The Rip   Mise à jour récente !


Le duo iconique Matt Damon/Ben Affleck se reforme sous la caméra de Joe Carnahan pour The Rip (2026), un thriller tendu où toutes les trahisons sont permises. Est-ce le retour en grâce du réalisateur de Narc (2002) et du Territoire des loups (2012), ou du contenu de plus destiné à remplir la base de données de Netflix ?

Quatre policiers en tenue d'intervention avec gilets pare-balles, discutent à l'arrière d'un camion de police blindé dans le film The rip.

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The B-Team

C’est toujours regrettable de perdre un réalisateur dans les limbes de la médiocrité, et c’est ce qui commence à guetter Joe Carnahan qui n’a jamais retrouvé la formule magique de ses débuts. Révélé aux yeux du monde avec le très réussi Narc (2002), il a vite été invité à faire plus, avec plus de sous, et ne s’est pas privé avec Mise à prix (2007), L’Agence tous risques (2010) et Le Territoire des loups (2012). Sauf que depuis le cinéaste semble cramé, incapable de réaliser le moindre bon film enchainant les déconvenues artistiques comme Boss Level (2021) ou Shadow Force (2025), nanar intergalactique avec Omar Sy. Lui qui savait si bien emballer des scènes d’action ou de pure tension enchaine désormais les productions comme d’autres enquillent les bières un soir de Saint-Patrick – trois longs-métrages en quinze mois, telle est l’addition. C’est dans ce marasme qu’il dégaine The Rip (2025), produit et interprété par le duo d’amis de toujours Matt Damon et Ben Affleck. Un polar rugueux et burné comme il les aime sonnant comme un retour aux sources de sa filmographie.

Sandino Moreno et Teyana Taylor assises contre un des bureaux du commissariat, semblant écouter attentivement, mais avec une pointe de distance, quelqu'un ; plan issu du film The rip.

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Alors autant le dire d’emblée : The Rip n’est clairement pas au niveau de Narc. S’il retrouve son doux monde des policiers américains les yeux plissés à la moindre occasion, le nouveau film de Carnahan n’a pas sa puissance ni sa folie. Narc, produit par Tom Cruise qui croyait dur comme fer au projet au point de lui proposer la réalisation de Mission : Impossible 3 (J.J. Abrams, 2006), avait en son sein une forme d’insouciance liée à la jeune expérience du réalisateur. The Rip est beaucoup plus conscient de lui-même – et de ses enjeux économiques – pour retrouver la magie des débuts. Le récit avance dans une forme de mécanique bien trop huilée et programmatique pour surprendre et renouveler le genre, ce qui a été en partie regretté par Matt Damon lui-même – dénonçant les méthodes scénaristiques de Netflix appuyant plus que de raison sur les points clés de l’intrigue pour ne surtout pas perdre l’attention du spectateur. The Rip reprend donc ces procédés d’exposition et de répétition pour installer son histoire alors qu’il n’en fallait pas tant pour comprendre les différents enjeux. 

Le long-métrage commence par un assassinat, celui de la capitaine de police Jackie Velez. Très vite, le FBI suspecte l’un des membres de l’unité antidrogue à laquelle la victime appartenait. C’est dans ce contexte de suspicion généralisée que lieutenant Dane Dumars, joué par Matt Damon, invite ses collègues dont le détective JD Byrne, interprété par Ben Affleck, à une descente dans un repère où se trouve une importante somme d’argent liée au cartel du coin. La nuit avance et les uns et les autres se demandent quoi faire de cet argent alors qu’ils sont menacés par les trafiquants et, surtout, s’interrogent sur la taupe au sein de l’unité. Un postulat de départ fleurant bon le huis clos comme on les affectionne. Et dans ses meilleurs moments, The Rip fonctionne bien au niveau de sa tension. On prend un malin plaisir à tenter de déceler qui est l’infiltré du groupe – même si la surprise s’évente un peu trop rapidement – et à mesurer les rapports de force qui ont lieu sous nos yeux. Les rebondissements sont téléphonés et même capillotractés, mais le long-métrage peut se vivre comme une série B sans prétention fonctionnant plutôt bien dans l’ensemble.  

Matt Damon et Ben Affleck, une torche à la main, enquêtent et scrutent dans une pièce aux murs blancs ; scène du film The rip.

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Cette paranoïa ambiante est incarnée par une belle brochette de comédien.nes – car oui, il y a des femmes au milieu de toute cette testostérone – composée de Teyana Taylor, vue l’année dernière dans Une bataille après l’autre (Paul Thomas Anderson, 2025), de Scott Adkins, de Nestor Carbonell, de Sacha Calle ou encore de Steven Yeun. Chacun.e incarne un archétype de ce genre de film, évidemment, mais chacun.e parvient miraculeusement à tirer son épingle du jeu. On soulignera aussi la présence de l’excellent mais toujours sous-exploité Kyle Chandler. Toutefois la part belle est donnée au duo de stars sur lequel toute la promo du film est axée. Ben Affleck – que j’aime beaucoup au demeurant – joue toujours en sous-régime, trainant sa carcasse de Droopy film après film, mais arrive à toucher juste. Et Matt Damon, toujours impeccable, donne corps à ce lieutenant qui devra résoudre l’énigme. Leur camaraderie réelle est comme toujours bien exploitée. Les deux ont traversé trente ans de cinéma de Will Hunting (Gus Van Sant, 1997) à The Rip en passant par Dogma (Kevin Smith, 1999) ou Le dernier duel (Ridley Scott, 2021), et cela se sent. 

En définitif, The Rip ne changera clairement pas la face du polar made in Netflix quitte à finir comme un produit de plus dans les tréfonds du catalogue, la faute à trop d’insistances et de facilités sur le plan scénaristique et à un sentiment de produit quelque peu interchangeable et formaté. Il reste suffisamment bien emballé pour séduire le temps d’une soirée. Cela ne signera pas la résurrection de Joe Carnahan, pas encore, mais cela amorce un bon début de réflexion sur la suite à donner à sa carrière. C’est tout le mal qu’on espère pour le réalisateur américain qui sait tenir une caméra et imposer une atmosphère. En attendant, on pourra vérifier courant 2026 si The Rip était juste un léger sursaut ou un vrai début de renaissance avec son troisième film de l’année, Not Without Hope, toujours inédit en France et qui semble vouloir courir après le Carnahan du Territoire des loups.        


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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