Fort de figures aussi emblématiques que Pennywise, le Joker ou Art, le clown nous revient pour une nouvelle itération qui avait tout pour nous séduire : La Nuit des Clowns (Eli Craig, 2025). Dézingage d’ados cons comme la Lune, whodunit en bonne et due forme et le réalisateur du sympatoche Tucker et Dale fightent le mal (2010) derrière la caméra, la promesse était trop belle et la déception que plus grande…

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Du sang sous le chapiteau

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Les clowns, c’est un peu comme les requins : rares sont les attaques dans la vie réelle, mais nombreuses sont les œuvres cinématographiques à en faire des antagonistes redoutables. Si Pennywise de Ça (Tommy Lee Wallace, 1990) est l’un de leurs plus illustres représentants, on peut citer le Capitaine Spaulding de La Maison des 1000 morts (Rob Zombie, 2003), ou encore, plus récemment, Art de Terrifier (Damien Leone, 2017). La particularité de ses figures horrifiques, c’est que l’on ne sait que peu de choses à leurs sujets et que leurs agissements sont motivés par une certaine idée du chaos. Le cinéma a donc essoré l’image du clown – plus d’une centaine de long-métrages la reprend ! – et, avant le retour de Grippe-Sou dans la série Ça : Bienvenue à Derry (Andy & Barbara Muschietti, 2025), c’est une nouvelle variante qui nous est proposée avec La nuit des clowns (Eli Craig, 2025). Dans ce film on nous rejoue le coup classique de Quinn, une jeune femme et de son père qui déménagent à Kettle Spring, dans le trou du cul de l’Amérique pour tourner la page après un drame familial. Arrivée sur place, Quinn se lie rapidement d’amitié avec des jeunes qui lui expliquent les us et coutumes de la bourgade et lui racontent sa mascotte : Frendo le clown. Une fête est donnée tous les ans en l’honneur de cette dernière et, comme on pouvait s’en douter, les choses virent au drame quand des adolescents disparaissent.
Le premier intérêt de La nuit des clowns, en tous cas sur le papier, c’est l’idée assumée dès sa bande-annonce de faire de ce tueur masqué une entité à la Michael Myers ou Ghostface. En clair, faire un whodunit pour chercher à savoir qui se cache derrière le masque et quelles sont ses motivations. Cela dénote des autres clowns suscités qui sont, pour leur grande majorité, entourés d’une forme de mystique lorgnant vers le fantastique. Surtout le second intérêt était de revoir Eli Craig reprendre le chemin des plateaux. Le réalisateur était derrière Tucker et Dale fightent le mal (2010), considéré comme culte par certains, et on ne l’avait plus revu depuis Little Evil (2017). Deux longs-métrages horrifiques lorgnant largement vers la comédie et qui laissait présager un regard différent pour cette Nuit des clowns. Or, il n’en sera rien. Tout d’abord, l’aspect whodunit est totalement sabordé par une révélation présentée bien trop tôt et qui déjoue d’emblée toute idée de tension. Sans spoiler, ce final rappelle davantage celui de Hot Fuzz (Edgar Wright, 2007) que celui de Scream (Wes Craven, 1996), et par pour son humour. Car oui, même de ce point de vue, alors que son premier film était par moment très drôle, Eli Craig ne sait pas comment doser l’humour, voire s’il faut vraiment y recourir. Son deuxième effort a donc systématiquement le cul entre deux chaises, n’étant pas tout à fait premier degré ni franchement une parodie.

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Et si Tucker et Dale fightent le mal et Little Evil ne brillaient pas toujours par leur finesse, reste qu’ils étaient assez bien troussés pour convaincre de la présence d’un véritable réalisateur à la barre. Ici, dans La nuit des clowns, Eli Craig n’apporte clairement le même soin à sa mise en scène et peine à instiller le moindre sentiment de peur. Chaque mise à mort, chaque course-poursuite ou chaque situation menaçante est mise en scène platement et sans le moindre sens de l’épouvante. C’est d’autant plus dommage de rater cet aspect-ci que c’était celui, sur les éléments promo, qui semblait le plus convaincant. Pour le reste, Craig filme sans inspiration aucune des rapports père/fille vus et revus ou des amourettes adolescentes dont le twist s’avèrera plus surprenant que l’identité du clown. Alors oui, on sent ici et là le début d’un propos sur l’époque, les courants réactionnaires aux États-Unis et sur les jeunes d’aujourd’hui, mais le traitement est parasité par ce dont on parlait plus haut : le manque de parti pris clair quant à la tonalité du long-métrage. Autant dire qu’une fois les révélations passées et la déception globale confirmée, le visionnage devient de plus en plus pénible, le film ne tirant jamais parti de ses mises en place, de son cadre géographique et de ses champs de maïs. Dire qu’il reste encore deux romans à adapter en cas de succès…
Côté casting, si nous ne sommes pas face à une catastrophe industrielle, nous ne serons tout de même pas éblouis par la qualité des interprétations d’un casting composé de nouveaux venus et de seconds couteaux du cinéma US incarnant des personnages déjouant quasi-systématiquement nos attentes – le love interest de Quinn, pour le plus évident. Katie Douglas s’en tire plutôt bien dans le rôle de Quinn, mais Kevin Durand – vu l’année dernière dans Abigail (Tyler Gillett & Matt Bettinelli-Olpin) – et Aaron Abrams cristallisent tous deux le problème, à savoir qu’ils ne savent pas tout à fait comment jouer leurs personnages, entre la retenue et la bouffonnerie. Décidemment, ce souci de tonalité infuse tout le film. À titre de comparaison, bien qu’il ne fût pas exempt de défauts majeurs, Thanksgiving – La Semaine de l’horreur (Eli Roth, 2023) était un poil plus clair dans ses intentions. Ici, le cinéaste brasse trop d’intentions, de références – notamment au roman Ça de Stephen King, et à tout un pan du slasher. Est-ce que La nuit des clowns se moque de ses personnages et de leurs travers ? Ou est-ce qu’il n’est qu’une production boomer de plus qui tente de donner son avis sur l’ère post-MeToo et le fossé générationnel ? C’est peut-être là le plus grand mystère d’un film tout juste vu, déjà oublié.



