Neuf ans après l’hilarant Problemos (2017), incompris à sa sortie et réévalué depuis, et sept ans après une saison 3 de Platane (2011-2019) qui poussait loin les frontières de l’absurde et du croisement des genres – entre réincarnation et film d’espionnage – le Roi Judor est de retour avec une comédie qui porte bien son nom : Le Roi du Game (2026). En s’infiltrant dans l’univers de l’heroic fantasy et des pratiquants de jeu de rôle grandeur nature (GN), Eric Judor offre une nouvelle itération à son habituel personnage, plus tendre sûrement, mais toujours aussi drôle.

© Gaumont / Studio 14 / Polaris
Le Retour du Roi du Game
L’idée originale du scénario du Roi du Game vient de Cédric Prévost. Qu’est-ce qui t’a immédiatement accroché dans ce pitch pour que tu décides de le réaliser et de l’incarner ?
Ce qui m’a sauté aux yeux immédiatement à la lecture du scénario, c’est que cette histoire m’offrait le plus spectaculaire des films que je pouvais faire. L’univers du jeu de rôle grandeur nature (GN) et de l’heroic fantasy transporte tout un tas de codes cinématographiques, et c’était l’occasion, modestement, de se rapprocher du cinéma d’action américain que j’aimais en tant que jeune adulte. Bien sûr, on fait semblant d’être dans un grand film épique, mais quand on fait semblant, parfois, on effleure quand même un petit peu, du bout des doigts, ces moments épiques. Cela m’amusait de faire semblant de faire du grand cinéma, d’en avoir conscience, mais en même temps de prendre plaisir à « faire comme si ».

« Problemos » © Serge Blondeau
On retrouve aussi ton amour des communautés marginales, que tu explorais déjà dans Problemos mais aussi dans l’épisode 4 de la Saison 3 de Platane, quand ton personnage va purger son karma dans un camp d’Ayahuasca !
Cela doit être un peu inconscient, dans le fond, mais en tout cas, c’est un truc qui me suit ! Ce qui m’intéresse, c’est de plonger mon personnage dans des communautés qu’on peut considérer comme bizarres – ou, en tout cas, hors normes – et puis qu’on finisse par se rendre compte qu’en fait, c’est certainement eux, la norme, et pas mon perso, qui se croit être la valeur étalon de la morale et de la « vraie vie ». Cette confrontation entre un mec pétri de certitudes et de mépris, qui débarque dans une communauté qu’il prend de haut, c’est de toute façon une bonne situation de comédie.
Outre les marges, j’ai l’impression que depuis tes débuts avec Ramzy, tu revendiques une certaine tendresse pour les personnages de losers magnifiques. Là encore, l’équipe que rejoint Alex, ton personnage, est une équipe de bras cassés. Même dans des films que tu dis avoir fait pour des mauvaises raisons comme Les Daltons (Philippe Haïm, 2003) ou Double Zéro (Gérard Pirès, 2004) vous incarnez toujours des losers.
Très honnêtement, Les Daltons, on ne l’avait pas fait pour le chèque. C’est un projet qui nous tenait fort à cœur au départ. Le scénario était absolument formidable. On l’avait écrit avec Michel Hazanavicius qui, à l’époque, n’avait pas encore réalisé OSS 117 (2006-2009) et tout ça. Il était considéré par le studio comme un réalisateur de pubs. On a tout fait pour que Michel le réalise, mais on nous a imposé un autre réalisateur et, d’un coup, le scénario a été changé. Ce n’était plus du tout notre projet, on ne s’y retrouvait plus. Maintenant, si on parle des losers dans la comédie, cite-moi un grand personnage comique anglais, américain ou français qui ne soit pas un loser ! C’est pour moi le meilleur point de départ pour être drôle. Je pense qu’il est très compliqué d’être drôle avec un personnage qui est parfait, beau et sans défauts. Au contraire, il te faut un mec qui a deux mains gauches – Pierre Richard – qui est irascible – Louis de Funès – ou qui est complètement à côté de la plaque et de mauvaise foi – Blake Edwards. La très grande majorité des grands personnages de comédie ne sont que des losers, en vrai, mais ils se prennent souvent pour des gens plus malins et intelligents que les autres. Donc, je ne pense pas que nous ayons révolutionné quoi que ce soit en privilégiant ce genre de personnages : on ne fait que suivre le filon de la comédie mondiale.

