant de se débarrasser d’une supposée malédiction. Rempli de fluides corporels, de personnages dévergondés et d’appareils génitaux, Fucktoys est un bonheur à visionner. J’irais même jusqu’à dire que, n’en déplaise à Sean Baker et son Anora, c’est le véritable hommage aux travailleuses du sexe que nous méritions. En tant que personnage, AP ne souffre jamais de son métier, qu’elle exerce avec passion et amour. Jamais montrée comme une victime n’ayant pas le choix de faire ce qu’elle fait, c’est une protagoniste très rafraîchissante dans le paysage cinématographique actuel. Le tout est aussi magnifiquement réalisé, chaque plan regorgeant d’idées et de gags visuels. Le film jouit également d’un humour absurde et décalé à la John Waters qui ne manque presque jamais son coup. Malheureusement, comme l’expliquait la réalisatrice après la séance, malgré l’accueil plus que chaleureux que son long-métrage reçoit en festival, celui-ci n’a toujours pas de distribution, les sociétés du milieu étant trop frileuses pour acheter une œuvre aussi subversive et risquée. J’espère sincèrement que Fucktoys trouvera preneur.

Jour 8 : Hommage et cravates

Notre rédacteur interroge Danny Elfman au festival Fantasia 2025.

© Tous droits réservés

La huitième journée de cette édition en est une de grande importance pour les festivaliers : l’Université Concordia accueillait en son antre le légendaire compositeur Danny Elfman, venu recevoir le prix Cheval Noir pour l’ensemble de sa carrière en plus de présenter en exclusivité mondiale le court-métrage Bullet Time de Eddie Alcazar dont il a composé la musique. J’ai eu la chance de m’entretenir avec Monsieur Elfman sur le tapis rouge du festival avant le début de la séance. La discussion fut courte mais fascinante, le compositeur étant extrêmement généreux et éloquent dans ses réponses. Cette brève entrevue sera diffusée sous peu sur les réseaux sociaux de Fais Pas Genre.

C’est donc un Danny Elfman ému qui introduit Bullet Time après avoir accepté son prix. Un court-métrage d’animation déjanté rendant hommage aux dessins animés à la Ren & Stimpy, dans lequel on suit Bullet le chien alors qu’il tente de gagner un tournoi de jeux vidéo. En résulte une œuvre dérangée et agressive  bâtie sur des blagues de caca et de vomi pendant neuf désagréables minutes. C’est sans compter le mixage sonore atroce, dont les effets sonores au volume beaucoup trop élevé empêchent d’entendre une seule note de la musique d’Elfman, qui était quand même la raison de ma présence sur place à la base. L’animation en elle-même est malgré tout très réussie et combine plusieurs techniques, dont du stop-motion, pour raconter son histoire, bien que le jeu n’en vaille pas du tout la chandelle. Dieu merci, L’Étrange Noël de Monsieur Jack (Henry Selick, 1993) était diffusé juste après pour redonner un peu de bonheur au public.

S’ensuit Tie-Man du Québécois Rémi Fréchette, un film de super-héros fait maison dans lequel un héros au visage recouvert de cravates devra combattre criminels et corruption dans une ville au bord de l’autodestruction. Tie-Man déborde d’amour et d’idées pour son récit : des innombrables maquettes pour représenter la ville jusqu’au faux mauvais doublage des dialogues rendant hommage au cinéma de série B des années 80, ou encore son antagoniste passant des fœtus dans le mixeur avant de les boire… C’est le genre de production qui plaira définitivement à un public très précis, mais ceux-ci en tomberont amoureux.


A propos de Alexandre Royal

S'il n'est pas en train de fixer un écran beaucoup trop longtemps tel un Alex Delarge bedonnant, il peut être trouvé sur un plateau de tournage espérant devenir le prochain Spielberg. TDAH en puissance (et non médicamenté), il est toujours en train de se lancer dans mille et un projets qui n'aboutirons sans doute jamais. Obsédé par le cinéma depuis que de multiples problèmes de santé l'ont forcé dans son enfance à rester à la maison plutôt qu'à jouer dehors, il considère cette période de sa vie comme une bénédiction cachée, lui ayant permis de découvrir le plus bel art du monde.

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