Color Out of Space


Présenté hors compétition en ouverture du Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF) 2019, Color Out of Space de Richard Stanley met en scène Nicolas Cage dans un pur délire fantastico-horrifique adapté d’une nouvelle de H.P. Lovecraft. Couleurs fluos, bande son étourdissante et aliens envahisseurs, retour immédiat sur une ouverture en grande pompe !

Nicolas Cage dans Color out of space (critique du film)

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Il pleut du rose

La neuvième édition du PIFFF ne fait pas les choses à moitié. Cyril Despontin (fondateur) et Fausto Fasulo (directeur artistique) ont lancé le festival en promettant une sélection plus internationale et éclectique que jamais et des invités triés sur le volet. Richard Stanley était de la partie pour présenter son dernier film Color Out of Space dont la sortie est prévue courant 2020, et pour répondre aux questions des spectateurs lors d’un Q&A malheureusement un peu court tant le film est riche en bizarreries. Après Hardware (1990) et Le Souffle du démon (1992) qui commençaient quand même à dater, le réalisateur sud-africain est de retour avec une adaptation de la nouvelle de Lovecraft, La Couleur tombée du ciel (1927). Il explique avoir choisi cette nouvelle pour des raisons de facilité car elle se concentre sur une seule famille et dans un seul lieu, donc plus faisable avec un budget restreint. Produit en partie par Elijah Wood et tourné au Portugal, l’adaptation reste très fidèle à l’ambiance lovecraftienne et à l’horreur cosmique qui définit l’auteur. Nathan (Nicolas Cage), sa femme (Joely Richarson notamment vue dans Event Horizon, The Patriot et plus récemment Red Sparrow) et ses trois enfants (dont Brendan Meyer qui a joué dans la série The OA) vivent paisiblement dans une ferme à l’écart de la ville jusqu’au jour où une météorite d’une couleur rose assez incroyable s’écrase dans leur jardin. Si les enfants se sentent immédiatement affectés par la présence de la météorite, les parents sont d’abord plus sceptiques avant d’eux-mêmes subir les effets malveillants de l’objet venu de l’espace : hallucinations, distorsions spatio-temporelles, excès d’agressivité, etc. La famille hippie chic tombe dans la folie au fur et à mesure que la météorite propage son influence dans les réserves d’eau, les arbres et les roches alentour.

Madeleine Arthur dans le film Color out of space (critique)

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Le choix de raconter cette histoire à l’époque actuelle (et non au 19ème siècle comme dans l’œuvre originale) n’est pas anodin : Stanley ne cache pas la dimension environnementale de son discours où les aliens non-anthropomorphiques contaminent insidieusement la nature à telle point qu’elle finit par se retourner contre les humains, une réalité non-négligeable aujourd’hui. Jouant la carte de la réalité scientifique (c’est lui qui le dit, pas nous), le réalisateur profite aussi du Q&A pour justifier son choix de la couleur rose. Dans la nouvelle, la couleur est inconnue de l’œil humain (d’où le titre), mais bien sûr à l’écran il a fallu prendre une décision et le rose se trouvait juste entre les infrarouges et les ultraviolets. OK. Le son particulièrement assourdissant est aussi dû aux fréquences infrasons et ultrasons que Stanley a tenu à tout prix à exploiter. Oreilles sensibles, s’abstenir ! Le film n’est pas non plus recommandé aux épileptiques, les couleurs fluos et flashy s’enchaînant dans un délire hallucinogène qui n’est pas sans rappeler Mandy (Panos Cosmatos, 2018). Justement, parlons-en de cette vague ressemblance à Mandy. Déjà, on retrouve encore Nicolas Cage dans le rôle d’un mec dépassé qui devient complètement fou, et honnêtement ça lasse un peu. Abonné aux films de genres, et plus récemment abonné à l’horreur (par exemple avec Mom and Dad de Brian Taylor), l’acteur continue encore et encore de faire le pitre, allant même jusqu’à imiter Donald Trump à plusieurs reprises dans le film. Heureusement, malgré son côté délirium psychédélique, Color Out of Space ne tombe pas dans les mêmes travers scénaristiques (ou devrais-je dire anti-scénaristiques) que Mandy et parvient à maintenir le spectateur en haleine. Les références à The Thing de Carpenter sont grosses comme une maison, sauf qu’à la place des chiens ce sont des alpagas qui se transforment (oui j’ai bien dit alpagas !), mais qui n’apprécie pas une petite fusion corporelle bien dégueulasse par-ci par-là hein ?

Certes ça commence lentement pour ensuite partir en vrille dans tous les sens, certes Nicolas Cage fait du Nicolas Cage sans grande surprise, mais ça fonctionne vraiment bien pour une ouverture de festival. Richard Stanley revient par ailleurs de loin et il nous offre avec Color out of Space un objet divertissant qui séduira sans doute les amateurs d’horreur, et peut-être même un plus large public. Stanley a déjà annoncé qu’il adapterait prochainement une autre nouvelle de Lovecraft, L’Abomination de Dunwich. On attend ça avec impatience !


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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