Le Parfum de la dame en noir


Sorti sous l’égide d’Artus Films, on croirait aisément voir en Le Parfum de la dame en noir un giallo tout à fait classique. Or, le film de Francesco Barilli, certes profondément détourné du roman de Gaston Leroux, s’éloigne aussi durablement du célèbre genre italien pour nous offrir un thriller psychologique drapé d’un superbe écrin Technicolor.

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Rêve ta vie en couleurs

D’aucuns ignorant ce que cache Le Parfum de la dame en noir, seront ravis d’y trouver une forme de trompe-l’œil mouvant. A première vue, son sujet nous tend les bras vers le giallo, genre italien qui vous est déjà sûrement familier si vous êtes un arpenteur régulier de ce site : Silvia, jeune femme scientifique est abattue de travail, et accorde plus d’intérêt à ses recherches qu’à son conjoint Roberto. Sa routine se voit brusquement troublée par la rencontre d’un homologue africain lui ouvrant la voie de l’occultisme, une porte dans laquelle s’engouffre Silvia et qui fera bientôt ressurgir en elle un torrent de souvenirs refoulés, liés à sa mère, aussi éclatants visuellement que teintés d’un érotisme dérangeant.

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Sorti en 1974, il serait logique d’attendre du Parfum de la dame en noir de convenir aux codes du giallo classique. D’abord parce que la période y sied bien, le public ayant depuis quelques années pu aborder les œuvres emblématiques de Mario Bava, Lucio Fulci – notamment Le Venin de la peur (1971) dans lequel le film de Barilli puise un certain goût pour le psychédélisme – ou découvrir celles plus récentes de Dario Argento. D’autant que Mimsy Farmer, l’interprète de Silvia, a déjà pu être assimilée au giallo, elle qui tient l’affiche notamment de Quatre mouches de velours gris (Dario Argento, 1971) – mais également, car il n’y a jamais de hasard, dans La Traque (Serge Leroy, 1975), récemment chroniqué ici. Or, contre toute attente, point de tueur gantés ni de meurtres à répétitions ici, et à part des couleurs flamboyantes dignes d’un Suspiria (Dario Argento, 1977), le long-métrage affiche a priori peu d’éléments caractéristiques du giallo traditionnel : Le parfum de la dame en noir semble plutôt tourné vers le thriller psychologique jonché de touches d’inquiétante étrangeté. A ce titre, l’incarnation de Mimsy Farmer et la folie qui guette Silvia dans son intime rappellent tantôt Rosemary’s Baby (Roman Polanski, 1968) ou d’autres thrillers ouvertement freudiens comme Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) par exemple.

Blu-Ray du film Le parfum de la dame en noir édité par Artus Films.Mais il serait regrettable de chercher absolument à catégoriser Le Parfum de la dame en noir. Car s’il échappe à certains codes du giallo traditionnel – d’autant que le giallo a bien-entendu ses variations et le genre est difficilement catégorisable à un archétype – le film cultive une ambiguïté vis-à-vis même de son genre. Les échappées vaporeuses de Silvia, couplés aux nombreux jeux de profondeur et de reflets de Francesco Barilli poussent le thriller dans ses retranchements. En résulte un film qui se dérobe aux attentes qu’on serait en droit de lui prêter, et donne l’impression d’assister à un épisode cauchemardesque d’Alice aux pays des merveilles, où Silvia, sempiternellement ramenée à son enfance, ne peut échapper aux menaces oniriques qui planent sur elle. Insaisissable, il finit presque par imploser dans un final gore et fastueux, dont on se gardera bien de taire les enjeux. Le Parfum de la dame en noir est un film éminemment curieux, qui croit se chercher alors qu’il ne fait que jouer avec le spectateur. Un geste d’autant plus appréciable qu’il est serti d’une aussi splendide restauration offerte dans le coffret édité par Artus Films, un master impeccable auquel s’ajoute des suppléments riches et généreux, de quoi ponctuer avec ravissement ce cauchemar.


A propos de Pierre Nicolas

Cinéphile particulièrement porté sur les cinémas d'horreur, d'animation et les thrillers en tout genre. Si on s'en tient à son mémoire il serait spécialiste des films de super-héros, mais ce serait bien réducteur. Il prend autant de plaisir devant des films de Douglas Sirk que devant Jojo's Bizarre Adventure.

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