© Serge Blondeau – Gaumont / Studio 14 / Polaris
Je trouve qu’il y a quelque chose d’intéressant dans tes œuvres récentes, en tout cas celles que tu réalises en solo. C’est que tu dupliques d’une certaine façon le personnage que tu as trouvé dans Platane en en faisant des itérations : Eric, Victor et Alex ont plein de points communs, à commencer par leur couardise, leur mauvaise foi, leur côté mytho. Ce qui demeure quand même intéressant c’est que tu parviens toujours à revitaliser le personnage, même d’une saison de Platane à une autre. Cela me fait penser à certains comiques américains ou anglais qui revendiquent le même type de dispositif en itération : comme Steve Coogan et son personnage d’Alan Partridge ou encore Steve Carell et Ricky Gervais, chacun à leur façon. Est-ce que tu as conscience de cela et comment tu fais pour qu’il s’agisse moins de duplicatas que d’itérations justement ?
Écoute… ce sont des questions que je me pose à chaque fois. Pendant le tournage, j’ai souvent posé la question aux monteurs, Jean-Denis et Joris, vu qu’ils ont un regard plus distant. Je voulais qu’ils m’alertent si je faisais trop le personnage de Platane ou de Problemos. Même sur le plateau, j’ai des garde-fous avec des gens avec qui je bosse depuis longtemps, que ce soit le chef opérateur Vincent Muller, Baptiste Nicolai, qui cadre et est aussi co-auteur de Platane, sans oublier Hafid Benamar, qui est souvent la première personne que je consulte quand j’ai le moindre doute ou besoin d’un avis franc. Tous sont là pour m’aiguiller et m’alerter si je tire trop vers du déjà-vu. Mais la nuance n’est pas énorme. Ce qui me permet de l’adapter, c’est le background qu’on crée au départ. Là, pour le coup, le mec est patron d’une petite boîte de vente en télémarketing, il est père célibataire et a deux enfants qui ne le respectent pas trop. Et puis, il a aussi un passé caché qu’on dévoile durant le film, mais avec lequel je construis l’incarnation du personnage. Et donc, j’essaie de m’approcher au maximum de la vérité de ce personnage avec ses spécificités, tout en ajoutant, bien sûr, la patte de mon personnage comique intrinsèque, qui vient sans doute de Platane. C’est la même chose avec Problemos : il ressemble à mon personnage de Platane dans le caractère, mais ce n’est pas totalement le même gars. Je dirais qu’à chaque fois, ce sont des déclinaisons plus ou moins fortes, plus ou moins colorées du perso de Platane.
Avec Platane tu as presque créé en France un genre en soi ; on peut presque parler de « platanisation » du cinéma français : tout le monde fait son platane. Des séries ou films auto-fictionnels sur le monde du cinéma. Est-ce que tu as conscience de cela ?
Mon inspiration à la base, c’est Curb Your Enthusiasm (Larry et son nombril, 2000-2024), la série de Larry David, et je ne m’en suis jamais caché. Je trouve l’écriture brillante et cela m’a fortement inspiré. Après, dans Platane, j’ai essayé d’y apporter mon écriture à moi, ma sensibilité à moi et mon originalité à moi. Cependant, Larry David n’est pas le premier à faire ça, puisque, avant lui, la référence du genre, c’était le Larry Sanders Show (Garry Shandling & Dennis Klein, 1992-1998), dans lequel Larry Sanders jouait lui aussi son propre rôle. Donc, déjà, je dois admettre que je n’ai rien inventé. Maintenant, en France, c’est vrai qu’après Platane, on en a vu beaucoup, à commencer par Dix pour cent (Fanny Herrero, 2015-2020), mais, sur des personnalités précisément, il y a eu la série de Florence Foresti, celle de Blanche Gardin, plus récemment Paul Mirabel et bientôt Malik Bentalha… et encore, j’en oublie quelques-uns. Donc, écoute, ils peuvent tout à fait dire qu’ils s’inspirent de moi comme ils s’inspirent de Larry David, de la source originale, ça ne me gêne pas. Je pense que c’est aussi lié à l’évolution de l’humour, tout court. Quand je repense à nos débuts sur scène avec Ramzy, les comiques de l’époque – y compris nous – faisaient des sketchs où ils incarnaient des personnages. Puis est arrivé le stand-up, et là, les comiques ont commencé à faire rire avec leur propre personnage et en s’adressant directement au public, comme une confession. Et je pense que cette tendance se répercute aussi dans la fiction.

« Platane S03 » © Canal+
Et pourtant la grande force de Platane c’est que le personnage n’est pas vraiment toi, c’est une sorte de double maléfique.
