Vampires en toute intimité 4


Longtemps après tout le monde, on vous parle du mockumentary le plus timbré de ces dernières années, What We Do in the Shadows, qui est sorti il y’a peu de temps en DVD chez Wild Side, sous le doux nom de Vampires en toute intimité.

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Le Festival de Canines

Pas de problèmes, on va l’admettre sans sourciller, oui, c’est vrai, sur ce coup, on est un peu en retard sur la concurrence. Si concurrence il y’a bien sur… (sic). En effet, cela fait bien deux ans que l’on peut lire, ici et là, qu’un mockumentary sur des vampires intitulé What We Do in the Shadows, serait absolument formidable. Il nous aura fallu attendre que le film sorte chez nous en DVD, chez Wild Side, renommé pour l’occasion Vampires en toute intimité, pour le découvrir. Car oui, contrairement à la concurrence, nous chez Fais pas Genre on enfreint pas la loi en récupérant des films illégalement, ça non ! On balance sur nos confrères ? Bah ouais. Parce que nous, on est quand même pas du genre à avoir une catégorie consacrée aux inédits – entendre films tombés inopinément dans mon disque dur ! Si ? Bon d’accord. Passons. Co-réalisé par Taika Waititi – le réalisateur néo-zélandais, pas le petit singe à casquette qu’on avait sur nos pull-overs dans les années 90 – et Jemaine Clement, ce petit film s’inscrit dans un sous-genre assez peu exploité qu’est le mockumentary – comprendre le faux-documentaire ou documenteur dont on peut citer quelques exemples comme Zelig (1983) et Accords et Désaccords (1999) tous deux réalisés par Woody Allen, vampireentouteintimite_02le génial La Bombe (Peter Watkins, 1965), le faux documentaire musical Spinal Tap (Rob Reiner, 1984) ou encore les très connus Opération Lune (William Karel, 2002) et C’est arrivé prêt de chez vous (Rémy Belvaux et André Bonzel, 1992). La Nouvelle-Zélande n’est pas en reste d’ailleurs, puisque l’une des plus belles réussites dans le genre est signé du plus Kiwi des réalisateurs Kiwi, à savoir Peter Jackson, avec son génial Forgotten Silver (1996) dans lequel il fait croire que le cinéma a été en réalité inventé par un Néo-Zélandais. La disparition du mockumentary ou tout du moins sa rareté est surement lié à l’omniprésence du found-footage dans la galaxie du cinéma de genre ainsi qu’à l’évidente modification du rapport que les spectateurs ont face aux images, opéré depuis quelques années, et ce dès le berceau.

Vampires en toute intimité essaie donc de nous faire croire à un documentaire ambiance Strip-tease – pour les vieux qui ont connu cette émission, sinon on pourrait choisir comme équivalence moderne Confessions Intimes peut-être ? – centré sur une colocation de jeunes vampires dans la ville de Wellington en Nouvelle-Zélande. Une tentative du même genre avait d’ailleurs vu le jour en Belgique avec le film Vampires de Vincent Lanoo, sorti en 2010 dans lequel Julien Doré avait troqué sa barrette et son ukulélé pour des canines proéminentes. D’une drôlerie un peu mieux sentie que son homologue belge, le film néo-zélandais réussit à rendre chacun de ces joyeux zigotos de vampires attachants et leurs péripéties toutes autant : qu’il s’agisse de les suivre sortir en ville pour pécho une proie à saigner, chercher des noises à des gangs de loups-garous ou bien se chamailler sur qui doit nettoyer les assiettes pleines de sang qui trempent dans le lavabo. Le film réussit vampireentouteintimite_08à avoir la fraîcheur incontestable d’un film de vacances entre potes en évitant totalement l’entre-soit et le private joke. Avec ses gags de situations inspirés, trustés par la formule éculée mais (presque) toujours vérifiée du plus c’est gros, plus ça passe, Vampires en toute intimité est une comédie certes, mais qui ne lésine pas non plus sur la part horrifique – transformations et prothèses sont parfaitement exécutées pour filer les jetons comme il faut, quand il faut – qu’impose son synopsis.

L’intérêt d’avoir attendu un peu avant de le voir réside – pour une fois – dans la version française et principalement dans son doublage. Le DVD édité par Wild Side propose en effet le film dans sa version originale bien entendu, mais aussi dans une version doublée en français qui vaut tout autant son pesant de chandelles. Et pour cause, confiée au duo Nicolas & Bruno – à qui l’on doit les fameux Messages à Caractères Informatifs et le génial A la recherche de l’Ultra Sex dont nous vous avions parlé – des spécialistes du doublage et du détournement à la con. Ici, accompagnés d’une ribambelle de comédiens excellents – Fred Testot, Bruno Salomone, Alexandre Astier ou encore Zabou Breitman – le duo pirate littéralement le film en en changeant quelques dialogues et en françisant tout ce qui peut l’être. Ainsi, nos amis vampires – renommés pour dvdl’occasion Bernard, Aymeric, Jean-Claude et j’en passe – n’habitent plus dans la banlieue de Wellington mais de Limoges ! Entre autres, le terme mordre est traduit par sucer, donnant lieu à des séquences de quiproquo beaucoup plus drôles que dans l’original ! Une très bonne idée de réappropriation par le doublage donc, totalement dans l’esprit du film original, et ce malgré les écarts de sens qui auraient par ailleurs été totalement validés par les réalisateurs originaux. Ayant visionné les deux versions, je ne peux qu’assumer d’avoir préféré largement la version française – étant fan des détournements du duo Nicolas et Bruno, cela ne me rend pas neutre – bien qu’il me semble que l’adaptation prend évidemment une toute autre dimension parodique lorsqu’on a déjà vu auparavant la version originale sous-titrée. Pour le reste, cette édition DVD offre des bonus copieux, une heure et demie en tout, dont le court-métrage ayant originalement inspiré le film, un making-of et pas loin de dix scènes coupées ! L’accent est aussi mis dans une petite featurette sur la direction des comédiens de doublage par le duo de réalisateurs français. Bref, un petit ovni bien drôle qu’il convient d’ajouter à sa dvdthèque dans son édition française – pour bénéficier des deux versions qui valent chacune le coup d’œil – qui tout en étant loin d’être le petit joyau annoncé partout s’imposera avec le temps comme l’un des meilleurs mockumentary qu’on ait vu.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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