The Nest


Seul film italien de la compétition du PIFFF 2019, The Nest de Roberto de Feo mise tout sur l’ambiance au détriment du rythme, ce qui ne l’empêche pas d’être déjà fortement plébiscité.

Francesca Cavallin et Justin Korovkin lisent un livre.

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Maman, tu m’étouffes

Les organisateurs du PIFFF Cyril Despontin et Fausto Fasulo commencent leur présentation de The Nest (2019) par un constat alarmant : en neuf éditions, ce n’est que le troisième film italien sélectionné en compétition. Y aurait-il pénurie de productions de genre(s) en Italie ? Le poids des légendes tels que Dario Argento, Lucio Fulci et Mario Bava serait-il trop lourd à porter pour la nouvelle génération de réalisateurs d’horreur ? Que nenni. Roberto de Feo, présent au PIFFF, explique qu’il est rare qu’un film d’horreur italien parvienne à se faire connaitre hors de son pays natal. Rien de bien étonnant là-dedans, étant donné la difficulté similaire des films d’horreur français à s’exporter. Le scénariste de The Nest, Lucio Besana lui aussi présent, insiste sur les cinq années de travail qui ont été nécessaires pour que le projet puisse voir enfin le jour. Tout vient à point à qui sait attendre, le long-métrage est sélectionné au festival de Locarno en août 2019 et sort dans la foulée en Italie où il se fait remarquer grâce à un score honorable au box-office. Alors de quoi ça parle ?

Justin Korovkin assis par terre, près de son fauteuil roulant.

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Samuel (Justin Korovkin) est un jeune adolescent tétraplégique qui vit enfermé dans une grande maison de style gothique, entouré de sa mère tyrannique Elena (Francesca Cavallin) et du personnel à tout faire. Interdit de sortie, le jeune garçon vit reclus, passant ses journées à apprendre le piano classique et la bonne gestion du domaine familial. Jusqu’au jour où arrive Denise (Ginevra Francesconi), une jeune domestique qui va faire découvrir le monde extérieur à Samuel. Entre cigarettes, musique rock – la scène avec Where is My Mind des Pixies restera dans les mémoires – et premier baiser, l’influence de Denise ne plaît guère à la mère qui prend alors les mesures nécessaires pour protéger son fiston… The Nest s’offre au spectateur comme un méli-mélo de genres, entre le gothique, le drame familial et adolescent, le thriller psychologique et l’horreur. Et là vous allez me dire : mais où est l’horreur dans ce scénario ? Déjà, c’est quand même pas mal horrifique de devoir rester enfermé dans une baraque, en pleine puberté, quand on est en fauteuil roulant. Mais surtout, au bout d’une vingtaine de minutes, le récit dévoile de très courtes scènes de possession et de rituel particulièrement horribles sans pour autant les expliquer ou les relier entre elles. Le mystère reste entier car le film ne reviendra pas sur ces indices, ce qui peut décontenancer quelque peu le spectateur. Il est un peu étrange de larguer des indices aussi lourds et de ne pas vraiment les exploiter pendant les 90 minutes qui suivent… The Nest est clairement un film d’ambiance qui joue sur l’isolation, l’enfermement et la folie. On passe son temps à se demander ce qui pousse la mère à être aussi stricte et ce qui fait fuir les domestiques un par un. Le suspense ne fait jamais de mal, surtout quand un film est aussi soigné d’un point de vue visuel et design sonore ! Mais on finit quand même un peu par se lasser de ce rythme inégal. La résolution ne vient que dans les deux dernières minutes, c’est tard, bien que ça fonctionne bien. On comprend enfin pourquoi la mère craignait tant le monde extérieur, et soudainement elle ne nous parait plus si méchante que ça. Le dénouement inattendu fait qu’on pardonnerait presque à la totalité sa lenteur et son manque de rythme.

Ginevra Francesconi fascinée par une étrange mannequin

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Clairement inspiré de Le Village (M.Night Shyamalan, 2004) et de Les Autres (Alejandro Amenabar, 2001), Roberto de Feo ne cache pas ses références mais parvient à renouveler cette base déjà connue de tous avec des jeunes acteurs au grand talent, un design sonore qui ne laisse entrer aucun bruit extérieur et un manoir grandiose qui fonctionne presque comme un personnage à part entière. Le réalisateur avoue avoir rêvé de tourner son projet en France, mais s’est finalement replié sur l’Italie faute de budget. On ne lui en veut pas, la maison et le domaine forment un cadre parfait à cette histoire anxiogène. Mention spéciale à un autre personnage qui vaut le détour : je dirai juste qu’il est joué par Troy James, un contorsionniste qui a offert aux spectateurs du PIFFF une petite démonstration de ses talents. Ça fait rire et ça fait peur en même temps ! The Nest n’en est qu’au début de sa carrière : le film a été acheté par Swift Productions en France (sans plus de détails), mais surtout le réalisateur et le scénariste sont en pourparlers avec Sony et Columbia pour un éventuel remake américain, tandis que le remake japonais est déjà confirmé. On ne va pas relancer le débat sur le besoin ridicule de faire des remakes plutôt que de distribuer les longs-métrages dans leurs versions originales et contentons-nous d’être heureux qu’un film d’horreur italien fasse un si bon chemin. On lui souhaite le meilleur !


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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