Bravados


Western aux images flamboyantes et à la psychologie torturée, Bravados (Henry King, 1958) fait l’objet d’une édition combo Blu-Ray/DVD/livret chez Sidonis Calysta : critique.

Gregory Peck en tenue de cow-boy sous un ciel bleu, dans un champ de blé, tient en joug un homme hors-champ avec son revolver dans le film Bravados.

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En un combat douteux

Lee Van Cleef suupliant, la lèvre au sang, à terre au milieu d'un champ de blé, scène du film Bravados.

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Préparez la DeLorean, chauffez Doc et Marty : Fais Pas Genre vous emmène au temps où même vos grands-parents étaient encore fringants – voire peut-être même pas nés, pour certains ? Avec Bravados, proposé en édition collector silver mediabook (livret, Blu-Ray, DVD) par Sidonis Calysta, c’est un bond dans le temps qui nous est proposé. Non pas pour l’âge du film, qui, datant de 1958, n’est pas si ancien dans nos lignes. Mais plutôt en remontant, avant de parler du long-métrage en lui-même, le fil de la vie de son auteur, le méconnu dans nos contrées Henry King. Il y a assez peu de probabilités que vous en ayez déjà entendu parler. Pourtant King n’est pas plus mal édité qu’un autre cinéaste méconnu, ses travaux s’étant vu distingués par plusieurs sorties plus ou moins récentes en Blu-Ray… Surtout des productions de capes et d’épée et des mélodrames, tombés en désuétude. Les bas-fonds de l’histoire du cinéma, pour un réalisateur oublié ? King débute sa carrière de metteur en scène de cinéma dans les années 10 (je vous avais dit que ça allait remonter) et à la faveur de succès rapides, montera sa boîte de production dès 1921. Il signera par la suite des dizaines de longs-métrages jusqu’à sa mort en 1982, dans une filmographie empruntant les chemins des genres à la mode de son temps, balisée notamment par une collaboration fructueuse avec le producteur Darryl Zanuck, le comédien Gregory Peck, une appétence pour l’adaptation de classiques de la littérature américain (Les Neiges du Kilmandjaro, 1952, Tendre est la nuit, 1961) enfin des films d’inspiration catholique, foi du cinéaste (Le chant de Bernadette, 1943, d’après la vie de Bernadette Soubirous). Un volume disparate et assez massif pour aveugler un talent, une postérité, au passage faire oublier que le bonhomme est en fait d’une importance non-négligeable dans l’histoire hollywoodienne. Au-delà d’être le premier réalisateur à recevoir le Golden Globe du Best Director (1944), il fait juste partie des 36 fondateurs de l’Académie des Oscar. Signe qu’il y a peut-être quelque chose à voir, au moins dans des morceaux choisis. Et c’est, après avoir sorti en DVD La Cible Humaine du même auteur (1950), ce que Sidonis Calysta nous invite à faire avec un autre de ses westerns, jouissant d’une réputation plutôt flatteuse, Bravados.

Une pendaison se prépare à Rio Arriba : quatre voyous vont perdre la vie et voient à travers la fenêtre de leur cellule la potence s’installer. Le mystérieux Jim Douglass, interpeté par l’acteur fétiche de King Gregory Peck, arrive dans le patelin prétextant qu’il veut voir la mise à mort et demande même à scruter les visages des condamnés qu’il examinera par ailleurs durement, sans dire un mot du pourquoi il leur porte une telle attention. Hélas la nuit d’avant l’exécution, les malfrats parviennent à s’enfuir. Les habitants de Rio Arriba montent une équipe pour les poursuivre, Douglass demande d’en faire partie ; on découvre vite que les quatre bandits seraient les assassins-violeurs de sa femme. C’est alors une histoire de vengeance ce Bravados donc, un canevas classique du genre qui attrape au passage d’autres motifs récurrents : un personnage principal mutique qui semble plus intelligent que tout le monde, un love interest issu du passé du héros, un groupe d’habitants se constituant en milice punitive, un scénario axé sur la traque desdits méchants. Passée la mise en scène efficace mais sans coup d’éclats de Henry King, et une photographie/un étalonnage assez exceptionnels dans leur intensité – le directeur photo est Leon Shamlroy recordman et des nominations aux Oscar (18) et des récompenses (4) dans sa catégorie, un Emmanuel Lubezski avant la lettre en somme – The Bravados semble un western comme on en a vu des centaines pendant un long moment. Mais il faut poursuivre jusqu’à l’heure de film (environ) non pour avoir un chef d’œuvre mais pour toucher, déjà, à quelque chose de plus frappant. Il y a une première scène qui marque la première vraie incise, où un Gregory Peck tremblant d’un accès de violence à la cruauté ambiguë  place le spectateur dans un malaise bien qu’il semble « valider » son acte de vengeance. Puis cette scène pivot, quelques minutes plus tard, d’une audace assez déroutante pour l’époque – un viol traité Coffret mediabook du film Bravados édité par Sidonis Calysta.intelligemment par le hors-champ – pousse le film dans une énergie noire, où la haine dévore notre héros et devient sa seule mécanique. jusqu’à un twist final qui rabat les cartes. A la faveur d’une belle dernière séquence, on quittera Jim Douglass aux prises avec la culpabilité tandis que l’écho des applaudissements des habitants du village, l’acclamant en héros, se font entendre, bien dérisoires.

Dans une lancée de sortie de plusieurs éditions estampillées collector silver, Sidonis Calysta livre le long-métrage dans une copie Blu-Ray absolument superbe. Le travail du chef opérateur Chamroy en ressort d’autant plus éblouissant, s’éloignant d’un supposé naturalisme : fort à parier que Bravados n’a jamais été vu ainsi en France. Sidonis ne s’est pas pour autant contenté de cela et a agrémenté le mediabook de bonus dont d’abord le livret de 88 pages rédigé par Marc Toullec. Puis en plus des traditionnelles présentations de Bertrand Tavernier, Patrick Brion, et des diaporama/bande annonce, on trouvera un supplément donnant la parole à Joe Dante, un extrait d’une interview de Joan Collins et un document d’archives sur la première du long-métrage. Sans oublier le DVD du film, pour ceux que ça intéresse… Là où l’éditeur peut parfois ré-éditer sans réelle justification, on le félicite ici pour une édition qui mérite davantage son appellation collector.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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