The Rental


Premier long-métrage réalisé par Dave Franco et produit par le studio Black Bear Pictures dont nous vous parlions dans le cadre de notre article consacré à Light of My Life (Casey Affleck, 2020), The Rental (2020) propose de réinvestir le genre quelque peu désœuvré du slasher.

Une maison sur une falaise ua borde de l'océan de nuit, de la lumière est allumée sur le perron et dans le salon, mais il semble n'y avoir personne, plan du film The Rental.

                                    © Metropolitan FilmExport

Hôte moi d’un doute…

Si le slasher est un sous-genre monolithe du cinéma d’horreur son âge d’or a été relativement court. En le délimitant entre la fin des années 1970 et le début des années 1990, on a tendance à considérer le très culte Halloween (John Carpenter, 1978) comme sa matrice et le tout aussi culte Scream (Wes Craven, 1996) comme sa némésis, son point de non-retour. Il est vrai qu’après la série de films hyper meta que furent ceux de la saga Scream (Wes Craven, 1996-2011), la porteur potentiellement effrayante inhérente au genre a été quelque peu retenue à distance. Le temps faisant son œuvre, les codes sont décodés, les mécanismes mis à jour, en d’autres termes : la peur ne fait plus peur. S’il y a bien eu quelques tentatives plus ou moins réussies ces dernières années – on évitera toute énumération ici – le slasher  tel qu’on le définit a – au cinéma au moins, car il est de plus en plus représenté – été « relégué » quasi-systématiquement à un sous-genre de la comédie de genres. Lorgnant davantage du côté de la parodie dont l’humour se nourrit de la connivence avec le spectateur capable désormais d’anticiper l’horreur, de rire des effets attendus et de ne pas se plaindre du déjà-vu. En même temps que le slasher a gagné en ludisme, il a perdu en puissance, notamment politique.

Les deux couples du film the Rental se promènent et s'enlacent sur la plage.

                              © Metropolitan FilmExport

C’est peut-être parce qu’il arrive dans ce contexte que le film de Dave Franco interpelle. Peu ou pas de verve comique dans son approche, mais quelques variations de vieux codes et une tentative de réinvention contemporaine. On garde ainsi le canevas éculé du groupe de jeunes (ici, deux couples d’amis) qui s’isolent dans une maison coupée du monde, tout en le modernisant. La maison n’est plus la vieille baraque de tonton au milieu des bois mais une sublime villa avec vue sur la mer louée sur AirBnB. La malice du scénario, bien qu’elle n’ait rien de très neuve, est de s’amuser à semer des indices et des fausses pistes, à mener le spectateur en bateau. Des le début, tout nous désigne l’hôte comme le psychopathe potentiel de cette histoire. C’est même presque trop évident : il est raciste, a de surcroît l’accoutrement et le comportement du parfait redneck – figure éculée du cinéma d’horreur américain – et paraît un peu caractériel, un peu difficile à dérider. Franco amorce même une certaine approche politique quand l’une des locataires d’origine maghrébine le confronte pour qu’il s’explique sur les raisons pour lesquelles il avait refusé sa réservation préalable avant de la valider au même dates et conditions quand elle a été demandée par son amie blanche. Le malaise s’installe et dès lors, le devenir du scénario nous semble presque cousu de fil blanc. C’est d’ailleurs sûrement l’un des gros points faibles de The Rental, son installation et sa première phase de développement nous emmenant seulement où on l’imaginait. Ainsi, sans grande surprise, le groupe se délite et avant de vriller à l’horreur le film s’aventure longuement dans une sorte de comédie noire de mœurs. Les masques tombent, les mensonges d’hier ressurgissent, les langues se nouent et se délient. Bref, les vacances tournent au vinaigre.

L'actrice Sheila Vand le visage inquiet, portant un pull rouge, dans le salon de la maison du film The Rental.

                                  © Metropolitan FilmExport

Pourtant, sans vous la dévoiler, la suite promet véritablement des surprises qui, l’ayant lu ça ou là, décontenancent, surprennent ou déçoivent. Reste que le twist, malicieux à souhait – mais peut être un peu trop tardif, ce qui peut donner une sensation de chute un peu trop maligne et facile – a le mérite de ne pas laisser les spectateurs insensibles. C’est finalement moins dans son horreur peu graphique (bien que The Rental dans son ensemble soit beau visuellement ) et dans la fureur du massacre de son dernier tiers que le film inquiète et terrifie mais dans cet épilogue crispant qui ne vous fera plus jamais dormir tranquillement dans le lit trop dur de votre prochain AirBnB. Certains n’y trouveront sûrement pas leur compte, y verront trop de détours, d’atermoiements, de facilités pour « seulement ça ». On confesse sans problème être en mesure de les comprendre. Mais que voulez-vous, parfois il faut aussi, face à la nullité quasi-générale des propositions de ce type en salles, reconnaître et se satisfaire quelques fois du « pas mal » et accepter de voir dans ces bancs d’essais les perspectives heureuses de voir ces premières petites tentatives devenir les grandes confirmations de demain. C’est notre côté bénédictin.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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