Poultrygeist


Subversif, scatophile, choquant et musical, l’arrivée de Poultrygeist (Lloyd Kauffman, 2006) sur Outbuster est l’occasion de revenir sur ce chef-d’œuvre du cinéma bis qui permet au réalisateur culte de renouer avec le gore et l’humour décomplexé de ses débuts.

Trois hommes dans la cuisine du fast-food avec du sang sur les murs, deux employés dont l'un regarde leur chef avec admiration, le chef avec les mains dans les poches et le regard au loin, scène du film Poultrygeist.

                                                    © Troma

Killing fat children

A l’heure où le cinéma gore est en perte de vitesse et les producteurs réticents à financer des projets trop « étranges », il fait plaisir de voir qu’une société de production comme Troma existe toujours. Je ne ferai pas ici un historique de la société, mais force est de constater que depuis ses débuts la compagnie fondée par Lloyd Kauffman en 1977 n’a pas cédé à l’opportunisme et est toujours restée fidèle à ses principes. Au cours de ses quarante années d’existence, Troma a toujours veillé à cultiver les excès, produisant des films tout aussi barrés les uns que les autres. On pourra citer parmi leurs œuvres les plus marquantes Toxic Avenger (Lloyd Kauffman, 1985) qui a fait connaître la compagnie au grand public. Sorti en 2006, Poultrygeist intervient quant à lui dans un contexte assez particulier, puisqu’à cette époque la société accuse une sérieuse crise (à deux doigts de la ruine) et ne dispose plus des mêmes budgets qu’à ses débuts, la plupart des acteurs et des techniciens étant même bénévoles. Cependant, en dépit d’un tournage assez chaotique, on ne peut être enchanter de constater que, malgré son âge avancé, Lloyd Kauffman n’a rien perdu de sa verve provocatrice.

Entre deux murs de la cuisine tâchés de sang, un poulet-homme carbonisé salue quelqu'un, scène du film Poultrygeist.

                                              © Troma

Construit comme une satire des chaînes de restaurants rapides, Poultrygeist narre les aventures de Arbin jeune homme fraîchement diplômé qui revient dans sa ville natale et qui découvre que son amour de jeunesse est devenu une “écologiste lesbienne”. Abasourdi par la nouvelle, il décide de se faire engager dans le fast-food local. Ce qu’il ne sait pas c’est que le restaurant a été construit sur un ancien cimetière indien. Autant le dire tout de suite, âmes sensibles s’abstenir, le film ne s’interdit aucun excès. Le réalisateur n’hésite pas à taper là où ça fait mal et à s’en prendre aux fondements de la société américaine. Ainsi, les démocrates, les républicains et les écolos passent chacun leur tour à la moulinette dans un festival de gore et de nichons. On aurait pu craindre qu’avec les faibles moyens dont Kauffman disposait et le non-professionnalisme de ses acteurs, on pouvait s’attendre à une production qui frise l’amateurisme. Mais, il n’en est rien, l’objet apparaît maîtrisé de bout en bout et les acteurs font admirablement le job ! 

Le poulet dangereux allongé par terre, lève les pattes en l'air pour montrer qu'il se rend.

                                              © Troma

En plus de son aspect irrévérencieux, le film est aussi une comédie musicale. Même si South Park nous a démontré le contraire, le genre est souvent incompatible avec ce type de production. Nous ne sommes pas ici face à de grandes compositions mais ce manque est compensé par des paroles scatophiles et politiquement incorrects qui vous décrocheront quelques fou-rires et rappellent quelques-unes des compositions du même genre que l’on peut entendre dans le tout aussi irrévérencieux Meet the Feebles (Peter Jackson, 1989). Malgré ses qualités indéniables, Poultrygeist n’est évidemment pas exempt de défauts, en cela que les excès présentent quelques limites. En effet, à vouloir trop en faire, le film perd parfois le spectateur avec sa structure un brin décalée (le Arbin du futur en est un parfait exemple). De plus même si certaines blagues pouvaient faire sourire en 2006 notamment celle sur Guantanamo, elles paraissent aujourd’hui quelque peu galvaudées. Reste qu’on ne boudera pas notre plaisir à voyager à travers l’esprit malade d’un des plus grands cinéastes du cinéma bis contemporain. 


A propos de Freddy Fiack

Passionné d’histoire et de série B Freddy aime bien passer ses samedis à mater l’intégrale des films de Max Pécas. En plus, de ces activités sur le site, il adore écrire des nouvelles horrifiques. Grand admirateur des œuvres de Lloyd Kauffman, il considère le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980 comme l’âge d’or du cinéma.

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