Ouvre les yeux


Après le chef-d’œuvre Tesis (1996), Alejandro Amenabar signe en 1997 un deuxième long-métrage ambitieux et encore plus impressionnant : Ouvre les yeux. Aujourd’hui, StudioCanal offre une nouvelle vie à ce classique du cinéma fantastique espagnol. Tachez de garder les yeux ouverts…

Un homme portant un visage en plastique est recroquevillé dans une salle de bains, sous un lavabo, dans le film Ouvre les yeux.

                                        © Tous Droits Réservés

Les yeux sans visage

Penelope Cruz sur un toit en ville, les cheveux au vents, se couvre avec ses bras laissant penser qu'elle a froid ; derrière elle la silhouette d'un homme dans le second plan flou ; plan du film Ouvre les yeux.

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Avec Tesis (1996), le jeune réalisateur espagnol rentrait dans la cour des grands par la plus large des portes. Forcément, son deuxième long-métrage était attendu de pied ferme, et même si, disons-le tout de suite, il n’atteint pas la grâce de son prédécesseur, Ouvre les yeux parvient à se révéler tout autant fascinant. L’histoire suit César, un jeune homme de 25 ans que nous découvrons en prison, unité psychiatrique. Il raconte son parcours au psychiatre chargé de l’analyser et construit un récit, pour nous spectateur, entre passé et présent, jusqu’à un moment charnière reliant les deux temporalités. Toute l’originalité se trouve ici : dans cette volonté de jongler avec le temps, entre flashbacks et flashforwards.  Homme à femmes bellâtre, César s’est retrouvé d’abord pris dans un triangle amoureux, dont il est ressorti gravement défiguré après un accident de voiture provoquée par une ex copine jalouse. Il a alors mis toute son énergie à réparer sa gueule d’ange naturelle, affublé d’un masque, tandis que de fil en aiguille, nous comprenons qu’il est en prison pour meurtre. Et la narration de plus en plus tortueuse brouille les pistes entre la réalité et son discours…

A l’écran, on retrouve Eduardo Noriega, révélé grâce à Tesis (Alejandro Amenabar, 1996), et qui deviendra avec le temps, une figure de proue du cinéma espagnol. Dans ce cas présent, la performance est d’autant plus folle qu’elle se joue la moitié du temps masquée – pour cacher les marques de son accident et de sa défiguration – ce qui n’est pas sans rappeler celui de Édith Scob dans Les yeux sans visage (George Franju, 1960). Ici le personnage ne cherchera pas à subtiliser les visages d’autrui, mais bien à récupérer le sien, à l’authentique. C’est toute la différence avec le classique de Franju, le personnage de Eduardo Noriega n’accepte pas son sort, et cherche à rétablir la balance, celle où il est au-dessus des autres (physiquement et socialement). Cette balance est matérialisée par son ami Pelayo, qui passe de l’ami à qui rien ne réussit à celui qui peut sortir avec le personnage de Pénélope Cruz, pourtant plutôt attiré d’abord par César. Dans cette recherche désespérée de « rétablir les choses », César perdra ironiquement son humanité et sa personnalité, et avancera vers une porte de sortie inévitable et cauchemardesque… Le tout, les yeux fermés.

On peut reprocher à Ouvre les yeux de cacher ses faiblesses derrière des effets tape-à-l’œil et qui prêtent à croire à un cliffhanger de « malade mental », alors qu’il se révèle bien plus simple qu’on nous le laisse entendre. Mais le savoir-faire espagnol est une nouvelle fois la star incontestée de cette production. Alejandro Amenabar joue avec sa caméra comme il jouerait avec un puzzle. Il casse les angles, joue avec les focales et plonge son personnage dans une phase d’hypnose, où le spectateur sera le dommage collatéral de l’expérience. On peut penser ce que l’on veut du fond, la forme prend le dessus. Elle interpelle, interroge, questionne et surprend. Plus Blu-Ray du film Ouvre les yeux édité par Studio Canalqu’un exercice d’écriture à tiroirs et puzzles, Ouvre les yeux est davantage un formidable exercice de style : celui du thriller paranoïaque.

Du côté des bonus, StudioCanal nous avait habitué à (beaucoup !) mieux. En effet, ce nouveau Blu-ray ne possède aucun bonus. Aucun matériel d’époque, aucun nouvel apport. L’histoire ne nous dit pas si StudioCanal a voulu mais n’a pas pu, ou si, tout simplement, cela ne les intéressait pas. C’est bien dommage. L’une des forces du format physique, face aux plateformes, se trouve dans l’objet et dans les bonus qui dépassent le simple fait « d’acheter un film ». Fort heureusement, StudioCanal donne beaucoup d’importance de ce côté à de nombreuses autres de leurs sorties. Il est simplement triste qu’Ouvre les yeux n’ait pas pu en profiter…


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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