Zombi Child


Trois ans après le surprenant Nocturama, Betrand Bonello nous revient avec un Zombi Child qui explore les racines du mythe du zombi (sans « e »). Malgré des bonnes intentions de départ, le métrage n’est pas à la hauteur de ses ambitions.

                                                © Ad Vitam

I am a voodoo child

Qu’on se le dise, Bertrand Bonello fait partie des cinéastes français si atypiques, qu’on a toujours porté un regard intéressé sur son travail. Dans une industrie sclérosée par des comédies insipides, il est plaisant de voir un véritable auteur se démarquer et proposer une vision originale. Son troublant Nocturama, récit d’une jeunesse désœuvrée, nous avait étonnés et on attendait avec impatience son nouveau métrage dont le pitch s’annonçait prometteur. Ce dernier nous donne à suivre deux destins croisés : celui de Clairvius Narcisse, un ouvrier haïtien, transformé en zombie en 1962, et celui d’une sororité au sein de la maison d’éducation de la légion d’honneur que vient d’intégrer Mélissa, une jeune fille d’origine haïtienne et descendante de Clairvius Narcisse. La première chose qui surprend dans Zombi Child, c’est le traitement réaliste et sérieux avec lequel sont traités les cas de zombification. Cas qui par ailleurs, avaient déjà été traités dans le film L’Emprise des ténèbres (Wes Craven, 1988). Cette partie nous présente la déchéance d’un homme privé de sa liberté et sa longue quête pour retrouver son humanité. Les zombis ne sont pas ici des créatures ignobles se délectant d’innocents, mais des humains condamnés à la servitude (le parallèle avec l’esclavage a été clairement établi par le réalisateur). Par cette approche, Bertrand Bonello revient aux origines du zombi.

                                          © Ad Vitam

En effet, dans le vaudou haïtien, les zombis sont avant tout des êtres humains transformés en esclaves obéissant à des hougans (prêtres vaudous). Cette idée de l’être humain à qui on a ôté son humanité à une place extrêmement importante dans la mythologie vaudou, car elle se réfère à l’esclavage. Parallèlement au récit de Clairvius Narcisse, nous suivons les pérégrinations de quatre lycéennes au sein de la Maison d’éducation de la légion d’honneur. Le réalisateur a choisi ici une approche contemplative – qui n’est pas sans rappeler les films de Celine Sciamma, notamment La Naissance des pieuvres (2007) – qui constitue à la fois la force et la faiblesse du récit. Sa force d’abord, car il s’éloigne des standards américanisants du genre et donne une réelle identité à son projet, et sa faiblesse ensuite, car en restant dans l’abstrait le réalisateur oublie de donner de la profondeur à ses personnages. On a du mal à s’attacher à eux et leurs histoires nous paraissent parfois superficielles. Le cas le plus flagrant est celui de Fanny (interprété par Louise Labelle), dont un chagrin d’amour va conduire à commettre l’irréparable. Du fait d’une romance épistolaire mal amenée, on peine à comprendre son choix final qui passe plus pour un caprice d’adolescente que pour un véritable chagrin d’amour. L’autre problème du récit, c’est sa difficulté à jongler avec ses deux époques. En effet, on a du mal à saisir (mis à part le lien de parenté évident entre Mélissa et Clairvius) le message qu’a voulu faire passer l’auteur en juxtaposant ces deux temporalités. Les deux histoires ne se répondent pas (sauf brièvement à la fin) et à aucun moment Bonnelo ne semble vouloir exploiter les éléments de son récit. De plus, même si l’errance de Clairvius Narcisse a du sens, le personnage n’est pas assez travaillé pour que l’on comprenne son désespoir. Tout cela contribue à donner un sentiment d’inachevé à une œuvre qui avait pourtant tout pour plaire sur le papier.

Malgré ses défauts évidents, tout n’est pas à jeter dans Zombi Child. Le long-métrage bénéficie d’une mise en scène soignée. Dans son précédent effort, Bertrand Bonello nous avait montré son talent pour les plans de nuits, ici, il se surpasse en donnant à la nuit une véritable identité. Elle apparaît comme immatérielle, notamment lors d’un sublime plan sur le Palais du sans-souci. Par ailleurs, le film montre un véritable respect à la culture vaudou souvent dénigrée dans le cinéma fantastique. De White Zombie (Victor Halperin, 1932) à la série American Horror Story, le vaudou a toujours été représenté comme un culte diabolique. Bien qu’il est vrai, et il faut le reconnaître, que les poupées vaudous, les zombis et les Bokor (prêtre vaudou maléfique), sont une réalité, ils n’occupent en fait qu’une place infime au sein de la culture vaudou. Le vaudou est avant tout une religion avec ses esprits (les loas) sa mythologie et ses rites. Alors qu’on pouvait s’attendre à une resucée des mythes véhiculés par le cinéma occidental, le réalisateur surprend en dépeignant les rites vaudou avec respect et une quête de l’authentique. Que ce soit par les chants aux loas que font les initiés ou les danses autour du potomitan (poteau central symbolisant le lien entre le monde des vivants et celui des esprits) tout cela est filmé sans aucune condescendance. Une sincérité qui rend le film appréciable, malgré la faiblesse de son propos.


A propos de Freddy Fiack

Passionné d’histoire et de série B Freddy aime bien passer ses samedis à mater l’intégrale des films de Max Pécas. En plus, de ces activités sur le site, il adore écrire des nouvelles horrifiques. Grand admirateur des œuvres de Lloyd Kauffman, il considère le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980 comme l’âge d’or du cinéma.

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