Un petit film de Noël à base d’aéroport, de flingues et de type au mauvais endroit, au mauvais moment, ça vous dit quelque chose ? Oui, c’est normal. Carry-On (Jaume Collet-Serra, 2024) ne se contente pas de discrètement citer 58 Minutes pour vivre – Die Hard 2 (Renny Harlin, 1990), mais en reprend carrément le concept. Yippee Ki-Yay ?

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Die Hard with a suitcase

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Le cinéaste espagnol Jaume Collet-Serra aime les aéroports et ses avions, et plus largement, les espaces exigus des transports en commun. Non-Stop (2014) et The Passenger (2018) avaient déjà tous deux, en plus de la présence de Liam Neeson au casting, le cadre confiné d’un véhicule lancé à toute allure et un concept malin comme point de départ. Collet-Serra, après Jungle Cruise (2021) et Black Adam (2022), deux gros films de studio, revient donc aux affaires avec Carry-On, sorti pile pour les fêtes sur Netflix et qui pourrait, à ce titre, être vu comme le troisième volet d’un triptyque sur les réseaux de transports américains, théâtres grandeur nature de la lutte éternelle entre le bien et le mal. Cette fois produit par Amblin – c’est le premier projet issu d’un gros deal entre le studio de Spielberg et le géant de la SVOD – le récit suit Ethan Kopek, un agent de la TSA, qui avait des rêves de rentrer dans la police et une vie de famille en devenir. Il contrôle donc les bagages des voyageurs traversant l’aéroport de Los Angeles quand il reçoit l’appel d’un mystérieux individu lui demandant de faire passer une valise au contenu sensible. S’il n’obéit pas, sa femme qui travaille aussi dans l’aéroport sera exécutée…
Exit Liam Neeson, welcome Taron Egerton pour se glisser dans les guêtres du pauvre gars qui n’avait rien demandé mais qui ne va pas se laisser marcher sur les rouleaux pour autant. Lui aussi en a dans le caleçon, et c’est tant mieux car, dans un rôle « à la John McClane », c’est bien le minimum syndical. Qu’il s’agisse de son postulat de départ, de son unité de lieu ou du profil de son héros, Carry-On possède tous les atours d’un Die Hard bis tel qu’ils pouvaient fleurir dans les années 90 pour le meilleur – Speed (Jan De Bont, 1995) ou Cliffhanger (Renny Harlin, 1993) – et le plus souvent pour le pire – Piège à grande vitesse (Geoff Murphy, 1995) entre autres seagaleries. Et alors que la saga initiée par John McTiernan et portée par Bruce Willis s’est achevée en sortie de route complète avec Belle journée pour mourir – Die Hard 5 (John Moore, 2013), Carry-On se pose clairement comme volontaire pour assurer la relève. On apprécie donc de revenir à une certaine forme d’action, loin des superhéros ou des justiciers – à la Liam Neeson – trop politisés dans le fond. De ce côté-ci, le long-métrage du réalisateur ibérique remplit le cahier des charges en faisant monter crescendo l’action et la tension qui se resserrent sur Ethan.

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Alors oui, il faut mettre de côté quelques invraisemblances qui pourraient nous sortir définitivement de Carry-On, mais pour peu qu’on le fasse, le film réserve son lot de rebondissements en tous genres et de petits moments de stress. Rien n’est bien innovant – et tout se révèle être, parfois, une simple réactualisation de 58 Minutes pour vivre – Die Hard 2 à l’heure du digital –or cela fonctionne étonnamment bien grâce à une caractérisation des personnages suffisamment efficace. En effet, en quelques plans, Collet-Saura met en évidence les enjeux et quelques traits de caractère d’Ethan nous invitant à nous identifier à lui. À l’opposé une scène d’introduction suffit à rendre tangible la menace incarnée avec intensité par Jason Bateman. Deux forces en mouvement, manichéennes à souhait, qui visent à plonger le spectateur dans les multiples péripéties que le long-métrage a sous le pied. Un parti pris « à l’ancienne » qui rend, de facto, les nombreux personnages secondaires fonctionnels : le collègue-bon pote, le love interest, le supérieur, etc. Non, le cinéaste préfère rester focus sur son bon samaritain, moins cynique et drôle que John McClane, et son antagoniste, tout en explorant toutes les possibilités offertes par un lieu tel qu’un aéroport. Un schéma classique, épuré même, mais qui maintient plutôt en haleine.
On regrette cependant que Jaume Collet-Saura n’ait pas appliqué cette volonté old school à sa mise en scène. Le réalisateur a des idées, parfois très pertinentes – comme dans cette scène à l’intérieur d’un habitacle de voiture filmée en plan séquence – mais dès que l’action quitte le terminal, il est desservi par des effets spéciaux franchement peu reluisants, pour ne pas dire foireux. De même, Carry-On souffre de quelques longueurs qui finissent par le desservir. On l’a dit, le film construit son intrigue par une succession haletante de rebondissements montant crescendo. Seulement voilà, le crescendo subit quelques petits accrocs à force de faire revenir le héros à la même place trop souvent ou en désamorçant la rencontre au sommet entre Ethan et le mercenaire en la faisant intervenir trop tôt dans le récit. Finalement, et comme nous pouvions nous en douter, si Ethan Kopek peut prétendre à succéder à McClane sur le terrain de l’action burnée, Carry-On aura bien du mal à rivaliser avec les monuments de mise en scène que sont Piège de cristal – Die Hard (John McTiernan, 1988) et Une Journée en enfer – Die Hard 3 (John McTiernan, 1995). Car en plus d’iconiser ses personnages, McT développait une science de la topologie des lieux qu’il abordait – le Nakatomi Plazza et les rues de New-York – ce que n’arrive que rarement à démontrer Jaume Collet-Saura. On tient néanmoins ici la nouvelle franchise estampillée « plaisir régressif » puisque la séquence finale et le succès démentiel du film sur Netflix annoncent très clairement une suite pour notre désormais officier de police…
