Host


Found-footage en mode confinement, Host (Rob Savage, 2020) joue sur un format original pour un résultat somme toute classique mais efficace.

Capture d'écran d'ordinateur issue du film Host : une jeune femme assise à son bureau dans sa chambre sombre, les rideaux tirés, tient son visage entre ses mains, angoissée.

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Esprit confiné es-tu là ?

Présenté au Festival de Gérardmer 2021 et maintenant disponible en VOD chez Studiocanal, Host a fait bonne impression partout où il est passé. Nommé aux British Independent Film Awards dans plusieurs catégories et à la Hollywood Critics Association, le second long-métrage de Rob Savage – après Strings en 2012 qu’il avait réalisé à l’aube de ses 18 ans – a récolté son lot de critiques favorables notamment en raison de son format particulier et de ses conditions de tournages en pleine pandémie. En effet, le film a été tourné entièrement sur la plateforme de visioconférence Zoom ; la mise en abyme est donc parfaite car toute l’action se déroule également sur Zoom. Une bande d’amies menée par Haley (incarnée par Haley Bishop – tous les personnages ont le même prénom que leurs acteurs) organise une séance de spiritisme en ligne, aidée par une médium prénommée Seylan. Si Haley prend la chose très au sérieux, ses amis beaucoup moins. Entre fous rires et consommations de shots, la petite bande s’en donne à cœur joie jusqu’à ce qu’une mauvaise blague vienne ternir l’ambiance : Jemma (Jemma Moore) fait mine de ressentir la présence d’un esprit, soi-disant celui d’un ami d’école qui se serait pendu, pour mieux pouffer de rire quelques minutes après. Problème, invoquer un faux esprit est considéré comme un grand manque de respect pour les esprits réels qui peuvent à tout moment se venger, les inoffensifs comme les plus démoniaques…

Capture d'écran d'une conférence visio de visages de femmes en larmes, saisies par la peur dans le film Host.

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Les amis commencent par se faire gentiment persécuter par une entité maléfique à coups de lumières qui grésillent, de chaises qui bougent et de portes qui claquent, avant que la situation ne s’envenime et ne devienne mortelle. Si le scénario ne réserve aucune surprise et que les jump-scares sont prévisibles, le “format Zoom” renouvelle un peu le genre, d’autant plus que Host joue avec les problèmes de mauvaise connexion, de micro coupé, de fond d’écran automatique et autres fonctionnalités propres à la visioconférence pour faire monter la tension. Bien sûr,  Unfriended (Levan Gabriadze, 2014) et surtout Unfriended : Dark Web (Stephen Susso, 2018) avaient déjà exploité le concept du film d’horreur par webcams interposées mais le contexte sanitaire du Covid donne à Host une dimension sociale plus profonde. Le film met bien en avant la difficulté d’entretenir les relations personnelles en temps de confinement et l’anxiété liée à l’isolation qui en découle. Faute de pouvoir se réunir, les participants de la séance de spiritisme en ligne doivent s’imaginer au sein d’un cercle, une corde autour de la taille pour symboliser le lien. Mais en proie à un esprit malveillant décidé à les exterminer, les jeunes amis sont bel et bien isolés et livrés à eux-mêmes… On peut aussi dresser un parallèle avec Searching (Aneesh Chaganty, 2018) où toute l’action se déroule via un écran d’ordinateur, même s’il faut avouer que ce dernier est non seulement plus élaboré, et tient un propos beaucoup plus lourd à savoir la ténacité d’un père face à la disparition de sa fille.

Dans une pièce baignée dans une lumière bleue, capture d'écran d'un ordinateur montrant en webcam une jeune femme brune, l'air mystérieux, qui tient une bougie dans ses mains: plan du film Host.

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L’idée de Host est partie d’une blague faite par Rob Savage lui-même à ses amis sur Zoom, qu’il a ensuite partagée sur internet et qui a créé le buzz. Le réalisateur a ensuite entrepris d’en faire un moyen-métrage – en effet le film dure un peu moins d’une heure, soit la limite d’utilisation d’une licence Zoom non-professionnelle ! Rob Savage, l’équipe technique et le casting ont eu le mérite de tourner dans des conditions très particulières, entièrement à distance. Les acteurs ont dû suivre des ateliers pour apprendre à réaliser les effets eux-mêmes, pour un résultat au final très réussi. Il aura quand même fallu douze semaines pour boucler le film en plein confinement, avant sa distribution sur la plateforme américaine de streaming dédiée au cinéma d’horreur Shudder en juillet 2020. Si Host se concentre presqu’uniquement sur sa forme au détriment d’un scénario relativement mince, il n’en reste pas moins un bon divertissement qui se regarde facilement, et surtout rapidement.


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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