C’est là où je pense que je suis extrêmement fort (rires, rires, rires). Je déconne, mais c’est pas moi qui l’ai dit, c’est toi. Tu rajouteras quand même « rires, rires, rires » entre parenthèses, s’il te plaît, qu’on ne me taxe pas de me la péter. Mais oui, ce personnage, il est très loin de moi, en fait. C’est-à-dire que, quand je vois la série de Florence Foresti, j’ai vraiment l’impression qu’on n’est pas très, très loin de Florence Foresti. Elle est super sa série, moi je l’adore et tout ça, mais j’ai l’impression que la distance entre elle et son perso n’est pas si énorme. Mon perso, c’est quelqu’un d’autre, quoi. Le meilleur compliment que j’ai eu, c’était quand je pouvais encore faire Touche pas à mon poste – c’était donc lors de la promo de la saison 2, en 2012 : un des chroniqueurs m’avait dit : « Ah, moi, je ne peux pas regarder parce que c’est vraiment Éric Judor. Je ne vois qu’Éric Judor. Donc, pour moi, il n’y a pas de jeu » (rires). J’avais donc réussi à faire passer, chez quelqu’un qui n’avait pas une grande culture de la comédie et de l’acting, que c’était moi et rien que moi. Et je trouve ça formidable ! J’avais entendu je ne sais plus qui dire un truc extrêmement intéressant, donc je vais me l’approprier aujourd’hui : en musique, par exemple, si un pianiste joue du Rachmaninov, ça se voit qu’il est technique. C’est-à-dire que tu ne peux pas avoir un pianiste qui n’est pas technique faire semblant d’être technique. En revanche, la puissance d’un bon comédien qui maîtrise sa technique de jeu, c’est qu’on ne voit plus rien, qu’on ne voit plus la technique. Soudain, tu as l’impression que le mec, il est ce personnage. C’est lui. Et donc, quand on me dit : « Je ne peux pas regarder Platane parce que je te vois, toi, en train de faire le con », c’est génial ! Meilleur compliment.
Mais tu n’avais pas peur qu’à force d’incarner le personnage de Platane, les gens finissent par te confondre avec lui et n’osent plus venir te parler dans la rue ?
(rires) Écoute, je pense qu’il y a pas mal de gens qui me prennent pour un connard, oui ! Après, je pense malgré tout que, pour apprécier Platane, il faut avoir une certaine culture de la comédie, il faut avoir vu des choses qui ressemblent à mes référents, comme Curb Your Enthusiasm ou The Office (Ricky Gervais & Stephen Merchant, 2005-2013). Et si tu n’as pas vu ça, tu peux confondre et te dire que Judor, en fait, est vraiment un connard, raciste, misogyne, lâche et légèrement nazi avec ça (rires). Après, même sans incarner son propre rôle, on peut se faire taxer de trucs… J’ai lu des tweets où on me traitait de pédophile à la suite de Problemos : « Ouais, franchement, comment vous pouvez aimer ce mec qui court pendant tout le film après une gamine de 16 ans ? ». Je trouve ça fabuleux. À mon avis, les mêmes mecs pensent qu’après sa journée de tournage sur Le Silence des agneaux (Jonathan Demme, 1991), Anthony Hopkins bouffait vraiment des gens. « Coupez ! Allez, ramenez-moi un enfant que je le bouffe ! » (rires). Nan, mais franchement, quand tu réussis à faire croire en ton perso à ce niveau-là, pour moi, c’est une forme de compliment, ce genre d’insultes.

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Pour rebondir sur ce personnage, souvent, il est associé à un ton un peu corrosif, un peu mordant voire moqueur. J’ai lu énormément de commentaires de pratiquants gnistes ou amateurs de jeu de rôle qui craignaient, sans avoir vu le film, que Le Roi du Game se moque d’eux. Or, je trouve que l’une des très grandes qualités du film est la tendresse et l’émotion qui s’en dégagent. Avais-tu conscience de la crainte que cela pouvait générer dans la communauté ?
Non seulement j’en avais conscience, mais je fonçais droit dedans au début. C’est-à-dire qu’avant de démarrer le tournage, je suis allé à un GN pour me documenter et comprendre comment ça fonctionnait. Et je suis rentré dans ce GN exactement comme mon personnage. Genre : « Regarde-les, ils mettent des casques et des capes et se prennent pour des orcs et des nains, n’importe quoi ! ». Et puis, le fait d’avoir passé une journée avec eux, je me suis dit : « Mais en fait, ils font ça avec passion, ça me touche ! ». Ils préparent ces week-ends avec minutie, ils fabriquent eux-mêmes leurs costumes et ça leur prend un temps fou, les scénarios sont bossés, ils fabriquent des décors et des accessoires de fou : tout est fait d’une manière extrêmement sérieuse pour que, derrière, ils puissent s’en détacher et s’amuser, profiter de l’immersion et de cette bulle hors de leur quotidien. Donc, je ne pouvais que respecter ces gens et leur passion. Je me souviens qu’on avait eu un débat au début avec les producteurs, où on se demandait s’il fallait pousser les curseurs du kitsch avec des épées fluos qui font des bruits ridicules quand elles se tapent. Mais, à mon retour de cette immersion dans le GN, je me suis ravisé : cela aurait été ridicule de représenter ça ainsi, ce n’est pas du tout ce qu’ils font. Donc, respectons-les et amusons-nous avec eux plutôt que d’eux, c’était ça, mon leitmotiv. À partir de là, j’ai souhaité qu’on ait un maximum de figurants qui soient eux-mêmes gnistes. Donc, ils étaient sur le tournage avec leurs propres costumes et ils étaient les premiers spectateurs des séquences, et n’hésitaient pas à nous dire ce qu’ils en pensaient ! On avait aussi une sorte de référent GN, qui nous disait ce qu’on pouvait faire ou ne pas faire, qui nous proposait des alternatives. C’était hyper utile pour ne pas faire totalement n’importe quoi, mais après, on s’en est naturellement affranchi quand même, parce que ce n’est pas un documentaire sur le GN et qu’il fallait qu’on déroule une histoire et qu’on fasse une comédie. On n’a pas suivi ses conseils à la lettre, mais on les a beaucoup écoutés.

