Koko-Di Koko-Da


Fort d’une réputation d’OFNI horrifique après son passage à l’Étrange Festival, Koko-di Koko-da (Johannes Nyholm, 2019) poursuit le replacement de la Suède dans le paysage de l’épouvante cinématographique entamé cette année par Midsommar (Ari Aster, 2019) et au passage compte bien vous ancrer une entêtante chansonnette dans le crâne.

Photogramme du film Koko-Di Koko-Da (critique)

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Une Nuit sans Fin

Tobias et Elin vivaient une vie tranquille de petite famille suédoise avec leur fille de huit ans Maja jusqu’au décès brutal de celle-ci. Trois ans plus tard, le couple semble ne s’en être toujours pas remis, et leur vie à deux en pâtit drastiquement. Ils n’ont plus d’interactions, plus de conversations tandis que le spectre de leur défunte fille semble encore planer au-dessus de leurs têtes. Alors que Tobias et Elin partent faire du camping en pleine forêt pendant les vacances, ils sont attaqués la nuit par trois étranges figures. Un colosse portant un chien mort, une femme aux allures de sorcière accompagnée d’un chien – bien vivant – et d’un chapelier fou ultra-violent. Cette rencontre signe la mise en place d’une machinerie infernale bien décidée à tourmenter le couple…Une fois mis en place le cœur du récit – un couple endeuillé en chute libre, devant surmonter cette épreuve pour aller de l’avant – la structure de Koko-di Koko-da prend une tournure très ludique. A la première apparition du mystérieux trio, Elin se fait sauvagement assassiner, tandis que Tobias subit le même sort assez rapidement. Ce spoil n’en est pas vraiment un puisqu’il permet de déployer la structure du film : à la suite de leur funeste rencontre, Tobias se réveille dans sa tente avec Elin, et fait encore la rencontre de ces trois mystérieuses créatures, pour finir tragiquement, se réveillant encore, et cætera.

Dessin présent dans le film Koko-Di Koko-Da (critique)

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Étrange croisement entre Un jour sans fin (Harold Ramis, 1993) avec la violence des agressions de La colline a des yeux (Wes Craven, 1977), Tobias, Elin, et les spectateurs se retrouvent prisonniers d’un jeu macabre, une torture ludique teintée d’onirisme et d’éléments folkloriques. Les trois agresseurs semblent être sortis tout droit d’un Alice au pays des merveilles sous crack, tandis que d’autres moments, notamment suite au décès de Maja, font davantage penser aux Aventures du Prince Ahmed (Lotte Reiniger & Carl Koch, 1926). La première de ces scènes, faisant visuellement penser à un livre pour enfant dont on déploierait les décors en reliefs, permet de saisir l’ambivalence entre la forme et le ton sur laquelle va jouer le long-métrage. On y voit deux lapins et un plus petit qui joue, tandis qu’un gigantesque coq chante dans le ciel. Le plus petit lapin va alors jouer avec le coq, avant que ne survienne un dramatique accident, prenant la vie du petit, allégorie de Maja. La symbolique du coq, d’abord oiseau de mort, sera amenée à évoluer au cours de différentes scènes avec la même patte esthétique. Mais il est primordial pour le spectateur de se concentrer sur ces scènes, tant elles détiennent les clés de l’énigmatique récit qu’est Koko-di Koko-da. Un mystère jusque dans son titre, qui n’est autre que la traduction de cocorico, qui sonne comme un appel à réveiller les protagonistes d’un cauchemar qui les ronge.

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Car le deuil est le mal qui ronge Tobias et Elin. La structure narrative le corrobore : le deuil est un processus mais suppose une étape à passer, qui se répète à l’infini si l’on ne parvient pas à se saisir de ses enjeux. Une étape qui se manifeste certainement par la tourmente de ces trois mystérieux personnages qui viennent hanter le couple. Comme des fantômes des vies passées (un homme, une femme, et une sorte de maître du jeu qui dirige la scène), Tobias et Elin sont mis face à leurs démons, à leurs névroses, chacun allant de sa solution pour réussir l’épreuve. Au bout d’un certain temps, et de scènes particulièrement dérangeantes, le couple ne reste plus inactif face à l’agression et au lieu de s’unir face à l’adversité, ils choisissent malgré eux deux méthoddx différentes pour surpasser leur deuil. Si le film aborde de manière inventiveen termes de mise en scène et d’esthétique, un thème puissant, Koko-di Koko-da n’est pas en reste niveau flippe. A l’instar d’une vague de productions d’horreurs indépendantes, il privilégie un travail sur des ambiances viscérales plutôt que les sursauts. L’ambiance dans la forêt suédoise est poisseuse, les agresseurs y sont plus qu’inquiétants et leurs attaques sont d’une grande brutalité, notamment celles à base d’attaques de chiens affamés. Une fois lancé dans le jeu infernal auquel sont pris au piège Tobias et Elin, le film cultive une inquiétante étrangeté, faisant redouter au spectateur chaque réveil de ses protagonistes. Angoissant, exigent et par instants très sensible, Koko-di Koko-da se révèle être une belle surprise, à conseiller à tout bon amateur de curiosités horrifiques.


A propos de Pierre Nicolas

Cinéphile particulièrement porté sur les dramas biens tristes et les thrillers bien acérés, il est encore habité par la fougue de la jeunesse. Pour l'instant sans emploi, mais gentil stagiaire. Si on s'en tient à son mémoire il serait spécialiste des films de super-héros, mais ce serait bien réducteur. Il prend autant de plaisir devant des films de Douglas Sirk que devant Jojo's Bizarre Adventure.

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