Power Rangers : toujours vers le futur


Inspiré par les différentes réunions des héros d’hier organisées par la concurrence (HBO Max avait en effet sorti coup sur coup une réunion Friends émouvante et une réunion Harry Potter plus opportuniste) Netflix dégaine la carte nostalgie pour un dernier tour de piste des Power Rangers (presque) originels : critique de Power Rangers : toujours vers le futur (Charlie Haskell, 2023).

Les six héros du film Power Rangers toujours vers le futur courent devant une immense gerbe de flammes.

© Netflix

Force Jaune mais marron derrière

S’il est bien une série télé qui aura su captiver des millions de gamins à travers le monde, à l’égal des Tortues Ninja, c’est bien Power Rangers ! Des millions de figurines vendues à travers le monde, des saisons qui ne s’arrêtent plus (quelqu’un pourrait compter à laquelle nous en sommes ?), trois films produits pour le cinéma, etc. En un mot : Power Rangers a été un véritable phénomène et représente encore aujourd’hui pour beaucoup, dont l’auteur de ses lignes, un shoot nostalgique indéniable ! Pourtant le modèle économique et de production de la série est plutôt très… Light. Le producteur Haim Saban a eu le nez creux en achetant les droits de Super Sentai, une série japonaise. En effet, il ne lui suffisait que de retourner les séquences où les héros ne sont pas costumés avec des comédiens américains et de conserver les scènes de combat avec les Rangers ou les Zords, tournées par les équipes japonaises. Cette formule imparable a depuis fait ses preuves et les beaux jours des différents networks ayant diffusé la série. Un film, Power Rangers (Bryan Spicer, 1995), a même été réalisé pour conclure le cycle Mighty Morphin, et ce sont ensuite les arcs Turbo, Zeo, Dino ou autre Samouraï qui ont animé les matinées télé de dizaines de générations d’enfants. Après un long-métrage Power Rangers Turbo (David Winning & Shuki Levy, 1997), Saban produisit le très moyen Power Rangers (Dean Israelite, 2017) reboot qui lorgnait davantage du côté de Marvel que sur l’imagerie kitch de la licence. Fini les collants en lycra, bonjour les armures à la Iron Man. Les ambitions étaient pourtant là, et ni plus ni moins que sept films étaient alors envisagés. Face à l’accueil que l’on qualifiera poliment de réservé, les suites ont été tout simplement annulées.

© Netflix

Arrive alors cet épisode anniversaire, Power Rangers : Toujours vers le futur (Charlie Haskell, 2023) dont le but affiché est de faire tourner à plein la fibre nostalgique des trentenaires ou quadras que nous sommes devenus. Et il faut bien avouer qu’à la première annonce du projet qui convoquait donc les anciens comédiens, notre curiosité fut piquée. Quelle direction allait pouvoir prendre le projet avec les moyens phénoménaux dont dispose Netflix, nouveau distributeur de Power Rangers ? Et surtout, qui allait revenir véritablement ? Car Jason David Franck, l’héroïque Tommy/Ranger vert puis blanc, s’est donné la mort peu avant le tournage, Thuy Trang, l’interprète de Triny/Ranger jaune, est décédée tragiquement et très jeune, il y a vingt ans, et beaucoup des comédiens n’ont évidemment plus les conditions physiques nécessaires pour se glisser sous le costume. De plus, Austin St. John n’a pas souhaité reprendre son rôle de Ranger rouge, et c’est donc la place de leader qu’il occupait jadis qui était vacante. Amy Jo Johnson, la Ranger rose, non plus. En somme, les personnages qui avaient les arcs narratifs les plus « intéressants » – je pèse mes mots ! – surtout Tommy, ne sont pas de la partie, et laissent la place de têtes d’affiche à… Billy et Zach, soit les deux Rangers les moins intéressants de la première équipe. Les Rangers bleu et noir seront donc rejoints par le second Ranger rouge, Rocky, interprété par un Steve Cardenas absent à lui-même, une Ranger rose issue d’une des suites de la série originelle (pardon, je n’ai pas voulu me refaire l’intégrale…) et la fille de Triny histoire d’apporter un peu de drama à tout ça.

© Netflix

L’histoire est simple : en souhaitant réveiller Zordon, le maître Splinter des Rangers, Billy a fait renaître l’ennemie de toujours des Power Rangers, Rita. Mais sous une forme robotique car l’actrice originale ne devait pas être disponible. S’en suit une « bataille » où Triny est donc tuée, menant au nœud shakespearien qui se jouera plus tard. Un an après, les Rangers rouge, vert et rose sont capturés par la même Rita. Billy et Zach doivent donc trouver une solution pour faire revenir tous leurs amis et Minh, la fille de Triny, devra devenir la nouvelle Ranger jaune. Vous suivez ? Si l’on se dit que cet épisode spécial a voulu rendre hommage à la série, il y a là plusieurs points de réussite. D’abord, l’épisode est délibérément cheap. Là où, après le reboot de 2017 et l’apport de Netflix, nous aurions pu nous attendre à plus de moyens techniques, les créateurs de l’épisode font le choix de rester fidèle à l’esthétique de la série. Ce n’est donc pas bien fouillé en termes de mise en scène, les combats sont filmés comme à l’époque, c’est à dire n’importe comment. Les dialogues sont toujours aussi empruntés et mal fichus. Et les comédiens sont soit amorphes, soit très engagés dans leur concours de “qui jouera le moins possible”.

Sur le sol lunaire, cinq Rangers font face au grand méchant robot qu'ils vont devoir affronter dans le film Power Rangers toujours vers le futur.

© Netflix

Tout cela rend la chose fidèle à l’esprit Power Rangers et au souvenir ému que tout un chacun garde en mémoire. Plus sérieusement, voir le poids des années sur le visage de ces comédiennes et comédiens que l’on a aimés suivre étant enfants, fait quelque chose. Et la séquence musicale qui conclut le métrage peut éventuellement attendrir à défaut d’émouvoir complètement. Reste que l’épisode fait sourire le plus souvent malgré lui. Les comédiens sont, comme dit plus haut, vraiment à l’ouest et la « magie » n’opère véritablement que lorsque leurs doublures sont dans les costumes emblématiques des Rangers, faisant disparaître quelques kilos au passage à leurs interprètes. Si Power Rangers n’a jamais brillé par son écriture et l’originalité de ses intrigues, Power Rangers : Toujours vers le futur déroule cette même simplicité sans prendre soin d’en dégager des enjeux qui auraient pu le distinguer. Par exemple, le retour de Rita est provoqué par une quête, celle de faire revenir Zordon. Jamais cette quête ne sera aboutie puisque le film s’arrête avant même que Billy ne repense à son projet initial… Ce qui donne à cet épisode spécial des allures un peu bâtardes entre la réunion de famille ratée, puisqu’il manque les trois quarts des convives, et nouveau départ souhaité vu les pierres posées ici et là pour une suite éventuelle. Power Rangers : Toujours vers le futur est donc un objet bien étrange où se disputent nostalgie et ridicule, peine à voir et nanar réjouissant. On aurait aimé en voir plus – Tommy, Lord Zedd, Ivan Ooze voire Bulk et Skull – mais à la fois, sa durée, courte, est sa plus belle qualité. Toutes les bonnes choses ont donc une fin, chaque époque a ses totems qui devraient pouvoir reposer en paix. Et cet épisode spécial le démontre avec un certain brio…


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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