© Serge Blondeau – Gaumont / Studio 14 / Polaris
Certains des gnistes qui apparaissent à l’écran ont-ils eu l’occasion de découvrir le film ? Si oui, quels ont été leurs retours ?
Ils sont ravis ! Ils se rendent bien compte qu’on a pris quelques libertés, mais ils ne nous en veulent pas pour ça. Vraiment, il y a eu un truc hyper bienveillant et ils ont bien relayé le film sur leurs réseaux et tout ça. C’est plutôt très bien pris. Et il y a d’ailleurs pas mal de gens, pendant la tournée en province, qui nous disaient, lors des débats après les projections, que le film leur avait donné envie de faire du GN ! C’est le meilleur signe, en vrai. Si on les avait montrés comme des bouffons, personne n’aurait voulu les rejoindre.
Ce qui est intéressant, c’est qu’une certaine presse spécialisée, qu’on qualifierait un peu d’« intellectuelle », reproche au film de ne pas être assez méchant et moqueur. Cela en dit long sur le mépris institutionnel envers la culture populaire et cette communauté qu’on qualifie vulgairement de « geek ».
Oui, j’ai lu les critiques auxquelles tu fais référence. Je comprends qu’ils rêvaient que j’y aille d’un ton un peu plus acerbe et ironique et qu’ils étaient très déçus, finalement, de ma bienveillance. Ils se sont dit : « Ah ! Éric Judor qui parle du GN, putain, on va se marrer, on va bien se foutre de leur gueule, à ces geeks ! ». Est-ce que ça traduit un mépris institutionnel envers la culture geek ? J’en sais rien, sans doute un peu, mais je ne me risquerais pas à tous les mettre dans le même sac et à faire un procès de la presse qui serait un peu définitif. Après, c’est comme ça, des fois, ils me suivent, des fois, ils ne me suivent pas. Là, en l’occurrence, c’était assez péremptoire sur le film. En tout cas, ils avaient chacun leur manière de défoncer le film, mais c’est vrai que j’ai beaucoup lu qu’on s’attendait à un truc plus mordant, comme s’il fallait obligatoirement se moquer. Ça me questionne.
Ce qui est absurde c’est qu’à l’époque de Problemos tu avais eu l’inverse : les gens t’avaient beaucoup reproché un ton trop mordant et moqueur à l’égard des zadistes.
Ah bah, dès qu’on touche à des idéaux politiques, les sentences sont bien plus lourdes. À la sortie de Problemos, j’ai lu que c’était un film de gros droitard, que j’attaquais une certaine gauche et son idéal de société. Alors qu’en réalité, le personnage dont je me fous le plus dans ce film, c’est celui que j’incarne : ce Parisien pédant qui arrive avec toutes ses certitudes et se fout de la gueule de tout le monde. Au final, c’est lui qui tranche littéralement des têtes et devient un tyran. Après, bien sûr que le film caricature les zadistes, mais pas sans tendresse.

© Serge Blondeau – Gaumont / Studio 14 / Polaris
Quel était d’ailleurs ton propre rapport au jeu de rôle ? C’est un univers avec lequel tu étais familier ?
Quand j’étais au lycée, en terminale ou en première, j’avais un pote qui écrivait des scénarios de jeux de rôle et qui, tous les vendredis soir, venait à la maison et on jouait dans la cuisine. Et moi, je trouvais ça génial, parce que j’avais soudain un endroit où je pouvais balancer toutes les idées que j’avais, qui se bousculaient dans ma tête. Sans le savoir, je commençais à créer des personnages, à écrire, à inventer des histoires, à gérer ma répartie, à bosser mon impro. Sauf que j’allais trop loin. Je m’inventais des pouvoirs en plus. Je changeais de personnage toutes les semaines. Je faisais des voix, des accents. Jusqu’à ce que ça énerve le maître du jeu et qu’il me vire du truc au bout de trois mois : « Écoute, Éric, c’est relou, on ne peut pas jouer avec toi, tu changes tout le temps l’histoire ! » (rires). Donc, je me suis fait virer, mais ils ont continué de jouer sans moi, toujours chez moi ! Dans ma cuisine ! Après, j’avais des parents milliardaires, donc je pouvais aller dans ma deuxième cuisine ou dans l’une de mes deux piscines couvertes pour faire des longueurs. C’est l’avantage d’être multimilliardaire : on avait tout en double !
