La manière forte


Rimini Editions nous propose de redécouvrir le film La manière forte (1991) de John Badham : critique d’un buddy movie avec Michael J. Fox et James Woods très, très ancré dans son époque.

James Woods et Michael J. Fox posent avec le sourire devant un mur de graffiti dans le film La manière forte.

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Retour à la rue

Mihael J. Fox et James Woods sont debout à la table haute d'un café en extérieur, ils regardent à l'horizon avec l'air interrogateur dans le film La manière forte.

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Si dans les années 1980, les films policiers faisaient la part belle à une esthétique crasseuse et un réalisme froid avec des films comme Cobra (George Cosmatos, 1986) ou Death Wish 2 (Michael Winner, 1982) les années 1990 ont peu à peu abandonné cette posture héritée du nihilisme de la fin des années 1970 pour se concentrer sur des œuvres à la réalisation plus lumineuse et au registre plus léger. Il suffit de voir le changement de ton entre L‘Arme fatale 2 (Richard Donner, 1989) et son discours anti-apartheid et L’Arme fatale 3 (Richard Donner, 1992) pour comprendre que l’on a changé d’époque. En effet, l’heure n’est plus aux héros reaganiens qui seront plus tard recyclés dans la saga des Expendables par exemple, mais à des personnages et des situations plus humoristiques. C’est ainsi qu’on voit arriver sur les écrans une flopée de véritables comédies policières dont La manière forte, tourné en 1991 par John Badham et proposé en Blu-Ray par Rimini Editions.

Le scénario narrant la collaboration forcée entre un acteur voulant accroître sa célébrité en voulant jouer des rôles plus sérieux et qui souhaite donc s’immerger dans la police, et un flic bourru as de la gâchette peut sembler convenu et recycle certains poncifs éculés (deux personnes que tout oppose qui vont mettre leur rivalité de coté et se lier d’amitié pour faire face à un antagoniste). La manière forte toutefois se distingue par le fait qu’il fait le pont entre deux époques du cinéma d’action. En effet, si la mise en scène évoque les années 1980 avec sa façon très particulière de filmer le New-York crade d’avant les réformes de Rudolph Giuliani, peuplé de punks tout droit sortis de Death Wish 3 (Michael Winner, 1986) et de toxicomanes, le film de Badham n’hésite pas à adopter une humeur des plus légères lorsqu’il s’agit des relations entre les deux héros-que-tout-oppose et à les mettre dans des situations burlesques qui détonnent avec le ton à d’autres instants plutôt froid de l’œuvre. Ce mélange pouvait paraître risqué sur le papier, mais il fonctionne bien à l’écran, ce notamment grâce à l’alchimie du duo formé par James Woods et Michael J Fox.

Plan rapproché-épaule sur James Woods qui dispute Michael J. Fox, le doigt levé vers son visage dans le film La manière forte.

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Conscient de ce qu’il est, La manière forte n’hésite pas à carrément parodier le genre du film d’action que ce soient les titres des productions dans lesquelles joue le personnage interprété par Michael J Fox (Smoking gun une référence au Naked Gun avec Leslie Nielsen) ou lors de la scène du métro qui parodie celle de Predator 2 (Stephen Hopkins, 1990) sorti un an auparavant. Le film prend aussi un malin plaisir à brouiller les pistes en jouant entre fiction et réalité avec ce générique de fin qui est le générique du film dans le film, ou le discours du personnage de Nick Lang (interprété par Michael J Fox) sur sa carrière qui n’est pas sans rappeler la carrière de Michael J Fox lui-même ; acteur connu, du moins à l’époque, pour un seul rôle et qui a voulu par la suite changer de registre. Cette utilisation d’une posture méta, surtout avec ce personnage du Michael J Fox en acteur de film d’action confronté à une réalité plus froide et déceptive que celle de ses rôles n’est pas sans rappeler Last Action Hero (John McTierman, 1993) qui, deux ans plus tard, poussera le concept encore plus loin et amènera une réflexion intéressante sur le cinéma d’action.

Pour ce qui est de l’édition, du côté des bonus, en plus d’un format d’image de qualité, Rimini Editions nous offre un commentaire audio du réalisateur et du producteur Rob Cohen ainsi qu’une interview de Rania Grefete (directrice de rédaction chez La Plume) et Stephane Chevalier (CEO chez La Plume) qui reviennent pendant une vingtaine de minutes sur le genre du buddy movie et la place du film de John Badham dans le genre, une place qui saura intriguer les amateurs du Hollywood si spécifique des années 90.


A propos de Freddy Fiack

Passionné d’histoire et de série B Freddy aime bien passer ses samedis à mater l’intégrale des films de Max Pécas. En plus, de ces activités sur le site, il adore écrire des nouvelles horrifiques. Grand admirateur des œuvres de Lloyd Kauffman, il considère le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980 comme l’âge d’or du cinéma.

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