Therapy for a vampire


Les copains de Outbuster proposent une charmante comédie d’horreur, parfaitement dosée, mêlant Dracula et Sigmund Freud : critique de Therapy for a vampire (David Ruehm, 2015), signe de la bonne santé d’un certain cinéma germanique.

Dans son bureau, Freud prend des notes, assis sur son fauteuil, à côté du divan sur lequel Dracula est allongé en lévitation, scène du film Therapy for a vampire.

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Eros, Thanatos et Rigolos

Viktor, dans son salon, face à sa toile, prêt à peindre, scène du film Therapy for a vampire.

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Peu de gens le savent, mais au début du XXème siècle Dracula vivait à Vienne. Souhaitant se reconvertir dans la robinetterie après avoir échoué à son DEUG de Chimie moléculaire, il profitait des douceurs de la vie autrichienne en ces temps bénis où l’on pouvait sortir sans masque ni gel hydro-alcoolique ou attestation de sortie. Dans une taverne, pour fêter la vente de son premier double siphon en cuivre, le comte Dracula rencontre un certain docteur Freud et tous deux sympathisent après avoir découvert qu’ils ont le même dealer de cocaïne. Leur amitié ira grandissant, au point que Dracula deviendra le parrain des enfants de Sigmund, et Sigmund, le parrain de La fille de Dracula (Lambert Hillyer, 1936). Vous ne me croyez pas ? Vous avez fait huit ans d’études d’Histoire et ce récit vous semble contestable dans sa véracité ? Je savais que j’étais allé trop loin avec le coup du double siphon, avec un siphon simple je suis sûr que vous auriez lu sans tilter… Ce mensonge éhonté m’a toutefois permis une transition rigolote – je crois – vers ce que l’on appelle l’uchronie fantastique, ponctuellement utilisée dans le cinéma de genre. L’uchronie, c’est quand on réécrit l’Histoire par le biais de la fiction, avec le fameux « et si ». L’uchronie fantastique c’est quand on réécrit l’Histoire et d’une façon surnaturelle. En exemple récent, sorti en salles, on a eu Overlord (Julius Avery, 2018) ou plus série B encore Abraham Lincoln : Chasseur de vampires (Timur Bekmanbetov, 2012). Pas vraiment des fleurons du septième art, mais sympathiques selon les goûts. Grâce à la plateforme VOD Outbuster, on découvre un autre exemple du genre, une agréable trouvaille qu’est le long-métrage autrichien Therapy for a vampire (David Ruehm, 2014), narrant la rencontre – je ne vous ai pas complètement menti, comme quoi – entre Freud et un ersatz de Dracula.

Viktor est un jeune peintre talentueux qui a la chance de travailler auprès d’un des plus grands esprits de son temps : Sigmund Freud. Plus exactement, il illustre les rêves des patients du docteur qui souhaite imager ses ouvrages scientifiques. Pour remercier le créateur de la psychanalyse de lui donner un tel boulot, il lui offre un portrait de sa petite amie peint par ses soins…. Un tableau dont le comte Geza von Közsnöm autre patient de Freud traité pour cause de dépression, tombe amoureux. Pour cause, c’est la réplique exacte de sa chère Nadilla, disparue il y a des siècles de cela. Le comte von Közsnöm fait alors tout pour sympathiser avec Lucy et accomplir le sort que Nadilla lui avait transmis s’il voulait la réincarner un jour : trouver son sosie et la mordre, à la condition que la victime soit consentante, et qu’elle fasse la demande d’être mordue et transformée en vampire… La tâche ne va pas être facilitée par l’indépendance d’esprit de Lucy mais surtout parce que Geza est marié. En l’occurrence à une Elsa von Kösznöm jalouse, et obsédée par son physique. Eh oui, en tant que vampiresse, elle ne peut pas se voir dans le miroir… Plus ou moins habilement, Geza songe donc à envoyer Elsa chez Viktor pour qu’il fasse son portrait tandis que lui, kidnappera Lucy en douce. Évidemment tout ne se passe pas vraiment sur des roulettes…

Dracula et sa femme Elsa à l'arrière du fiacre qui les ramène au château, scène du film Therapy for a vampire.

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Sans prétention, Therapie für einem Vampir ne se traite pas pour autant par dessus la jambe. Si l’on peut, comme votre serviteur, être moyennement saucé par la patte très numérique des incrustations, des effets spéciaux et du rendu visuel global, l’univers du long-métrage est très soigné avec un château de Dracula brumeux à souhait et une ville de Vienne surréaliste car quasi-vide, baignée dans une nuit perpétuelle où le jaune des lampadaires et des éclairages d’intérieurs prédomine. La photographie et la réalisation optent pour une esthétique picturale, millimétrée et élégante, tenue, finalement, qui est poursuivie dans l’écriture du film. Très rôdé, mettant habilement en place les détails et motifs qui font que l’intrigue se complique comme un vaudeville et se résout avec simplicité, le scénario jauge aussi très bien l’équilibre entre la comédie et l’horreur. Nullement parodie de films de vampire, Therapy for a Vampire est bien une comédie d’horreur, avec des moments de tension, des mises à mort sanguinolentes, mais dans un état d’esprit théâtre de boulevard à l’humour gentil et parfois suranné, assez déjà-vu mais pas antipathique pour autant. A condition de ne pas trop miser sur la rencontre Freud-Dracula vantée – l’illustre docteur n’étant qu’un « lien » narratif et l’intrigue étant bel et bien centrée sur le quatuor amoureux – cette charmante et très fraîche production d’Autriche est à recommander pour une soirée en amoureux tranquille, de détente, après avoir bien siroté la jugulaire d’un innocent.

 

 

 

 


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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