On s’en est rendu compte depuis Millenium (Niels Arden Oplev, 2009), Headhunters (Morten Tyldum, 2013) ou encore Les Enquêtes du Département V : Miséricorde (Mikkel Norgaard, 2013), nos amis nordiques n’ont pas leur pareil pour remodeler le genre à la sauce grand froid. La plateforme Shadowz nous invite à une nouvelle déclinaison avec The Redeemers (Miro Laiho & Niko Kelkka, 2023), une comédie horrifique assez originale, sur le papier, pour qu’on en parle.

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Secte à risque

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On ne sait pas grand-chose de Miro Laiho et Niko Kelkka, ce duo de réalisateurs finlandais, sinon qu’avec The Redeemers, après quelques séries télévisées, clips musicaux et courts-métrages qui ne nous sont pas parvenus, ils signent leur premier essai en format long. Difficile, dès lors, d’établir des passerelles thématiques ou stylistiques avec de précédentes œuvres, c’est là tout le principe d’un premier film. Pour autant, avec The Redeemers, l’ambition est double : aborder des sujets aussi touchy que le fanatisme religieux en ayant recours à la forme d’un huis clos. Il est question ici de deux adeptes d’une secte faisant du porte-à-porte pour prêcher leur « bonne parole » et convaincre d’éventuels nouveaux fidèles. Alors qu’un couple les reçoit, ils tuent accidentellement le mari. Sauf qu’ils sont pris par surprise par les amis du couple débarquant afin de jouer un jeu de rôle XXL. Les deux illuminés devront tout faire pour dissimuler leur crime à une bande de joueurs haute en couleurs. Ils participeront donc à la partie de jeu de rôle – qui repose elle-même sur une enquête fictive où un meurtrier doit être découvert – brouillant la frontière entre la réalité et le jeu, intensifiant les conflits intérieurs des participants.
Ce qu’il y a d’intéressant dans The Redeemers, c’est que le film ne se contente pas d’explorer le jeu de rôle comme un simple moyen de divertissement mais l’utilise comme une métaphore pour des conflits émotionnels plus profonds. La manière dont les personnages interagissent, les rôles qu’ils endossent dans le jeu et les dynamiques de pouvoir qui se manifestent dans la fiction du jeu se répercutent sur leur réalité. Les enjeux deviennent bien plus personnels que ce qu’ils laissent paraître au départ. Au fur et à mesure que le film avance, on constate que les personnages, tout en étant des amis de longue date, sont soumis à une forme de pression psychologique croissante qui les amène à remettre en question leur identité et leurs choix. Le propre des groupes sectaires qui, par des ordres ou des manipulations, éloignent les individus de leur autonomie. L’espèce de micro-société, ou plus ou moins son échantillon ici présent, formant ce groupe de jeu renvoie aux deux adeptes meurtriers le reflet de leur endoctrinement probable. C’est ici, malheureusement, le seul point fort du long-métrage que nous pourrons souligner tant le reste s’avère être laborieux, pour ne pas dire pénible à suivre.

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Nos premiers griefs iront à une mise en scène qui, si elle aimerait montrer quelques petites idées sympatoches, peine à ne pas tomber dans une imagerie proche de l’amateurisme – la faute à une photographie fade et une direction artistique inexistante. Cela pourrait être un parti pris, mais dans le cadre d’un quasi huis clos, c’est quand même un peu dommage de devoir se farcir une esthétique à peine pensée. Deuxième reproche, et pas des moindres étant donné que le dispositif du huis clos doit souvent reposer dessus : le casting. En effet, bien que, de France, nous ne connaissions pas les comédien.nes de The Redeemers, il est toujours agréable de découvrir des gueules et des talents inconnus dans nos contrées. Or dans le cas présent, Roope Salminen et Eino Heiskanen, qui forment le duo de tueurs, sont complètement en roue libre et donc à côté de la plaque. On peut adresser le même constat au reste de la distribution qui, à de rares exceptions – très, très discrètes – composent une galerie de personnages tous plus insupportables les uns que les autres. Enfin, dernier gros point noir : le rythme. Assez inhérent aux deux premiers défauts cités, il est amplifié par un scénario alternant des moments de tension plutôt bien menés et des tunnels interminables de dialogues, souvent trop didactiques – les règles du jeu que l’on aurait pu alléger par exemple.
Au final The Redeemers n’est ni véritablement horrifique ni vraiment comique. Pour quelques rebondissements qui pourraient nous sortir de notre torpeur – les séquences où nos héros tentent de dissimuler leurs crimes – et un final assez inattendu, il faut reconnaitre au bout du compte que le visionnage ne fut guère une partie de plaisir. C’est d’autant plus regrettable que, sur le papier, il y avait tous les ingrédients pour faire de ce petit film finlandais, une petite série B maline et amusante. On gardera donc le propos sur le sectarisme sous toutes ses formes, plutôt pertinent et seul véritable force d’un long-métrage étiré à outrance et mal fagoté.