Mais d’ailleurs, la pratique des Gnistes relève directement du jeu d’acteur, est-ce que c’est par ce biais que tu as pu aussi connecter avec cet univers ? Plus généralement, est ce que cela ne reconvoque pas chez toi la pratique du jeu au sens enfantin, le fait de jouer comme joueraient des enfants, ce qui est quelque chose que vous revendiquiez dès vos débuts avec Ramzy.
Ouais, carrément. C’est le parallèle que j’ai fait le plus souvent quand on me posait la question : « Est-ce que ça vous a donné envie de faire du GN ? ». Ce à quoi je répondais généralement qu’on faisait, en fait, exactement le même métier, sauf qu’ils le font les pieds dans la boue et moi avec du caviar et du champagne dans la loge, ou quasi (rires). On fait la même chose, c’est-à-dire qu’on déroule un scénario, on joue des personnages, on met des costumes, tout ça. Eux, ils le font par passion et y perdent de l’argent ; moi, je le fais par passion, mais aussi pour nourrir mes cinq enfants. Pour le reste, la dimension enfantine, le fait de jouer à « on dirait qu’on était des elfes », je ne l’ai pas totalement conscientisée. Ce n’est pas totalement faux, ça relève certainement d’une part d’enfance. Mais là encore, ils le font tellement sérieusement que, si on en avait fait des gamins dans des corps d’adultes, on se serait foutu de leur gueule. Moi, ce qui m’intéressait, c’était, à l’inverse, le côté réaliste, le fait qu’ils faisaient tout pour que ce soit épique et immersif, et de venir casser ça par des effets de rupture quand les persos invoquent le HRP (hors role-play). S’il faut invoquer l’enfance, c’est plus dans cette idée de casser le jouet.

« Tout Simplement Fan » © Amazon Prime Video
On retrouvait déjà cet esprit dans le prank Tout Simplement Fan que vous avez sorti sur Amazon Prime cette année, où cette fois il ne s’agissait pas de se déguiser en elfes et en orcs mais en cow-boys et en Indiens, jusqu’à tout faire péter à la fin.
C’est notre côté sales gosses avec Ramzy, et c’est peut-être pour ça, je pense, qu’on garde encore un lien avec la jeunesse, même s’il se réduit de plus en plus, il s’affine, le fil risque bientôt de se péter ! (rires). Mais on reste quand même encore un peu connectés à cette jeune génération, parce que je pense qu’on dégage un truc irrévérencieux de mecs qui ruent dans les brancards, qui ne respectent pas l’autorité et qui cassent leurs jouets. C’est encore plus évident quand on est ensemble, car, à deux, on démultiplie cette espèce de force incontrôlée, incontrôlable, bruyante et qui, potentiellement, peut péter des objets ! (rires). Et fondamentalement, il y a un truc qui renvoie à la jeunesse là-dedans. L’envie de casser les codes, de ne pas accepter le cadre, de renverser la table, tu vois, et de dire… Ouais, on n’aime pas cette règle, alors on la change. On aime bien ça !
Déjà dans tes films avec Ramzy, mais aussi désormais en solo, tu œuvres toujours sur une frontière très fine entre l’hommage et la parodie. Ce n’est jamais totalement ni l’un, ni l’autre. En abordant le monde du jeu de rôle grandeur nature, tu convoques forcément les codes de l’heroic fantasy et des grands films matriciels. Comment as-tu dealé avec ça ? C’était un référentiel en matière de codes de mise en scène ?
Oui, bien sûr. Là-dessus, il faut que je rende grâce à mon chef opérateur, Vincent Muller, qui s’est beaucoup renseigné, qui a étudié les plans, la manière dont on filmait les batailles, etc. pour en reprendre les codes au maximum, même si, évidemment, on n’avait pas les moyens de Peter Jackson sur Le Seigneur des Anneaux (2001-2003) ! Mais en reproduisant quelques images types, je trouve qu’on parvient à être assez fidèles à cet univers-là. On fait des hommages par-ci, par-là. Ça reste une comédie, mais on a réussi à convoquer l’esprit d’aventure, je trouve.
En même temps, le fait que la pratique du GN est par nature un peu kitch – les gens sont déguisés, portent des perruques et des armes en plastique – cela vous accordait la possibilité de ne pas être à la hauteur des curseurs des gros films d’heroic fantasy. C’est malin.
