Je veux manger ton pancréas


Fraîchement débarqué sur Netflix, Je Veux Manger ton Pancréas (Shin’ichirô Ushijima, 2018) est bel et bien un animé à l’eau de rose comme on en a déjà trop vu, son titre évocateur étant en réalité… des plus trompeurs.

Un jeune homme et une jeune femme en tenue d'écoliers japonais sont dos à dos sous des cerisiers en fleurs ; plan onirique du film Je veux manger ton pancréas.

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À l’ombre des cerisiers

Ne vous faites pas avoir, il n’y a absolument rien d’à la Emanuelle et les derniers cannibales (Joe d’Amato, 1977) dans Je veux manger ton pancréas. À mille lieues de tout ce que le titre aurait pu laisser imaginer, l’animé dispo sur Netflix depuis quelques semaines est en réalité un énième de ces films d’animation nippon plein de bons sentiments. Le titre fait référence à une croyance japonaise qui voudrait que des personnes malades du pancréas mangent un pancréas sain pour guérir et en effet, l’intrigue s’articule autour d’une adolescente, Sakura, dont le pancréas cesse petit à petit de fonctionner. Ayant bien conscience de sa mort prochaine, la jeune fille croque la vie à pleines dents, ne se laissant pas abattre. Son camarade de classe Haruki tombe un jour sur son journal intime et apprend ainsi l’existence de la maladie dont Sakura avait gardé le secret. Maintenant qu’il est dans la confidence, Sakura va faire preuve de grande insistance pour que les deux se lient d’amitié et passent le peu de temps qu’il lui reste ensemble… Mais Haruki est à l’opposé total de la jeune fille pétillante, étant plutôt de nature taciturne et solitaire. À mi-chemin entre amitié et amour, les deux ados vont donc passer une bonne partie du long-métrage à philosopher sur le sens de la vie tout en exauçant les derniers vœux de Sakura issus de sa wishlist.

Deux amoureux lycéens sont assis au pied d'un cerisier en fleurs dans le film Je veux manger ton pancréas.

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D’entrée de jeu, le scénario sent le déjà-vu ou, devrais-je dire, le re-re-re-revu. La trame où une fille extravertie bouleverse la vie d’un garçon morose est en effet très (trop ?) répandue, y compris dans les animés comme par exemple dans Your Lie in April (2014) également disponible sur Netflix. On pense aussi à Nos Étoiles Contraires (Josh Boone, 2014) où Shailene Woodley et Ansel Egort vivaient une histoire d’amour passionnée malgré leur maladie, au magnifique Restless (Gus Van Sant, 2011) à l’histoire similaire, ou encore à l’excellent This Is Not a Love Story (Alfonso Gomez-Rejon, 2015) – auquel on préfère le titre original Me and Earl and The Dying Girl – certes pas très romantique mais tellement poignant. La qualité commune à ces deux derniers films est de mettre la maladie au même plan que les histoires de cœur ou d’amitié. Le souci dans Je veux manger ton pancréas, c’est a contrario que la réalité de la maladie n’est que furtivement abordée. Peut-être pour cacher la vérité, ou parce qu’elle le vit décidément très bien, Sakura ne laisse entrevoir aucune douleur physique ou mentale. Comment alors transmettre des émotions et générer de l’empathie si le personnage principal saute de joie dans tous les sens, au point presque d’en devenir fatigant ? Il semblerait que les thèmes mis en avant dans le récit se rapprochent davantage des notions d’épanouissement et d’ouverture aux autres plutôt que de gestion de la maladie et d’approche de la mort. Aucun mal à ça, mais finalement c’est plutôt l’histoire de Sakura qui offre une thérapie gratuite à Haruki pour lui apprendre à profiter de la vie alors que c’est elle qui va mourir. Vraie leçon de vie ou niaiserie irréaliste ? Chacun en fera sa propre lecture.

Sakura penchée sur un pont, regarde l'horizon au dessus du fleuve dans le film Je veux manger ton pancréas.

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C’est pourtant le carton plein pour Je veux manger ton pancréas qui était à la base une websérie (Yoru Sumino, 2015). S’en suit un manga en 2016, un film en live action (Shõ Tsukikawa, 2017) uniquement distribué en Asie dont les acteurs principaux seront d’ailleurs récompensés, puis enfin cet animé réalisé par Shin’ichirô Ushijima et sorti en 2018 qui a rencontré un franc succès autant en Asie qu’en Europe et jusqu’aux États-Unis. Si le scénario ne nous a pas du tout convaincus (à croire qu’on n’a pas de cœur, hein), on note quand même un renversement inattendu vers la fin du métrage qui aurait largement mérité d’être développé, mais qui aurait peut-être noirci l’ambiance cerisiers en fleurs. Quand à l’animation de Yuichi Oka, elle est très réussie, tout comme la colorimétrie où les tons clairs et pastel s’opposent aux tons plus sombres voire jaunâtres comme une manière de rappeler la maladie du pancréas. La bande-son est un peu mélo mais offre sporadiquement quelques moments de peps. En conclusion, si le film séduira sans aucun doute les fans de ce genre d’animés et potentiellement un public adolescent, il risque de laisser pas mal de spectateurs sur le bord de la route.


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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