Les classiques du cinéma : Le Parrain (Livre) 1


Le Parrain était d’abord un livre de Mario Puzo. La pièce est rendue aujourd’hui avec le livre d’analyse de Jon Lewis édité chez Akileos et uniquement consacré à l’étude du chef d’œuvre mafieux de Francis Ford Coppola.

Tête de cheval à Hollywood

Depuis 2016, votre serviteur plonge dans ce qui est fréquemment considéré comme une des plus grandes œuvres de la culture populaire américaine, la série Les soprano, créée par David Chase. Lorsque l’on me parle de diaporama de la société outre-Atlantique par le prisme de la vie mafioso, c’est à elle que je pense, en priorité, et bien avant les gangsterades de Martin Scorsese. Mais le show né en 1999, s’il est une des tentatives les plus intéressantes et réussies (notamment grâce à sa durée, lui permettant forcément de brasser un spectre plus large que deux, ou trois, ou même six heures dans le cadre d’une trilogie), est loin d’être le premier à avoir tenté le coup, et c’est ce que nous rappelle, entre bien d’autres idées, l’essai de Jon Lewis. Publié aux jeunes éditions, il développe une analyse en trois parties du premier volet de la trilogie Le Parrain, sorti en 1972.

Les axes ne sont étonnamment pas tous liés à l’étude stricte du long-métrage de Francis Ford Coppola : en réalité l’analyse filmique n’est abordée que dans une seule partie du triptyque proposé par le bouquin. Elle se concentre cela dit avec précision (photogrammes à l’appui), sur les motifs de cadrage, de montage, d’écriture (notamment sur les différences avec le roman original) qui font la richesse de ce film usant des trajectoires de la famille Corleone pour traiter les thématiques des conflits de valeur entre générations, de la famille, de la morale du capitalisme, de l’échec de l’intégration, ou justement pas. En parallèle, Jon Lewis en profite pour aborder le symbolisme du personnage du gangster au cinéma, figure tragique miroir de la société américaine. Il se penche avec acuité sur le pourquoi de notre attrait pour ces personnages et par là-même, du pourquoi Le Parrain est un long-métrage qui traita les mafieux d’une manière particulièrement ambiguë et moderne pour l’époque… Le vrai père des Soprano, c’est bien Francis Ford Coppola.

Le deuxième axe d’étude est un récit du off, pour ainsi dire, décortiquant les conditions dans lesquelles s’est monté, s’est tourné, et s’est vendu le film. Des conditions dominées par la personnalité de Francis Ford Coppola et de ses producteurs, annonciatrice de la démesure mégalo qui fera sombrer le tournage d’Apocalypse Now quelques années plus tard, tout autant qu’il élèvera le film au rang de chef-d’œuvre absolu. Entre conflits, manipulations, idées saugrenues alors et historiques aujourd’hui (comme engager Marlon Brando), Le Parrain a été construit sur un terrain glissant et nerveux, dont l’aura perdure encore jusqu’à aujourd’hui… Une place est réservée à la stratégie marketing des financiers du Parrain, permettant bien d’envisager, aussi objectivement que l’on est en droit d’attendre d’un livre d’analyse, que tout aussi talentueux soit un réalisateur, aussi brillant soit une œuvre, le cinéma reste une industrie, et qu’un succès public, qui a eux yeux de l’auteur sauvé financièrement Hollywood, n’est pas sans aller une tactique de communication habile.

La dernière partie de ce livre à la couverture et l’iconographie d’ailleurs très soignées (beau travail d’Akileos pour un livre format poche) s’oriente vers les liens directs entre Le Parrain, le film, et le monde réel du crime organisé. Des rumeurs sur le financement à l’influence du long-métrage sur les mafiosi qui l’ont adopté en passant par les tractations nécessaires avec la Ligue de Défense des Droits Civiques des Italo-Américains, l’étude est aussi amusante qu’intéressante dans l’abolition, ou du moins la frontière floue, entre réalité et fiction, ou quand ces deux dernières dialogues carrément. A part quelques soucis de traduction et des invraisemblances (Big Boy Palme d’Or à Cannes en 1967, ah bon ?) je ne saurais en bref que conseiller l’ouvrage en priorité aux amateurs du film et du cinéma sur la mafia car le rapport quantité/qualité/prix y est absolument positif. De la littérature d’analyse dynamique et aussi riche qu’il est possible de le faire en si peu de pages.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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