C’est ce qui est génial ! Franchement, je trouve qu’on a le meilleur mariage possible. On peut essayer de faire des trucs épiques et, quand ce n’est pas complètement réussi, on peut dire : « Ouais, mais on fait semblant ! » (rires).

© Serge Blondeau – Gaumont / Studio 14 / Polaris
À ce titre, la musique de Ludovic Bource est pour beaucoup dans l’ambiance émouvante et épique du film.
Ce mec est exceptionnel ! Pour rappel, il a eu un Oscar pour la musique de The Artist (Michel Hazanavicius, 2011), rien que ça. Ce n’est pas la première fois que je bosse avec lui, puisqu’il avait fait la musique de Problemos, qui est une très belle musique aussi. Lors de la tournée d’avant-premières, souvent, j’allais discuter avec le public après le film. Des fois, je rentrais un peu avant, et tu as toujours un sas entre le couloir du cinéma et la salle de cinéma. Dès que je rentrais dans ce sas, j’entendais la musique et ça me donnait tout de suite des frissons. J’avais vraiment l’impression de rentrer au cinéma. Ça me renvoyait à ma petite enfance, quand j’allais voir Star Wars et tout ça. Tu rentrais dans l’univers d’abord avec la musique. C’était ta première porte d’entrée dans le cinéma américain, le cinéma d’envergure, avec une musique épique, une musique avec des violons. Avant même de voir les images, tu savais que le film allait avoir de l’ampleur. Avec tellement moins de moyens que John Williams, c’est ce que Ludovic a réussi à faire. C’est une musique extraordinaire, sans laquelle ce ne serait vraiment pas le même film.
Tu postes d’ailleurs sur Instagram depuis quelques jours, en collaboration avec Ludovic Bource, des petites vidéos sur la fabrication et l’enregistrement de la musique (VOIR LES VIDEOS).
Oui, c’est super ! Ça dévoile un peu le processus. On utilise les vocaux qu’on s’envoyait durant le travail de composition. Dans certaines de ces petites capsules, on l’entend me proposer des thèmes en les chantonnant de façon… approximative (rires), ou alors en les jouant sur son clavecin. Je flippais toujours un peu, mais je me reposais sur l’expérience que j’avais eue avec lui auparavant, avec Problemos, et sur le fait qu’il ait eu un Oscar. Je me disais : « Non, mais le mec a eu un Oscar, ça ne peut pas être aussi nul que ce qu’il vient de me jouer au clavecin ». Et après, ça se précisait, dès les premières maquettes, mais encore plus une fois qu’il avait enregistré avec l’orchestre. Soudain, on comprenait ce qu’il avait dans la tête, tout devenait évident, construit. Il a un univers dingue, ce mec, une réflexion très profonde sur la musique. Et sa musique est vraiment universelle : quand on a fait la projection à Austin, au Texas, au Fantastic Fest, j’étais tellement fier de pouvoir leur montrer qu’une comédie française pouvait avoir ce degré d’exigence, notamment en termes de musique originale.

© Serge Blondeau – Gaumont / Studio 14 / Polaris
L’une des constantes de tes films c’est aussi la notion de comique troupier, on retrouve pas mal de tes acteurs fétiches (notamment certains vus dans Platane ou Problemos) ainsi que de nombreuses nouvelles têtes, surtout jeunes. Et en règle générale, il ne s’agit pas forcément de comédiens qu’on dirait « bankable ».
J’essaie quand même de me renouveler, d’incorporer de nouvelles têtes à la bande. Ne serait-ce que pour me confronter à la jeunesse, à un esprit vif et différent, et aussi pour ne pas être ce vieux ringard qui fait éternellement les mêmes films avec les mêmes personnes. Et puis, quand je reprends les mêmes qu’il y a neuf ans, c’est parce que je les trouve extrêmement talentueux, mais sous-employés. Hafid F. Benamar, c’est un génie, mais on ne le voit nulle part. Yann Papin ou Eddy Leduc, on ne les voit nulle part aussi… Et ce sont trois acteurs brillants. Même Marc Labrèche – qui est une méga star au Québec, c’est le Alain Chabat Québécois ce mec – il est brillant ! Je suis hyper fan du génie comique de ce mec depuis Le Coeur à ses Raisons (2005-2007) et je trouve ça fou qu’il n’ait jamais joué au cinéma en France ! On l’avait déjà fait venir sur Tout Simplement Fan et ça m’a semblé logique de lui confier ce rôle dans Le Roi du Game. Alors, effectivement, on peut dire que je prends tout le temps les mêmes… mais si tout le temps c’est une fois tous les sept ou neuf ans, on ne peut pas dire qu’on s’en lasse, de ces têtes-là ! D’une part, ce sont des acteurs qui ne t’aident pas à financer un film, parce que, justement, ce ne sont pas des têtes d’affiche, mais ce sont avant tout d’excellents comédiens, qui sont très justes et qui pourront incarner un personnage sans qu’on se dise : « Ah, c’est le mec de tel film, c’est machin ». C’est des gens comme toi, qui connaissent un peu ma filmographie, qui vont se dire : « Ah oui, je l’ai vu dans Problemos, ou alors, tiens, lui, c’est le shaman chelou dans Platane ». Et qui a vu Platane ? Et qui a vu Problemos ? Pas grand monde (rires) !

