Books of Blood


Books of Blood (Brannon Braga, 2021) retranscrit sous forme d’anthologie et en long-métrage une sélection de récits horrifiques de Clive Barker. Si le passage de l’écrit au visuel avait réussi à Hellraiser (1987) qu’en est-il de cette nouvelle adaptation dont Barker est le producteur ?

Un homme portant une lampe torche scrute le sol devant un mur où un crâne de taureau est dessiné en mode tribal ; scène du film Books of blood.

© The Walt Disney Company / Hulu / Disney+

Gravé dans la chair

Tout bon fan d’horreur qui se respecte connait Clive Barker pour son indétrônable Hellraiser (1987) mais il serait dommage d’oublier que ce dernier est entre autre l’auteur d’une gigantesque anthologie de récits horrifiques, tordus à souhait, réunis sous le nom de Books of Blood (1984-1985). Inspiration inépuisable pour le cinéma d’horreur, ces histoires ont été largement adaptées sur petit et grand écran, à l’instar de celle intitulée The Forbidden qui a servi de base à Candyman (Bernard Rose, 1992). Les histoires The Book of Blood et On Jerusalem Street – premier et dernier récits qui cadrent l’anthologie – avaient déjà fait l’objet d’une adaptation filmique Book of Blood (John Harrison, 2009) qui était passée complètement inaperçue. Pas de quoi décourager Brannon Braga qui se lance donc dans la même adaptation dix ans après, avec l’aide d’Adam Simon à l’écriture avec lequel il avait déjà collaboré sur la série Salem (2014-2017). Issu du monde de la télé et des séries, Braga manque clairement d’expérience sur des projets destinés aux cinéma, ce qui confère à ce nouveau Books of Blood une impression de série B assez mal dirigée – sans parler du budget certainement très serré – mais qui propose en réalité de nouvelles histoires, dans une mise en scène relativement soignée.

Des insectes sortent de la bouche d'une jeune femme morte, allongée dans un lit, en pleine nuit, dans le film Books of blood.

© The Walt Disney Company / Hulu / Disney+

Le long-métrage s’ouvre sur un prologue bien filmé mais au scénario déjà faiblard où un bibliothécaire endetté tente de sauver sa peau en envoyant son bourreau à une mystérieuse adresse où un « livre de sang » d’une valeur inestimable serait caché. Books of Blood se découpe ensuite en trois parties distinctes qui relatent respectivement les mésaventures de Jenna, Miles et Bennett. Tentons une brève mise en contexte, sans spoilers, au risque de faire perdre au film le peu d’attrait qu’il peut conserver. Jenna – jouée par l’excellente Britt Robertson vue dans À La Poursuite de demain (Brad Bird, 2015) – s’enfuit du domicile familial pour ne pas être ré-internée dans un hôpital psychiatrique. Elle loue une chambre dans la maison d’un gentil petit couple de retraités dont les murs contiennent les pires secrets. Sans transition aucune si ce n’est l’emplacement géographique, on passe à Miles, ou plutôt à sa mère Mary (Anna Friel), car Miles est décédé à sept ans des suites d’une maladie. Embobinée par Simon (Rafi Gavron) qui prétend entrer en contact avec les esprits, Mary croit dur comme fer qu’il communique en effet avec son fils. Quand Simon lui révèle la supercherie, Mary se retourne contre lui. On retrouve enfin Bennett, le voleur du prologue, qui débarque chez Mary en quête du « livre de sang ». On comprend que l’histoire de Mary s’est déroulée bien avant celles de Jenna et Bennett qui finiront également par se rejoindre.

© The Walt Disney Company / Hulu / Disney+

Les liens logiques entre les parties et les personnages laissent franchement à désirer, on a plutôt la sensation que les scénaristes les ont raccordées à la va-vite sous prétexte de faire une anthologie. Quand on sait que l’adaptation a failli se faire dans une série à la narration plus classique, on peut s’imaginer que les connexions auraient sans doute été mieux développées dans ce format. Autrement dit, on n’y croit pas une seule seconde, malgré les histoires franchement tordues et les quelques rebondissements qui permettent quand même de rester accrochés jusqu’au bout. La mise en scène relève le niveau grâce à une photographie bien exécutée, des décors qui font froid dans le dos, et une ambiance générale morbide bien que ça ne révolutionne rien du genre. Sorti directement sur Hulu aux Etats-Unis et sur Disney + chez nous, Books of Blood a bien évidemment manqué de visibilité, mais n’aurait de toute façon pas été l’adaptation des récits de Barker qui aurait marqué les esprits. En comparaison, The Mortuary Collection (Ryan Spindell 2019) n’avait pas non plus renouvelé le genre mais avait au moins affirmé sans honte son inspiration des Contes de la crypte. Pour des anthologies réussies, on vous conseille plutôt XX (2017) à la réalisation 100% féminine, et surtout Southbound (2015) avec des propositions et des transitions complètement barrées.


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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