Sixième adaptation de la saga littéraire éponyme, Les Enquêtes du Département V : Promesse (Ole Christian Madsen, 2024) est sorti directement sur Canal+ dans nos contrées, puis en DVD et Blu-Ray chez Wild Side. Un nouveau volet qui met en place autant de bonnes pistes qu’il accumule de mauvaises exécutions…

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Dossier froid
Dans le sillage du phénomène littéraire que fut Millenium de Stieg Larsson, tout un tas de romanciers venus du nord de l’Europe ont pullulé et surfé sur la vague : Camilla Läckberg, Ake Edwardson, Erik Axl Sund ou, dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, Jussi Adler-Olsen, auteur de la saga des Enquêtes du Département V. Des romans qui ont bien souvent donné des adaptations cinématographiques, sur le modèle des mésaventures de Lisbeth Salander, plus ou moins inspirées. C’est ainsi qu’en 2013, Les Enquêtes du Département V : Miséricorde (Mikkel Norgaard) sortait pour inaugurer une licence sur grand écran – ou plutôt, en France, sur petit écran, puisqu’aucun des six films ne sera sorti en salles – suivi de Profanation (M. Norgaard, 2014), Délivrance (Hans Petter Moland, 2016), Dossier 64 (Christoffer Boe, 2018), Effet Marco (Martin Zandvliet, 2021) et donc Promesse (Ole Christian Madsen, 2024). L’histoire de la saga ? L’inspecteur Carl Morck, après une bavure, est placardisé dans un vieux bureau pour classer de vieux dossiers dormant au commissariat. Assisté par Assad, d’origine syrienne, il décide d’aller à l’encontre des ordres de sa hiérarchie et se met à enquêter sur des cold cases. Dans Les Enquêtes du Département V : Promesse, des années après, Morck est sollicité pour élucider une affaire non classée sur une île danoise : le meurtre d’une jeune femme retrouvée morte sur une branche d’arbre. Sur cette île que Carl a autrefois bien connu, les secrets sont légion entre secte, anciennes amourettes et corruption…

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Pour ceux qui en seraient restés à Dossier 64, il faut préciser d’emblée que depuis Effet Marco, le casting avait été entièrement remanié et que Nikolaj Lie Kaas et Fares Fares (vu dans Le Caire Confidentiel (2017) et La conspiration du Caire (2022) de Tarik Saleh) ont laissé les rôles de Morck et Assad à Ulrich Thomsen et Afshin Firouzi. Et il faut le dire l’alchimie entre les premiers acteurs qui faisait le sel des quatre premiers épisodes fait cruellement défaut depuis le changement de distribution. Ulrich Thomsen a du mal à imprimer dans un rôle qui allait comme un gant à Nikolaj Lie Kaas, rendant même certaines scènes à la limite du gênant – comme cette séquence de révélation de paternité où le non-jeu est élevé à un tel niveau que ça frise le génie. Les Enquêtes du Département V : Promesse part de fait avec le handicap de devoir faire oublier, encore une fois après le volet précédent, des comédiens qu’on avait tant aimés par le passé. Le reste du casting n’est pas forcément prompt à relever le niveau, entre le surjeu total de Sofie Torp en flic bad-ass, celui de Hedda Stiernstedt et de Joachim Fjelstrup tournant à vide en leaders tout sauf charismatiques de secte. Alors que les comédien.nes avaient été jusque-là la force d’une saga pas toujours inspirée, on perd forcément au change et en point d’accroche sur une histoire pas toujours crédible. En effet, nous avons là l’épisode le moins vraisemblable de la franchise : tout y est éculé entre la secte et la figure du flic fourbu, les révélations sont prévisibles ou totalement capillotractées, et les pistes sont trop étirées en longueur pour garder notre attention sur la durée.
Ce n’est pas la réalisation qui relève le niveau dans la mesure où elle est impersonnelle au possible et tente de singer le David Fincher de Seven (1995) et de Zodiac (2007) via son étalonnage verdâtre pour les scènes intérieures. Si cela aurait pu être un parti pris, les séquences extérieures, elles, ont une colorimétrie totalement opposée – vives, chaleureuses – rendant les choix de réalisation assez incompréhensibles. La mise en scène d’Ole Christian Madsen est donc aux fraises, quasi anachronique dans sa façon de filmer les flashbacks par exemple, voire même illisible dans ses scènes de combat. De fait, l’ensemble ressemble à un objet télévisuel quelconque où l’on s’attendrait presque à voir débarquer le Roger Hanin de Navarro (Pierre Grimblat & Tito Topin, 1989-2007) tant le tout est mal fichu et trop sage. L’une des qualités des premiers volets était de ne pas lésiner sur ses ambiances et sur la plongée dans un monde glauque et poisseux. Ici tout est trop convenu et trop lisse. Alors que le terrain était propice à continuer l’étude de la perversité humaine propre à la saga, Les Enquêtes du Département V : Promesse annihile toute portée gênante par manque d’ambition derrière la caméra. Pourtant, quelques plans lorgnant du côté de True Detective (Nic Pizzolatto, depuis 2014), comme ceux montrant la victime dans l’arbre – dont l’affiche reprend l’image – montrent que le cinéaste peut se montrer inspiré de façon sporadique.
Le film commençait toutefois bien. Les premières minutes instillent beaucoup de mystères et la promesse d’une enquête retorse plaisante à souhait. Et même si elle est mal retranscrite par les nouveaux acteurs qui ne font jamais oublier l’ancien casting, on prend plaisir à retrouver les liens entre les personnages de Morck et Assad. Ce seront hélas à peu près les seules choses positives à se mette sous la dent tant Promesse ne tient pas sur la longueur et propose un spectacle vu et revu. Si ça n’est pas catastrophique au regard de ce à quoi nous avait habitué la saga, c’est triste de la voir baisser d’un cran, encore une fois après Effet Marco, et cela n’augure rien de bon pour les quatre romans qu’il reste encore à adapter. Concernant l’édition que Wild Side livre, si l’image et le son sont bien travaillés avec de bonnes dynamiques tant sur les contrastes que sur l’environnement sonore, nous restons un peu sur notre faim dans la mesure où aucun bonus n’est proposé. Pas de quoi comprendre les intentions du réalisateur ni les motivations des comédien.nes… Pour conclure, nous reviendrons prochainement sur la série Netflix Les Dossiers oubliés (Scott Frank & Chandni Lakhani, 2025), nouvelle adaptation britannique des romans de Jussi Adler-Olsen portée par Matthew Goode, qui, elle, soigne la forme…


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