© Serge Blondeau – Gaumont / Studio 14 / Polaris
À l’inverse, Alexandra Lamy est clairement dans la catégorie « bankable » quand on regarde les scores des nombreux films dans lesquels elle joue chaque année.
Alors, j’ai cette chance, effectivement, d’avoir pris quelqu’un qui est grand public, très « TF1 compatible », et qui, pour autant, s’adapte totalement à mon univers, qui est beaucoup moins « TF1 compatible » (rires). Elle a réussi avec brio à faire le petit pas de côté avec nous, et ça sonne juste. En fait, elle joue les choses tellement à fond qu’on croit tout de suite aux personnages qu’elle incarne. Je ne vois pas du tout Alexandra Lamy déguisée en elfe, je vois vraiment une prof de maths qui se déguise en elfe le week-end ! Et puis, elle a cet enthousiasme : elle y va tout le temps la fleur au fusil, donc c’est un truc qui n’est pas négligeable. Ce n’est pas une comédienne qui attend dans sa loge qu’on tourne, c’est une comédienne qui est sur le plateau, qui regarde les scènes des autres, qui s’intéresse à ce qui se passe. Elle propose beaucoup, elle est hyper forte en impro. Je me suis marré sur le tournage avec elle, et encore plus en promo. Je ne m’attendais pas à me marrer autant. Je savais qu’elle était bonne en impro, mais elle est vraiment ultra-réactive et généreuse. Et surtout, j’ai l’impression qu’on a quelque part construit un univers commun ensemble. Moi, je me suis rapproché du sien, elle s’est rapprochée du mien. On parle le même langage maintenant, elle est moi. Sur le papier, ce n’était pas forcément évident.
C’est aussi toi qui es derrière la caméra. À quel point est-ce difficile de se diriger soi-même dans un rôle ? Quel impact concret cela a dans ton rapport au jeu ?
Écoute… j’ai mes garde-fous, encore une fois ! Baptiste Nicolai et Vincent Muller m’ont dans leurs œilletons, donc ils m’observent et me font des retours sur mon jeu. Hafid Benamar est un vieux complice de jeu, mais il est aussi réalisateur, donc il m’épaule sur les deux versants. Parfois, quand je termine une prise, je peux dire : « Ouais, c’est super, on passe à la suite, c’était génial ! ». Et eux peuvent venir me voir et me dire : « Va la revoir au combo quand même, tu peux sûrement faire mieux » (rires). C’est très important de ne pas s’entourer que de yes men qui valident tout ce que tu fais. Au contraire, autour de moi, j’ai vraiment des gens qui me disent les choses, heureusement. Et puis, sur la longueur, j’ai aussi mes monteurs, Jean-Denis Buré et Joris Laquittant, qui sont vraiment un très bon écho de vérité. Ils reçoivent généralement les rushes le lendemain de chaque journée de tournage, et on en discute. C’est-à-dire que je peux les appeler pour dire : « Ouais, les gars, vous avez vu les rushes, c’est génial, non ? ». Et eux vont me répondre : « Oui, c’est génial, mais… fais attention à ci, à ça ». Ils sont capables de me dire à quel endroit ça pourrait pêcher et de repérer des trucs qu’on ne voit pas nécessairement quand on a la tête dans le guidon. Bref, je suis ouvert aux avis et ils n’ont pas peur de le donner.
Ta comédie est souvent enrichie d’improvisation ce qui dois, j’imagine, amener autant de sorties de route que de trouvailles géniales. S’autoriser autant d’improvisation nécessite-t-il un dispositif de tournage particulier ?
Oui, puisque je n’aime pas improviser tout seul. L’idée, c’est d’improviser avec les partenaires pour capter leurs réactions, que tout le monde ait la place de s’exprimer. Et donc, cela nous oblige à tourner systématiquement à deux caméras, en tout cas pour ce qui est des champs-contrechamps. C’est quelque chose que j’ai développé depuis Platane et que je ne me verrais pas changer, en tout cas dans un cadre comme celui-ci.

© Serge Blondeau – Gaumont / Studio 14 / Polaris
Quelle répercussion cela a ensuite au montage ? On dit souvent que le montage est la troisième écriture du film, qu’il faut parfois apprendre à se détacher de son scénario, mais dans ton cas, vu que tu greffes beaucoup d’improvisations, c’est un peu l’inverse. Le montage est là pour consolider le scénario ?
La première répercussion, c’est qu’ils ont beaucoup à dérusher (ndlr : l’action de regarder, d’annoter et de sélectionner les meilleures prises). Et puis, surtout, comme généralement une impro ne ressemble absolument pas à une autre et qu’on peut en faire une par prise, même dans une seule et même scène, c’est un peu un casse-tête pour nous tous de se dire laquelle est la meilleure impro. Donc, il faut faire des choix. Parfois, on se concerte, on se dit : « Tiens, on est à deux contre trois pour cette impro, on pense que c’est cette prise qui est la plus drôle ». Et moi, je dis : « Non, je pense que c’est l’autre ». Alors, des fois, on prend un petit bout du début de celle-là et on prend un gros bout de l’autre. C’est un débat permanent, en fait, le montage. Après, ce que j’ai compris aussi, c’est que, dans Platane, je peux me permettre des improvisations et des digressions interminables et les conserver parce qu’elles sont drôles, mais, dans un film, où j’ai un temps plus limité pour dérouler mon histoire, je suis obligé de revenir régulièrement au scénario. Si tu ne tiens pas ta ligne narrative, tu peux vite perdre le spectateur. Il y avait notamment un truc que j’adorais au début du film, quand je suis au travail avec mon micro et mon petit ampli qui grésille et fait des larsens. J’en faisais des tonnes, j’adorais ça. La séquence s’éternisait jusqu’au malaise, elle durait genre quatre minutes. Jusqu’au dernier moment, je me suis battu avec la production pour la conserver telle quelle. Mais on a fait plusieurs projections tests, et il revenait souvent que cette scène nous faisait un peu trop basculer dans Platane. On l’a donc rabotée à mort, à mon grand regret. Mais, au final, je comprends : on envoyait un faux signal d’emblée.
S’il on s’intéresse au film, ce n’est pas uniquement parce que notre rédacteur en chef en a co-signé le montage, mais aussi parce que ton œuvre est souvent au carrefour des cinémas de genres. Dans Seuls Two (Éric Judor & Ramzy Bedia, 2008) et Problemos tu confrontes ta comédie aux codes du cinéma postapocalyptique ; dans Problemos et La Tour 2 contrôle infernale (2016), il y a même des vrais visions gores – je pense par exemple à la scène de geyser de sang quand Ramzy se fait trancher les mains dans La Tour 2. Est ce qu’on aura l’occasion un jour de te réinviter pour une comédie gore ? À moins que tu aies déjà en tête l’envie de pirater un autre genre ?
La réponse est oui ! Le prochain film qu’on va faire, c’est Éric & Ramzy contre les extraterrestres. C’est un film qu’on va écrire exclusivement pour YouTube, puisqu’on va être, je pense, les premiers acteurs de cinéma à balancer un film gratos sur YouTube. On veut s’inspirer du ton de Widow’s Bay (Katie Dippold, 2026), que j’ai adoré. Globalement, je suis très client du mélange des genres et, là, mon envie du moment, c’est de réussir à faire peur, parce que, quand tu fais peur, la moindre petite vanne derrière pour désamorcer devient une énorme vanne pour les gens, parce qu’en fait, tu relâches la pression. Et puis, peut-être que je m’avance un peu trop, mais j’ai l’impression que faire peur relève avant tout de codes – un certain cadrage, une certaine musique, etc. – et que, certes, il faut les maîtriser, mais que, sur le papier, ce sont des mécanismes relativement faciles à appliquer, à condition d’être bon élève, d’être scolaire. Par ailleurs, je maîtrise pas mal la comédie de malaise, et la peur et le malaise m’ont l’air de relever un peu des mêmes mécaniques, à savoir créer une sorte de mini-tension qui se désamorce (ou pas) par le surgissement d’un truc flippant ou d’un truc marrant.

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Avant de nous quitter, on sait que vous avez tourné avec Ramzy un nouveau film, Signaux (2027) avec Quentin Dupieux, vingt ans après le génial Steak (2007). Qu’est-ce que tu as le droit de nous en dire ?
Je l’ai vu hier pour la première fois. Que vous dire… C’est une expérience… Et elle risque d’en laisser beaucoup sur le bas-côté. On avait quand même pas mal effrayé notre public avec Steak à l’époque, donc, quand on a envisagé de se reformer derrière la caméra de Quentin, on s’est dit qu’on se devait de revenir avec un truc aussi fou, de prendre des risques et de se réinventer une nouvelle fois. Que vous dire… C’est une expérience… Je l’ai déjà dit ? (rires). Tout est neuf : le rythme, le propos… Ce n’est pas un film de Dupieux ou un film d’Éric et Ramzy… Que vous dire… c’est une expérience (rires).
Propos d’Éric Judor
Recueillis et retranscrits par Enzo Durand



